Nous espérons et nous prions pour un dénouement heureux. Mais nous craignons aussi le pire. Chaque heure qui passe augmente les craintes. Chaque heure passe sans revendication confirmée de responsabilité, sans trace de « demande ».

Nous sommes une nation largement unie dans un brouillard de pressentiment. Et nous admirons en même temps la détermination des parents des trois garçons, Eyal Yifrach, Naftali Frankel et Gil-ad Shaar. Les trois mères ont résisté devant les micros et les caméras de télévision ces deux derniers jours, retenant le poids de l’émotion, affichant un optimisme qui reste avant tout un défi.

« Israël est en train de mettre le monde à l’envers pour vous ramener à la maison », a déclaré Racheli, la mère de Frankel, dimanche, en souriant – oui en souriant – alors qu’elle remerciait les services de sécurité pour leurs efforts. « Nous croyons » qu’Eyal reviendra à la maison en toute sécurité, a insisté Iris Yifrach, la mère d’Eyal, lundi, levant les yeux vers le ciel.

Nous sommes aussi une nation unie dans un sentiment d’impuissance. Cette impuissance a été encore renforcée par la conférence de presse de lundi soir, au cours de laquelle le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Moshe Yaalon et le chef d’état-major Benny Gantz n’ont rien pu faire pour encourager tout autre sentiment.

Notre leadership déploie ses troupes, ordonne des arrestations, parle avec autorité, et prévoit des démolitions et des expulsions aux domiciles de terroristes qu’il parvient à récupérer, et qu’il a mis en liberté dans le passé.

Mais le Hamas a gardé Gilad Shalit caché pendant cinq ans avant que nous ayons du capituler et libérer plus d’un millier de prisonniers de sécurité palestiniens pour obtenir sa libération en 2011. Et l’enlèvement de Nachshon Wachsman par le Hamas il y a vingt ans s’est terminé en tragédie quand ses ravisseurs l’ont exécuté alors qu’une unité d’élite de l’armée tentait de pénétrer dans le bâtiment où il était détenu, une mission qui a également provoqué l’assassinat du chef de l’équipe, Nir Poraz.

Les chaînes de télévision israéliennes sont allées interviewer les otages sauvés par l’armée israélienne en 1976, à l’aéroport d’Entebbe. C’est ce que nous voulons croire encore de nouveau possible : mener un raid audacieux, damer le pion aux ravisseurs, remettre les prisonniers en liberté. Nous espérons et prions, mais nous doutons que le Hamas sera aussi facile à vaincre.

Nous, parents, sentons également un indéniable soulagement au fait que ce ne sont pas nos enfants, cette fois, qui sont tombés dans les mains de nos ennemis. La plupart d’entre nous savent que nous exigerions tout, y compris la libération du dernier tueur de nos prisons si c’était nos enfants qui étaient détenus. Et ce même si nous reconnaissons que la capacité de nos dirigeants à faire des sacrifices pour le bien d’anciens captifs peut aussi avoir contribué à cet acte inhumain que nous sommes en train de vivre.

Heure après heure, Israël a montré aux terroristes qu’ils peuvent nous cibler, nous assassiner, nous kidnapper, et que, même s’ils sont capturés, jugés et emprisonnés, ils peuvent en toute confiance s’attendre à être libérés un jour, en étant les bénéficiaires du prochain acte odieux d’extorsion.

Beaucoup dans notre pays en proie à un sentiment d’anxiété ont aussi une pensée pour un autre type d’injustice. C’est bien sûr le fait que le Hamas tire une certaine assistance d’une communauté internationale, dirigée par les États-Unis, qui s’est révélée prête à le légitimer comme un pilier de gouvernement de l' »unité » palestinienne. Et cela même si ce mouvement reste attaché à la destruction d’Israël et manifestement prêt à faire n’importe quoi dans ce but.

Le Hamas n’a fait aucun secret de son dégoût indéfectible envers Israël et envers les Israéliens. Sa direction a exhorté sans relâche à ce type d’enlèvements. Que ses agents aient échoué avant ce jeudi noir n’était pas faute d’avoir essayé.

John Kerry nous assure qu’il est « engagé » avec les deux parties au cours de la crise. Son administration, le mois dernier, s’est avérée bien insuffisamment engagée à gratter le vernis du nouveau gouvernement de « technocrates ». En le reconnaissant et en se précipitant pour le soutenir, les Etats-Unis ont finalement accepté un Hamas qui n’a jamais abandonné un seul de ses principes.

Netanyahu a félicité les États-Unis lundi pour leur condamnation de l’enlèvement, et a dit s’attendre à voir d’autres pays – si prompts à condamner Israël pour l’expansion des implantations – émettre des condamnations similaires. Mais ce n’est pas ce dont nous avons vraiment besoin ou attendons de membres soi-disant éclairés de la communauté internationale.

Dans leur intérêt et dans le nôtre, ils doivent agir pour contrer le Hamas et le reste des trop nombreux groupes terroristes auxquels sont confrontés Israël et d’autres dans cette région et au-delà. Ne pas les soutenir, les apaiser ou encore capituler devant eux.

Nous vivons, dans un morceau de terre litigieux, dans une région où un islam extrémiste, notamment en Irak et en Syrie en ce moment, s’écarte toujours plus loin du cadre de l’humanité.

Nous nous efforçons de maintenir notre stabilité, notre démocratie, notre capacité de résistance. Nous comptons nos vrais amis sur les doigts d’une main. Et nous nous préparons au pire, tout en espérant contre tout espoir que ces parents – qui représentent une source d’inspiration si forte – verront bientôt leur optimisme triompher.