À peine 22 mois après avoir élu cette belle équipe, ils se détestent et se méfient tellement les uns les autres qu’ils ont décidé de nous refaire vivre tout cela.

L’Iran avance sereinement vers la bombe ; le Hezbollah et le Hamas renforcent leurs arsenaux de roquettes ; Mahmoud Abbas nous accuse de génocide, rejette notre attachement aux Lieux saints du judaïsme et a recours aux Nations unies pour nous imposer un retrait de Cisjordanie ; les Parlements des pays européens approuvent en chœur un Etat palestinien qui n’est pas en paix avec Israël.

Et que font nos politiciens ? Et bien, pour nous servir, ils n’ont rien trouvé de mieux que de se préparer à se harponner les uns les autres sur le sentier de la campagne, paralyser la gouvernance pendant des mois, et gaspiller des centaines de millions de shekels en nous envoyant aux bureaux de vote avec plus de deux ans d’avance.

Cela arrive-t-il tout le temps dans des pays comme la Grèce, l’Italie et les Pays-Bas ? En fait, non. Et, de toute façon, ces pays ne sont pas perpétuellement exposés à des dangers existentiels.

La première chose que vous voulez dire à la canaille inefficace qui, à l’évidence, n’a pas réussi à travailler de concert dans l’intérêt plus large de l’Etat d’Israël est : grandissez. Des questions plus importantes sont en jeu ici que vos egos.

Les démocraties à travers le monde prévoient généralement des mandats parlementaires de minimum quatre ans, car il faut un certain temps pour que les politiciens apprennent les ficelles du métier, que les politiques soient formulées, affinées et appliquées. Trop de temps entre les élections, et les dirigeants élus ont tendance à oublier les électeurs pour lesquels ils sont censés travailler.

Un mandat trop court, et les élus n’arrivent à rien faire pour le peuple. Comme c’est manifestement le cas avec la 19e Knesset qui est sur le point d’être remplacée.

Et la deuxième chose que vous allez dire est : une plaie sur toutes vos maisons. Le vieux proverbe anarchiste « Ne votez pas, cela ne fait que les encourager » a rarement semblé si pertinent. Sauf, bien sûr, que ne pas voter en mars affaiblirait encore notre précieuse démocratie déjà malmenée.

Des élections anticipées vont-elles changer quoi que ce soit, ou allons-nous nous retrouver avec la même répartition des sièges à travers le spectre politique et, par conséquent, la même quasi-impossibilité d’une gouvernance efficace, ce qui ferait de l’ensemble de l’exercice une immense perte de temps ?

Je me méfierais spectaculairement de toute personne qui donnerait une réponse ferme et définitive à cette question. Il s’agit-là de l’électorat israélien volatile, dont les choix de leadership rendent impossible toute prédiction au Moyen-Orient, où à peu près tout peut arriver à n’importe quel moment, avec une possibilité de remodeler la région, sans parler de recalibrer les préférences électorales israéliennes.

Mais une chose a changé depuis notre dernier vote du 22 janvier 2013 : le seuil électoral a été relevé de 2 % à 3,25 %.

Deux des trois partis arabes et Kadima auraient été éliminés si tel avait été le cas la dernière fois. Il ne peut plus y avoir de petits partis, de deux et trois sièges, dans notre parlement de 120 membres.

Et comme il n’y a déjà pas de grands partis – avec 19 sièges, Yesh atid de Yair Lapid est le plus grand parti de la Knesset sortante -, Israël est apparemment en train de devenir le pays des nombreux partis de taille moyenne.

Nous croyons savoir comment placer ces nombreux partis de taille moyenne sur l’échiquier politique – Likud de Benjamin Netanyahu, Habayit hayehudi de Naftali Bennett, Yisrael beitenu d’Avigdor Liberman, Parti travailliste d’Isaac Herzog, Yesh atid de Lapid, Hatnua de Tzipi Livni, le nouveau parti sans nom de l’ancien ministre du Likud Moshe Kahlon, Meretz de Zahava Gal-on, Shas d’Aryeh Deri et le second parti ultra-orthodoxe, Judaïsme unifié de la Torah.

C’est avec toute leur passion partisane que leurs directeurs de campagne de publicité (financées par les contribuables) exposeront leurs orientations prétendument distinctes et incorruptibles.

Livni, par exemple, qui a passé sa dernière campagne électorale à nous avertir des dangers d’un autre gouvernement Netanyahu, n’a-t-elle pas ensuite signé le tout premier partenariat de coalition avec le même Netanyahu si vilipendé, une fois que les votes étaient faits ?

La même Livni qui, mardi matin, a affirmé que les nouvelles élections trancheront entre un « gouvernement extrémiste, paranoïaque » Netanyahu-Bennett et un gouvernement « sioniste,
confiant » qu’elle espère diriger ?

L’idée que Livni (« Mahmoud Abbas est un partenaire ») et Bennett (« annexer 60 % de la Cisjordanie ») puisse s’asseoir à la même table du cabinet n’était-elle pas impensable, jusqu’à ce qu’elle se réalise ?

N’avons-nous pas supposé que les partis ultra-orthodoxes seraient les premiers alliés naturels de Netanyahu pour former la coalition 2013, jusqu’à ce qu’ils en soient tenus à distance ? Liberman n’était-il pas le frère de sang de Netanyahu, jusqu’à ce qu’il estime que l’alliance entre leurs partis le desservait ?

Bennett n’était-il pas un ministre dévoué à la responsabilité collective, jusqu’à ce qu’il se démarque de la politique de son propre gouvernement, au milieu d’une guerre avec le mouvement terroriste du Hamas à Gaza, redorant son image et rapportant potentiellement plus de voix ? Une politique de principes ? Oubliez ça.

Si vous pensez que c’est un bilan trop sombre, trop injuste, dites-moi, je vous prie, sur quel principe vital la coalition actuelle s’est-elle effondrée ? Quelle question était si inhérente au bien-être d’Israël, si urgente, et si contestée, pour qu’il faille de nouveau se tourner vers les électeurs pour la résoudre ? Le projet de loi de Yair Lapid de supprimer la TVA sur certaines acquisitions de maisons neuves ? Je ne crois pas.

En sa qualité de celui qui a choisi de ne pas se réconcilier avec Lapid dans leur réunion « de la dernière chance, pour sauver la coalition » lundi soir, Netanyahu, politicien aguerri, croit fermement qu’il sortira de nouveau gagnant. Mais c’est un pari.

Il doit calculer que Lapid sera discrédité par ses échecs au Trésor, que des élections anticipées compliqueront des initiatives contre son leadership au sein du Likud, que Liberman sera un partenaire post-électoral fiable.

Netanyahu mise aussi sur le fait que le terrorisme et la montée de l’extrémisme islamique tout autour de nous ne pousseront pas de trop nombreux électeurs dans le camp de Bennett.

Encore une fois, cependant, ce qui se passera le jour du scrutin ne sera probablement qu’une partie de l’histoire. Ces alliances impensables vont soudain redevenir possibles, et énergiquement justifiées par leurs défenseurs, tandis que les égoïstes se bousculeront aux portes du pouvoir.

Les lois – certaines programmées, certaines déjà passées – seront facilement sacrifiées sur l’autel de l’opportunisme. Cette loi de l’ « Etat juif » est-elle jugée par Netanyahu comme suffisamment essentielle pour risquer d’ébranler la fragile interaction judéo-arabe en Israël ?

Eh bien, elle est aux oubliettes pour l’instant. Elle n’est apparemment pas si urgente, après tout. La loi visant à augmenter le quota des recrues ultra-orthodoxes dans l’armée israélienne sera modifiée si les partis ultra-orthodoxes rejoignent la prochaine coalition.

Les questions majeures relatives aux implantations, aux impératifs territoriaux, au processus de paix, toutes celles-ci seront mises de côté – comme elles l’ont été par le passé – lorsque des postes ministériels sont à pourvoir au lendemain des élections, et resurgiront telles des obstacles insurmontables à la poursuite d’une coopération au sein de la coalition lorsque un ou plusieurs des joueurs humeront une nouvelle opportunité politique.

L’on pourrait pardonner aux électeurs israéliens de penser que leurs dirigeants sont plus intéressés par le pouvoir pour le pouvoir que par une gouvernance efficace de l’Etat d’Israël dans une région parsemée de dangers. Car les électeurs israéliens auraient raison.

L’incomparable Winston Churchill a observé, à juste titre, bien sûr, que
« la démocratie est le pire des régimes – à l’exception de tous les autres déjà essayés dans le passé ».

Il aurait également fait cette plaisanterie : « le meilleur argument contre la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen ». En fait, il y a un bien meilleur argument. Il n’avait tout simplement pas rencontré les politiciens modernes d’Israël.