Dans cette interprétation de l’histoire de Pessah, les enfants d’Israël ne jouent pas au hockey sur glace et ne boivent pas de sirop d’érable spécial casher Pessah. Mais la toute première Haggadah canadienne a bien un petit air Canuck.

Tout d’abord, la Haggadah canadienne est écrite en trois langues – anglais, français et hébreu. Et, à la place des illustrations classiques des Juifs s’attelant à la construction des pyramides ou de Moïse séparant la mer Rouge, on peut y trouver des photographies d’archives qui retracent l’histoire de la communauté juive du Canada, la quatrième plus grande du monde.

Comme on peut le lire dans l’introduction, l’ouvrage offre « une perspective canadienne sur notre histoire intemporelle de liberté – notre histoire juive comme on la voit quand on est canadien ».

Supervisée par le rabbin Adam Scheier de la Congrégation Shaar Hashomayim à Montréal et Richard Marceau, conseiller général et conseiller politique au Centre d’Ottawa pour les relations juives et israéliennes, la lourde Haggadah (168 pages) vise à « approfondir l’identité juive canadienne en mettant en valeur ce qui lui est spécifique », comme le déclare Scheir à JTA. « Il s’agit d’un projet unique ».

L’idée d’une identité canadienne unique est apparue à Scheier de manière évidente puisqu’il est américain et a rejoint le Grand Nord il y a seulement 11 ans.

Marceau, un Québécois français qui s’est converti au judaïsme en 2004, revendique lui aussi une sensibilisation culturelle similaire, parce qu’il a grandi « sur la frontière » qui sépare le Canada anglophone de la partie francophone.

« Quand vous avez des gens autour de la table qui parlent des langues différentes, même s’ils se comprennent les uns et les autres, ils ne sont pas complètement à l’aise, » explique Marceau.

Les deux hommes en ont discuté et en ont tiré une conclusion. « Peut-être que nous sommes ceux qui devrions être sur ce pont, en s’assurant que tous les Juifs canadiens puissent célébrer les fêtes ensemble, » se souvient Marceau.

Entrecoupées de commentaires de vingt rabbins venant de tout le Canada, couvrant toutes les pratiques, plus de cent photos d’archives de la vie juive sont regroupées dans le livre.

L’on y trouve toutes les provinces du pays : quand William Goldbloom se dresse fièrement devant son magasin de fourrure et peau à Prince Rupert, en Colombie-Britannique, en 1921, quand le chercheur d’or juif Marco Zimmerman, aux tempes grisonnantes, met en jeu ses gains dans le Territoire du Yukon vers 1920, quand un jeune immigrant aux yeux de biche débarque de Lisbonne quelques jours avant Pessah en 1944, quand des dignitaires israéliens sont tout sourire lors d’une réunion avec les dirigeants canadiens, ou encore lorsque des Juifs canadiens manifestent au nom de la communauté juive soviétique dans les années 1970.

La couverture de la Haggadah montre une tripotée d’enfants grignotant des massas lors de l’ouverture d’une usine de massas à Montréal en 1948.

Bien évidemment, une Haggadah canadienne ne serait pas canadienne sans une image de hockey : on peut donc y voir le Premier ministre actuel, Stephen Harper, arborer un maillot de l’équipe d’Israël lors de sa visite de l’an dernier.

« Il y a une atmosphère tellement particulière et intéressante qui nous montre que nous devrions démarrer une conversation sur ce que cela signifie de vivre en tant que Juif au Canada, et sur la profondeur de nos racines » affirme Scheier.

Les Haggadot sont en vente au prix de 20 dollars dans les magasins Judaica de Toronto et de Montréal et également sur Amazon.ca. Elles sont disponibles à Montréal depuis le 12 mars, et le seront le 18 mars à Toronto et le 19 mars à Ottawa.