Une publicité pour la compagnie de téléphone Bezeq dans laquelle l’acteur Gidi Gov s’envole pour « Téhéran » et affronte les ayatollahs – diffusée pour la première fois à la télévision israélienne il y a deux semaines, alors que les puissances mondiales finalisaient leur accord nucléaire avec l’Iran – semblait un cas typique de la vraie vie imitant l’art. En réalité, il s’agissant d’un cas de la vie imitant l’art imitant la vie.

Pendant le tournage de la publicité, à l’intérieur et autour d’un stade à Kiev, l’équipe a été confronté à trois Iraniens qui leur ont dit qu’ils étaient de l’ambassade, et voulaient savoir pourquoi le stade a été décoré de posters géants des ayatollahs Khomeiny et Khamenei et d’autres motifs iraniens. Les Israéliens ont répondu qu’ils travaillaient sur une production polonaise, plutôt que, à Dieu ne plaise, une production pour l’Etat souvent décrit par le Guide suprême Ali Khamenei comme « l’entité sioniste ».

L’idée de la publicité a été suggérée par Bezeq, qui, pour des raisons pas vraiment claires, voulait promouvoir son nouveau système de haute technologie « maison intelligente » avec une publicité basée sur « Argo« , le film oscarisé de Ben Affleck de 2012 sur le sauvetage de six diplomates américains retenus en otages à Téhéran de 1979 à 1981.

« Argo« , d’ailleurs, a été filmé en Californie. Ce qui aurait été plus coûteux pour Bezeq, mais aurait garanti l’absence de tout fonctionnaire de l’ambassade iranienne.

Bezeq a contacté la société de Tel Aviv Mulla Productions, qui a embauché le vétéran Rani Carmeli pour diriger le spot de 90 secondes. Ils ont décidé de tourner sur des sites de Kiev déguisés en aéroport international de Téhéran, en marché iranien et en installation nucléaire.

L’acteur et chanteur Gidi Gov est entré dans le rôle du vendeur asthmatique qui vole à l’aéroport, passe difficilement le contrôle des passeports, attrape un taxi et s’arrête pour manger un morceau, avant d’arriver à un centre de contrôle nucléaire iranien, alors que les ayatollahs sont sur le point de faire exploser un engin.

« Arrêtez la bombe ! » crie Gov aux ayatollahs et aux hauts dirigeants militaires. « Ce n’est pas le temps de faire sauter le monde. Pas maintenant, quand Bezeq offre son service ‘maison intelligente’ ».

Le spot a été filmé en une journée, avec plus de 80 figurants jouant les douaniers, les membres de l’équipe d’Iran Air, les officiers militaires et les ayatollahs. Les concepteurs ont transformé le complexe sportif national Olympiyskiy de Kiev en aéroport international Imam Khomeini, à grand renfort de photos des dirigeants iraniens, de drapeaux et de signalisations en farsi.

Tout allait bien jusqu’à cet après-midi, lorsque l’équipe terminait son tournage sur le stade. C’est là que les trois hommes qui se sont présentés comme des membres du personnel de l’ambassade iranienne ont approché l’un des producteurs et ont demandé pourquoi le site était si généreusement décoré de motifs iraniens.

Le trio iranien était assez intimidant, a déclaré au Times of Israel Gil Boraks, producteur de Mulla Productions présent sur le tournage.

« Ils voulaient savoir ce qui se passait, qui tournait et de quoi il s’agissait », a raconté Aviram Cohen, porte-parole de PR 360, qui représente Bezeq. (Cohen n’était pas à Kiev, mais a été informé des événements au retour de l’équipe.)

L’équipe a pensé qu’il ne serait pas prudent de reconnaître qu’ils étaient des ressortissants israéliens filmant une publicité satirique sur le programme nucléaire iranien.

« J’ai senti tout d’un coup que la réalité et la fiction se mélangeaient », a déclaré la directrice publicitaire Carmeli à Ynet. « Le producteur local est arrivé, en sueur et anxieux, et a murmuré que des policiers et des membres de l’ambassade iranienne étaient là. Les Iraniens ont demandé plus de détails sur ce que nous faisions là, et voulaient les noms de tout le monde. »

Un co-producteur ukrainien a été envoyé pour désamorcer le conflit potentiel. Il a été chargé de dire aux Iraniens qu’ils travaillaient sur une production polonaise, et a donné au trio le nom et le numéro d’un producteur polonais avec qui Mulla avait travaillé dans le passé.

Ce collègue polonais a ensuite été rapidement contacté, et averti qu’il recevrait un appel.

Le reste de l’équipage a fini le tournage en vitesse, avant de partir pour le prochain site, à quelques centaines de kilomètres.

« Nous connaissions une personne qui avait travaillé avec nous, d’une société de production polonaise », raconte Boraks. « Nous avons donné aux responsables iraniens son numéro et elle a joué le jeu, ce qui nous a acheté assez de temps pour terminer le tournage » au faux aéroport.

Les Iraniens ont téléphoné à la société de production polonaise depuis le stade, tandis que les Israéliens bouclaient cette partie du tournage et pliaient rapidement bagages. « Nous avons filmé les autres scènes – plus de trois heures de travail très stressant… Nous avons essayé de terminer rapidement, de sorte que les Iraniens ne puissent nous trouver. Et puis nous sommes allés à l’aéroport », raconte Boraks. « C’était une réaction très futée, pour éviter les ennuis. »

Carmeli et le reste des producteurs ont choisi de ne pas dire à Gov ce qui clochait. « La plupart de l’équipe savait ce qui se passait, mais on l’a caché à Gov, afin de ne pas perturber sa performance et provoquer la panique », précise Cohen.

C’est seulement quand ils sont rentrés à l’aéroport international Boryspil de Kiev que Gov a entendu parler de la réelle présence iranienne sur le tournage.

La publicité a fréquemment été diffusée à la télévision ces deux dernières semaines, y compris pendant les bulletins télévisés des Deuxième et Dixième chaînes – entre les slogans de Khamenei « Mort à l’Amérique » et « Mort à Israël » et les efforts du P 5+1 de garantir aux Israéliens que l’accord à venir veillera à leur sécurité.