Une nouvelle partie du mur Occidental récemment mise au jour ainsi que les vestiges du premier bâtiment public romain découvert dans la Vieille Ville de Jérusalem ont été présentés lundi par des archéologues israéliens.

L’archéologue Joe Uziel, qui a participé aux fouilles, organisée juste en dessous de l’Arche de Wilson, la zone adjacente à la section des hommes du mur, a expliqué que ses collègues et lui connaissaient l’existence d’une partie non découverte du mur Occidental et s’attendaient à trouver une rue romaine à sa base.

« Mais, au fur et à mesure que nous creusions, nous nous sommes rendus compte que n’arrivions pas à trouver la rue. A la place, nous avons découvert un bâtiment circulaire », a-t-il déclaré sur le site à des journalistes.

« Nous avons réalisé en fait que nous mettions au jour une structure de type théâtre [romain] », a ajouté l’archéologue.

Le recours au carbone 14 et à d’autres méthodes de datation ont permis de déterminer que ce bâtiment avait été érigé au 2e ou 3e siècle de notre ère. L’Autorité israélienne des Antiquités (IAA), qui a mené deux ans de fouilles, a précisé que des sources historiques évoquent ce bâtiment, mais durant le siècle et demi de recherches archéologiques modernes, celui-ci n’avait pas été retrouvé.

Joe Uziel, archéologue de l'Autorité israélienne des Antiquités, dans un théâtre romain antique adjacent au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Joe Uziel, archéologue de l’Autorité israélienne des Antiquités, dans un théâtre romain antique adjacent au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La partie du mur Occidental, vieux de 2 000 ans, qui a été mise au jour, est large de 15 mètres et haute de huit mètres. Les pierres utilisées pour sa construction sont très bien préservées, bien que l’ensemble soit resté sous huit mètres de terre pendant 17 siècles, a précisé l’Autorité.

Une autre partie du mur Occidental avait été mise au jour en 2007, a rappelé Youval Baruch, l’architecte en chef pour Jérusalem de l’IAA.

Pendant une conférence de presse souterraine organisée lundi dans le complexe des tunnels du mur Occidental, les archéologues Joe Uziel, Thillah Lieberman et Avi Solomon ont remis en contexte la découverte de la structure du théâtre, située directement sous l’Arche de Wilson, expliquant qu’il s’agissait d’un aperçu inédit de la vie quotidienne publique de la ville nouvellement conquise par les Romains.

« Exposer ces parties du mur Occidental est bien sûr extrêmement excitant, mais nous n’avions aucune idée de la présence du bâtiment » romain, a indiqué Uziel en montrant du doigt un auditorium de 200 sièges.

« La découverte de cette structure est un vrai bouleversement », a-t-il ajouté.

Joe Uziel et Tehila Lieberman, directeurs des fouilles de l'Autorité des Antiquités, sur le site de fouille de la Vieille Ville de Jérusalem, en octobre 2017. (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des Antiquités)

Joe Uziel et Tehila Lieberman, directeurs des fouilles de l’Autorité des Antiquités, sur le site de fouille de la Vieille Ville de Jérusalem, en octobre 2017. (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des Antiquités)

Dans les années 1860, Charles William Wilson, géomètre et archéologue anglais, avait été le premier à chercher un tel théâtre à proximité du mur Occidental. Le petit théâtre de 200 à 300 places, dont l’existence est notée par l’historien juif Flavius Josèphe et d’autres sources antiques, mais a échappé aux fouilles de Jérusalem pendant 150 ans. « C’est sans doute le site archéologique le plus important du pays, la première structure publique de la période romaine découverte à Jérusalem », a pour sa part relevé Baruch.

En 70, le deuxième Temple a été rasé, comme la plupart des installations juives de Jérusalem. A sa place, la colonie romaine Aelia Capitolina a été établie, et nommée d’après le dieu romain Jupiter et l’empereur Hadrien (Aelius), qui a commencé à reconstruire la ville en 130.

Suite à la sanglante révolte de Bar Kochba vers 132-136, les Juifs n’ont plus eu le droit de pénétrer dans la capitale, à l’exception du jour de Tisha BeAv, jour de deuil commémorant les destructions du Temple.

Pendant les deux ans de fouille, un nouveau sol renforcé a été construit pour ne pas interrompre les prières quotidiennes sur le lieu de prière le plus saint du judaïsme.

Les fouilles doivent se poursuivre pendant six mois supplémentaires, et les archéologues s’attendent à découvrir des vestiges de l’époque du premier Temple. Quand le travail sera terminé, le site sera ouvert au public.

Avant la conférence de presse de lundi, le rabbin Shmuel Rabinovitch, rabbin du mur Occidental et des lieux saints, a déclaré que « nous avons beaucoup de travail archéologique devant nous et je suis certain que plus nous creuserons, plus nous atteindrons des périodes précoces, plus nous ancrerons la connexion profonde entre le peuple juif et la Terre d’Israël et Jérusalem. »

Du pain et des jeux dans une Jérusalem rasée

Construit dans un style romain classique, le théâtre est situé sous l’Arche de Wilson, qui est son toit. L’arche est la seule structure visible encore existante du complexe du mont du Temple. Pendant la période du deuxième Temple, elle était utilisée comme pont piéton pour les fidèles entrant dans le complexe. L’espace sous la passerelle de l’Arche de Wilson était utilisé par une route, des magasins et des égouts, ont indiqué les archéologues.

Aujourd’hui, huit mètres au-dessus du théâtre, cette zone jouxte la place du mur Occidental utilisée pour les prières, qui pouvaient être entendues clairement pendant la conférence de presse de lundi matin.

La zone située sous l’arche a été abîmée dans un tremblement de terre vers 360. Les habitants de Jérusalem, inquiets que l’arche ne s’effondre, ont délibérément recouvert l’espace de débris, couvrant ainsi les ruines du théâtre pour 1 650 ans. La pièce la plus récente retrouvée pendant les fouilles date de 380, a indiqué l’archéologue Solomon.

Joe Uziel, à gauche, et Avi Solomon, archéologues de l'Autorité israélienne des Antiquités, dans un théâtre romain antique adjacent au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Joe Uziel, à gauche, et Avi Solomon, archéologues de l’Autorité israélienne des Antiquités, dans un théâtre romain antique adjacent au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La découverte de cette nouvelle structure désigne une ville romaine conquise en changement : les pierres pavées de la route ont été utilisées pour les bancs, et le conduit de drainage, dont les archéologues pensent qu’il est lié au tunnel de drainage voisin de la Cité de David, a été abaissé pour laisser la place aux gradins, qui reposent contre le mur Occidental.

Ce qui est également intéressant, a dit Uziel, est qu’il semble que le théâtre n’était pas totalement terminé. Les marches ne sont pas totalement taillées, et certaines pierres qui portent des indications n’ont pas été complètement sculptées. Il a supposé que la révolte de Bar Kochba avait peut-être interrompu sa construction. Selon l’IAA, des fouilles précédentes du Cardo Est et de la place du mur Occidental fournissent des preuves supplémentaires de constructions non achevées de cette époque.

Des indices d’un usage constant du mont du Temple

Le théâtre et d’autres découvertes de fouilles précédentes donnent « un indice » sur l’importance du mont du Temple après la chute du deuxième Temple, a dit Solomon.

Solomon, qui a découvert il y a 15 ans, dans des fouilles voisines, des latrines publiques romaines, a indiqué que de nombreuses villes conquises ou fondées par les Romains en Afrique du Nord et en Europe, notamment en Grèce, en Bulgarie et en Turquie, présentent quatre éléments : des latrines, des bains publics, un théâtre, et un temple. Il existe aussi des exemples en Israël, a-t-il précisé, comme dans la ville romaine de Beit Shean, où les bains jouxtent le temple, ainsi qu’à Jarash, en Jordanie.

Vue général du mur Occidentale et des tunnels du mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem. Illustration. (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des Antiquités)

Vue général du mur Occidentale et des tunnels du mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem. Illustration. (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des Antiquités)

Même s’il n’existe pas encore de preuve concrète d’un temple romain sur le mont du Temple, Solomon a expliqué qu’il y avait de plus en plus de preuves de la présence de logement de l’époque romaine sur le site, notamment grâce à des découvertes du projet de tamisage du mont du Temple, qui comprennent des bijoux de la légion romaine et des dés.

« Ce qui s’est passé sur le mont du Temple entre la destruction du deuxième Temple et la période musulmane est l’une des énigmes que nous devons encore résoudre », a dit Uziel. Il a indiqué que, même si certains suggèrent qu’il y avait sur place un temple de Jupiter, il n’y en avait aucune preuve car il n’y avait eu aucune fouille scientifique sur le mont du Temple.

« Mais nous savons que l’arche était toujours en place et utilisée comme passerelle », a-t-il ajouté, ce qui laisse penser qu’il y avait « quelque part où aller. »

Premières étapes des fouilles sous l'Arche Wilson de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shai Halevi/Autorité israélienne des Antiquités)

Premières étapes des fouilles sous l’Arche Wilson de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shai Halevi/Autorité israélienne des Antiquités)

Suivre la route de pierre pavée

Les archéologues ont découvert le théâtre pendant qu’ils cherchaient la route, connue, du deuxième Temple. Parmi les ruines et les gradins de la structure, l’archéologue Lieberman a indiqué qu’ils avaient commencé à trouver des pierres plates, et pensaient qu’ils avaient atteint la route. Mais les pierres se sont ensuite incurvées. Réalisant que ce n’était pas une route, elle a plaisanté, « mais qu’est-ce que c’est, un rond-point ? »

Quinze mètres du mur Occidental ont été découverts pendant les fouilles, et dévoilés en octobre 2017. (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des Antiquités)

Quinze mètres du mur Occidental ont été découverts pendant les fouilles, et dévoilés en octobre 2017. (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des Antiquités)

En se rendant compte qu’ils avaient découvert le théâtre, toute l’image de la ville romaine qu’avaient les archéologues a changé, a dit Lieberman.

« Maintenant nous savons qu’il y avait des loisirs sous l’Arche de Wilson », a dit Lieberman, en décrivant la découverte « incroyable ».

Elle a précisé que pour l’instant, on ne savait pas si la structure servait d’odéon (un petit théâtre couvert réservé aux représentations chantées) ou de bouleutérion (bâtiment où se réunissait le conseil municipal), ou des deux. Comme les gradins jouxtent le mur Occidental, Lieberman a souligné que le public tournait le dos au mont du Temple, indiquant peut-être ainsi que le site n’était pas important pour le public romain.

Lieberman a précisé que le site serait ouvert au public dans le cadre des visites des tunnels du mur Occidental organisée par la Fondation du patrimoine du mur Occidental.

Tehila Lieberman, archéologue de l'Autorité des Antiquités, dans un théâtre romain antique adjacent au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, en octobre 2017. (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des Antiquités)

Tehila Lieberman, archéologue de l’Autorité des Antiquités, dans un théâtre romain antique adjacent au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, en octobre 2017. (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des Antiquités)

Elle a ajouté que les archéologues espéraient que le système de drainage des eaux pouvait être connecté à celui visité par les touristes dans la Cité de David, qui se termine actuellement au niveau de l’Arche de Robinson, au sud du mur Occidental.

Les découvertes des archéologues, notamment une explication plus profonde du système de datation perfectionné, seront présentées pour la première fois au public pendant la conférence « Nouvelles études de l’archéologie de Jérusalem et de sa région », organisée cette semaine à l’université hébraïque de la capitale.

Le rabbin Shmuel Rabinovitch, rabbin du mur Occidental et des lieux saints, devant les pierres du mur Occidental découvertes pendant les fouilles sous l'Arche de Wilson, dans la Vieille Ville de Jérusalem, en octobre 2017. (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des Antiquités)

Le rabbin Shmuel Rabinovitch, rabbin du mur Occidental et des lieux saints, devant les pierres du mur Occidental découvertes pendant les fouilles sous l’Arche de Wilson, dans la Vieille Ville de Jérusalem, en octobre 2017. (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des Antiquités)