Au cours d’une allocution en début de semaine à Jérusalem, le président Reuven Rivlin a fustigé le racisme dans la société israélienne, estimant que le pays était « malade ».

Ces remarques ont été faites lors d’une conférence parrainée par l’Académie israélienne des Sciences et des Lettres, dans laquelle des membres de l’intelligentsia et de l’establishment israéliens ont pu débattre sur la question de la xénophobie dans la société.

Les leaders réunis pour une journée et demie de débats ont déploré la situation actuelle et les dégâts que le racisme pouvait causer à la société et à la culture israéliennes. Mais aussi le fait que bien peu de gens puissent offrir des solutions concrètes au problème.

« La société israélienne est malade et nous devons traiter la maladie », a déclaré Rivlin, qui a mis l’accent sur ​​la lutte contre les discriminations depuis sa prise de fonctions en juillet dernier.

Rivlin a fait allusion à une vague de racisme, de haine et d’incitation contre les Palestiniens et les Juifs israéliens de gauche. Une vague en plein réveil en Israël, dans les rues et sur ​​les médias sociaux, qui a notamment pris de l’ampleur pendant le conflit avec le Hamas l’été dernier à Gaza.

Cependant, comme avec la plupart des maladies, les symptômes ne viennent pas de nulle part. Le processus avait commencé bien avant.

« La vague de violences à la veille de la guerre n’est pas venue de nulle part, » a déclaré la ministre de la Justice, Tzipi Livni, se référant en général à la réaction violente qui a suivi l’enlèvement des trois adolescents israéliens par des terroristes palestiniens, et en particulier à l’assassinat de Mohammed Abou Khdeir, tué en représailles à Jérusalem-Est, enlevé puis brûlé par de jeunes Juifs.

Beaucoup, lors de cette conférence, ont mentionné que le défi du racisme était particulièrement ardu à cause du contexte d’un conflit national non résolu et qui demeure en suspens.

Malgré des idées nobles lancées par les participants, on notait la quasi-absence de certaines communautés, comme les Arabes israéliens, les Juifs sionistes-religieux et les ultra-orthodoxes.

Alors que Livni a attiré l’attention sur de nouvelles initiatives de lutte contre la discrimination au sein du ministère de la Justice, des experts juridiques, s’exprimant lundi matin, ont suggéré que la loi seule ne serait pas en mesure de mettre un terme au racisme et aux divisions en Israël.

« Le droit peut-il vaincre le racisme ? Non. Certainement pas par lui-même, » a déclaré Shai Nitzan, le procureur de l’Etat. « La lutte sociale et éducative contre le racisme est plus importante. »

Pour appuyer son point de vue, Nitzan a expliqué comment la définition juridique israélienne du « racisme » s’avère extrêmement étroite ; il est donc difficile de poursuivre les instigateurs. En outre, il a noté que la publication d’une citation ou d’une référence à partir d’un texte religieux n’était pas légalement considérée comme une incitation à la haine.

« Cela peut être problématique, car les chefs religieux font des déclarations racistes, » a déclaré Nitzan.

A titre d’illustration, il a apporté l’exemple du rabbin Shmuel Eliyahu, le Grand Rabbin de Safed, qui a émis des décrets religieux, soutenus par son interprétation de la Halakha [loi juive], interdisant aux Juifs de louer des appartements à des Arabes ou à des travailleurs étrangers.

Tous les experts juridiques ont convenu que la liberté d’expression devait être protégée, et que seules les personnes poursuivies devaient l’être pour des discours qui incitent clairement à la violence.

« La loi doit composer avec un comportement, pas avec la parole », a déclaré la professeur de droit de l’Université hébraïque de Jérusalem, Ruth Gavison.

Michael Karyani, également de la faculté de droit de l’Université hébraïque, a fait écho à l’affirmation par Gavison que la loi pouvait n’être qu’une partie de la réponse.

«Les lois ne peuvent pas changer les valeurs sociales fondamentales. C’est l’inverse », a-t-il expliqué.

Karyani, un Palestinien qui vit dans la communauté mixte de Neve Shalom à proximité de Jérusalem, a déclaré que les citoyens juifs et arabes d’Israël devaient réussir à déterminer qui ils étaient de manière collective, et de comprendre ce qui les unissait.

Pour certains, cela allait déjà loin dans un pays où la population juive est elle-même fracturée en d’innombrables secteurs qui n’interagissent pas beaucoup, voire pas du tout, l’un avec l’autre – et encore moins avec les Arabes israéliens.

« Les différents secteurs dans le système éducatif [public, public-religieux, haredi, privé, arabe] font que les enfants sont séparés les uns des autres. Les enfants israéliens grandissent à partir d’un très jeune âge dans un contexte de séparation » a rappelé Eyal Naveh, un professeur d’Histoire à l’Université de Tel Aviv.

Naveh a averti que la séparation incontrôlée conduisait à l’exclusion, ce qui pouvait conduire à la discrimination, et, finalement, au racisme et à l’incitation.

Alors que Naveh et d’autres parmi les spécialistes de l’Éducation restent optimistes quant au potentiel de l’éducation pour lutter contre l’intolérance et la haine, Gavriel Salomon, un psychologue de l’éducation à l’Université de Haïfa, s’est montré plus dubitatif.

« En 15 ans de recherches, nous n’avons trouvé aucune preuve que les programmes d’éducation pour la co-existence laissent une impression ne serait-ce que deux mois plus tard, » a-t-il indiqué.

« Tout le monde n’arrive pas à vaincre la peur de connaître le récit de l’autre, » a-t-il affirmé.

Selon Salomon, pour que les programmes et les programmes de lutte contre le racisme puissent arriver à fonctionner, ils doivent être présents à long terme et être intégrés dans toutes les matières enseignées à l’école. Ils doivent non seulement prendre une approche cognitive, mais également sociale. Tout aussi important, les parents doivent être impliqués et soutenir le processus.

Bon nombre des conférenciers, et notamment le ministre de l’Éducation Shai Piron ainsi qu’un des chefs spirituels du mouvement des implantations, le rabbin Yoel Bin-Nun, ont pointé quelques-uns des obstacles à surmonter dans leurs efforts.

« La peur et le terrorisme sont utilisés comme une arme stratégique, » a assuré Bin-Nun. « Nous ne pouvons pas nous permettre d’être rattrapés par la peur et l’intimidation ».

« Dans la façon dont nous nous percevons, nous sommes une société de minorités. Et les minorités ont peur de perdre leur identité, » a déclaré Eyal Kaminka de l’Ecole Internationale de Yad Vashem pour les études sur la Shoah.

« Il est naturel d’avoir peur, et la peur peut conduire à la haine. Mais la question, c’est de ne pas avoir peur. Le but est de surmonter la peur et de faire le bien, » a-t-il conclu.