Alors que l’Iran annonce d’ « énormes progrès » vers un accord sur son programme nucléaire, un responsable israélien décrit les termes de l’accord qui se profile comme « mauvais » et rejette l’argument de l’administration Obama selon lequel il empêchera le régime d’accumuler suffisamment de matière fissile pour fabriquer une bombe d’ici un an.

Estimant qu’un accord-cadre sera effectivement signé prochainement, et suivi par un accord final en juin, le responsable déplore l’apparent consentement des négociateurs américains à annuler les sanctions sans pour autant demander à l’Iran de mettre fin à ses activités terroristes mondiales, et énumère une foule de domaines dans lesquels Téhéran travaille contre les intérêts américains, israéliens et des Arabes modérés sans en payer le prix.

Ses commentaires soulignent la virulente opposition israélienne à l’accord émergent, notamment avec le discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu au Congrès au début du mois qui a irrité l’administration Obama.

Chargé de former un nouveau gouvernement mercredi après avoir remporté les élections du 17 mars, Netanyahu a promis de réparer les liens avec les États-Unis, mais insisté qu’Israël ferait tout pour contrecarrer l’accord sur le nucléaire iranien, qui selon lui, est « un accord qui nous met en danger, nous, nos voisins et le monde entier ».

S’adressant au Times of Israel,le responsable israélien, qui a tenu à préserver l’anonymat, proteste que « l’Iran conservera capacités de base », selon l’accord. Alors que l’administration Obama « prétend que les Iraniens ne pourront accumuler suffisamment de matière fissile pour une bombe d’ici un an », ajoute-t-il, « nous rejetons cette allégation. Ce prendra moins de temps. »

Le responsable souligne, cependant, que l’opposition et la consternation d’Israël sont liées à la nature de la négociation internationale avec le régime de Téhéran.

« La question la plus importante est, pourquoi leur permettre de se trouver dans cette situation (avec des capacités nucléaires de base intactes) ? […] Les Iraniens ne sont pas tenus de révéler leurs projets militaires secrets, leurs stocks de missiles ne sont pas mis sur la table, ni le terrorisme qu’ils initient. »

« Quelqu’un se demande-t-il pourquoi les Iraniens ont besoin de centrifugeuses ? […] Ou pourquoi personne ne leur ordonne de mettre fin à leur soutien au Jihad islamique à Gaza et au Hezbollah au Liban ? »

« Alors oui, » ajoute-t-il, « pour Israël, c’est un mauvais accord. L’accord est mauvais parce qu’il prévoit l’annulation des sanctions sans que les Etats-Unis n’exigent de l’Iran de mettre fin au terrorisme. J’estime que nous aurons bientôt un accord-cadre, puis un accord final en juin. C’est incompréhensible. »

Le responsable indique que « l’Iran travaille aujourd’hui contre les intérêts américains-israélo-arabes sans payer de prix… Ils contrôlent Bagdad, Beyrouth, Sanaa et Damas. Ils ont renversé un gouvernement pro-américain au Yémen, et sont impliqués dans des combats contre les sunnites à Tikrit. »

Malgré tout cela, proteste le responsable israélien, « la Maison Blanche les considère comme une solution et non comme un problème. La faiblesse de l’administration se propage dans toute la région. »

« Regardez la nouvelle politique (de l’administration Obama) en Syrie. Ils permettent à Bashar el-Assad de survivre, ne l’exhortent pas à démissionner, et poursuivent la politique du ‘si vous ne pouvez les vaincre, rejoignez-les’. Vous voyez tout cela et arrivez à la conclusion qu’un accord régional se conclut ici, qui dit aux Iraniens, ‘venez combattre avec nous contre l’Etat islamique, et en retour, nous ne toucherons pas à Assad ni au terrorisme iranien’ ».

Tandis que les responsables iraniens et américains s’entretiennent à Lausanne vendredi, un haut responsable iranien a déclaré à Reuters : « Il y a eu d’énormes progrès sur toutes les questions […] Mais il y a toujours des désaccords sur deux questions – la R & D (recherche et développement) et les sanctions de l’ONU. »

Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, pour sa part, a déclaré peu de temps après sa première rencontre avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry : « Les négociations sont très difficiles et très complexes. »

Zarif a également demandé vendredi de rejeter les allégations selon lesquelles son pays serait davantage préoccupé par la crise au Yémen.

Le Yémen est « la question brûlante du jour » et a été abordée aux pourparlers, mais « cela ne signifie pas que nous avons négocié sur ce sujet », a déclaré Zarif aux journalistes.

Les frappes aériennes saoudiennes sur les rebelles chiites au Yémen pèsent sur les relations entre le royaume du Golfe majoritairement sunnite et l’Iran chiite. Selon Zarif, elles « doivent prendre fin et tout le monde doit promouvoir le dialogue et la réconciliation nationale ».

Malgré les préoccupations iraniennes sur le Yémen, cependant, « nos négociations portent sur le nucléaire », dit-il.

Les parties espèrent réduire les écarts à temps pour parvenir à un accord préliminaire d’ici la fin du mois. Mais Zarif est moins optimiste.

Le président iranien Hassan Rouhani a envoyé une lettre au président Barack Obama et aux dirigeants des autres pays – Russie, Chine, Grande-Bretagne, France et Allemagne – lors des pourparlers. Son bureau a déclaré vendredi que les lettres contenaient des propositions sur la façon de parvenir à un accord, sans plus de précisions. Rouhani a également parlé aux dirigeants russes, français et britanniques par téléphone.

Les responsables ont déclaré à l’Associated Press que les États-Unis permettraient à l’Iran de faire fonctionner des centaines de centrifugeuses dans l’installation autrefois secrète, en échange de limites sur la centrifugeuse et la R & D dans d’autres sites.

L’accord permettrait à l’Iran de faire fonctionner plusieurs centaines d’appareils dans son usine de Fordo, mais les Iraniens ne seraient pas autorisés à entamer des travaux qui pourraient déboucher sur une bombe atomique et le site serait soumis à des inspections internationales.

En retour, l’Iran devrait revoir à la baisse le nombre de centrifugeuses qu’il opère à son usine de Natanz et accepter d’autres restrictions sur le travail lié au nucléaire.

Au lieu de l’uranium, qui peut être enrichi pour être le noyau fissile d’une arme nucléaire, toutes les centrifugeuses autorisées à Fordo seraient nourries d’éléments tels que le zinc, le xénon ou le germanium pour séparer les isotopes utilisés en médecine, industrie ou en science, ont indiqué les responsables.

L’accord qui se dessine entre l’Iran et les puissances mondiales laissera à l’Iran la possibilité d’exploiter 6 100 centrifugeuses ; prévoit une levée progressive des sanctions économiques ; et sera conclu comme prévu au début de la semaine, a rapporté la télévision israélienne vendredi soir.

Les négociateurs doivent encore résoudre plusieurs questions clés, y compris le sort de quelque 13 000 centrifugeuses que l’Iran sera interdit d’utiliser en vertu de l’accord ; si l’Iran sera autorisé à poursuivre ses activités de R & D sur les centrifugeuses avancées, ; et que deviendra l’uranium déjà enrichi, précise le reportage de la Deuxième chaîne.