GreenTeam, une start-up israélienne de filtrage a été choisie par des citoyens turcs qui tentent de contourner les interdictions gouvernementales contre Twitter et YouTube.

« Mardi, nous avons remarqué un fort trafic sur nos serveurs, très supérieur à la moyenne », confie le PDG de GreenTeam David Allouch au Times of Israel. « Une vérification des adresses IP a montré que la plupart d’entre elles venaient de Turquie – avec près de 100 000 connexions d’Internautes turcs en 24 heures. »

Au cours des dernières semaines, des représentants du gouvernement turc, conduits par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, s’en sont pris à Twitter et YouTube, accusant les plateformes de partage de saper leur autorité et les qualifiant de « pire menace pour la société. »

Les interdictions sont intervenues après que des utilisateurs de Twitter ont publié des liens vers des enregistrements de conversations téléphoniques au cours desquelles Erdogan aurait ordonné à ses deux fils de transférer des millions de dollars en liquide afin d’échapper à une enquête pour corruption. Ces conversations ont également été publiées sur YouTube.

Allouch n’envisage pas de promouvoir l’agitation sur Internet en Turquie, mais il s’avère que le système de filtrage de GreenTeam est gratuit. En utilisant les adresses DNS du service, les internautes peuvent tromper la vigilance des fournisseurs d’accès turcs et se connecter à Twitter, YouTube ou tout autre site que les autorités tentent de proscrire.

Un DNS (système de noms de domaine) est un serveur capable de traduire un nom de domaine en adresses IP numériques, qui constituent Internet. Il peut être difficile de localiser des adresses Web. Pour maximiser leur efficacité, les fournisseurs d’accès les distribuent de manière active, fournissant des serveurs supplémentaires aux sites les plus populaires et s’en emparant lorsque le trafic ralentit.

Techniquement parlant, un Internaute doit posséder une adresse IP pour se connecter au serveur d’un site. Mais étant donné que les chiffres qui forment l’adresse changent en permanence, les fournisseurs d’accès se servent d’un serveur (www.websitenames.com), qui comprend un tableau indiquant quelle adresse web est connectée à quelle adresse IP à n’importe quel moment.

Le serveur de GreenTeam propose également cela, mais avec une particularité : il efface de ses registres tous les sites Internet et les adresses IP associées à des programmes malveillants, au phishing et à d’autres dangers d’Internet.

Les utilisateurs qui remplacent l’adresse DNS de leur ordinateur ou de leur modem (généralement fournie par le fournisseur d’accès) avec celle de GreenTeam ne peuvent donc pas se connecter à des sites ayant des antécédents de phishing ou de transmission de virus aux utilisateur.

Puisque ces sites ne figurent pas sur le serveur DNS de GreenTeam, c’est comme s’ils n’existaient pas.

Les Internautes turcs, explique Allouch, ne se sont pas intéressés au système de filtrage proposé par GreenTeam, mais plutôt au fait que le service propose un serveur DNS alternatif et gratuit qui ne proscrit pas YouTube, Twitter, Facebook et les autres réseaux sociaux qu’ils souhaitent utiliser.

Le fait que la connexion massive ait eu lieu mercredi matin est tout sauf un hasard. La veille, les fournisseurs d’accès turcs avaient interdit les connexions à un serveur DNS libre d’accès, opéré par Google.

Cet accès se refermant, l’alternative offerte par GreenTeam s’est répandue comme une traînée de poudre au sein de l’importante communauté d’Internautes mécontents des restrictions gouvernementales.

Allouch a un petit faible pour ses nouveaux amis turcs. Lui-même est un ancien « black hat », qui a piraté des sites commerciaux et gouvernementaux en France, dont il est originaire. Pour se racheter, il a servi dans l’unité de cyber-sécurité de l’armée française, chargée de protéger les infrastructures militaires des cyber-attaques, fréquentes au milieu des années 1990.

Après avoir immigré en Israël en 2003, Allouch a fondé Applicure, une entreprise de cyber-sécurité, qui est depuis devenue publique.

Il semble vraisemblable que les autorités turques prennent prochainement des mesures drastiques contre les connexions à GreenTeam en interdisant les adresses IP associées à son serveur DNS, tout comme elles l’ont fait avec celui de Google.

En réalité, a indiqué Allouch mercredi soir, « une personne s’est inscrite sur notre site et s’est mise à envoyer un très grand nombre de requêtes pour ralentir ou bloquer nos serveur DNS, également avec une adresse IP turque. Il est difficile d’imaginer que cela ne soit pas lié à l’utilisation de nos serveurs par des Turcs qui cherchent à contourner l’interdiction gouvernementale. Nous avons bloqué cet Internaute, mais j’ai le sentiment que ce n’est pas la fin de l’histoire. »

Hacker au plus profond de lui-même, Allouch est favorable à l’échange libre et gratuit d’informations et d’opinions sur Internet. Les tentatives de censure, telles que celle du gouvernement turc, l’irritent au plus haut point. « Nous avons décidé de faire ce que nous pouvons pour aider les Internautes turcs », indique-t-il. « A partir de jeudi, nous mettrons en place un serveur DNS alternatif sans restriction de filtrage, spécifiquement destiné aux Internautes turcs. »

Et si la Turquie essaye d’interdire ce serveur, Allouch se tient prêt.
« Nous allons changer l’adresse IP de notre DNS aussi souvent que nécessaire et transmettre le message à la communauté d’Internautes turcs que nous sommes là pour les aider », promet-il. « S’ils se tournent vers nous, nous avons l’obligation de leur venir en aide. »