Le gouvernement égyptien, engagé dans un ambitieux programme de réformes économiques se donne trois ans, avec l’aide étrangère, pour relancer son économie en lambeaux, a assuré la ministre de la Coopération internationale Sahar Nasr dans un entretien avec l’AFP.

L’objectif de l’État, selon Mme Nasr, est de mettre en place des dispositifs pour le retour de l’investissement, le redémarrage de la production industrielle et de l’emploi dans le cadre d’une « stratégie de 3 ans », assure la ministre.

En attendant, 27,8 % des Égyptiens vivent en dessous du seuil de pauvreté et les finances publiques sont à terre avec une dette avoisinant les 100 % du PIB.

Et les réformes économiques, dont la suppression des subventions, et l’inflation à 14 % menacent de créer des troubles sociaux dans un pays où deux présidents, Hosni Moubarak et son successeur islamiste Mohamed Morsi, ont été renversés depuis 2011.

« Une fois que ces réformes seront en place, il y aura un impact positif sur l’économie et sur le front social », assure Mme Nasr avant d’ajouter : « en particulier sur le moyen et long terme ».

Le 11 novembre, le Fonds monétaire international (FMI) a accordé à l’Égypte un prêt de 12 milliards de dollars sur trois ans.

Le pays doit aussi bénéficier d’une première tranche d’un prêt de la Banque mondiale d’un milliard de dollars. Auprès de la Banque africaine de développement, l’Égypte doit disposer d’un prêt d’un total de 1,5 milliards de dollars. Et avec l’Union européenne, un prêt de 800 millions de dollars est en cours de finalisation.

Selon Sahar Nasr, les programmes d’aide représentent un soutien temporaire. Les donateurs, dit-elle, « aident l’Égypte à se positionner en terrain solide, à ne plus dépendre de l’aide étrangère, à ne plus dépendre d’emprunts auprès d’institutions financières internationales ».

Pour elle, il s’agit « d’améliorer le niveau de vie des Égyptiens » et de retrouver une croissance durable de 6% en 2018, contre 3,5 % au premier semestre 2016.

Attirer les investisseurs

Aujourd’hui, explique Mme Nasr, les réformes reposent sur « trois piliers ».

Le premier est « la participation du secteur privé ». « La clé du programme de réformes est d’améliorer l’environnement des affaires, d’encourager l’industrialisation, et de promouvoir les exportations », dit-elle en précisant qu’il s’agit d’attirer les investisseurs.

Le deuxième « pilier » est la refonte budgétaire, autrement dit la limitation des subventions — qui représentent 7,9 % des dépenses de l’État. « Sur le logement social, les subventions allaient aux promoteurs. Nous les avons fait passer du côté de l’offre à celui de la demande, afin que les subventions puissent cibler les bas et moyens salaires », plaide-t-elle.

Et le dernier volet est la réforme monétaire, une « étape majeure en termes de stabilité économique ». Le 3 novembre, l’Egypte a décidé de faire flotter sa monnaie et le taux fixe de 8,8 livres pour un dollar est monté à jusqu’à 18 livres la semaine dernière.

Ces réformes, précise la ministre, ont été « retardés pendant des décennies ».

Parallèlement, Mme Nasr explique aussi que l’aide internationale n’est pas seulement purement budgétaire mais se traduit par une aide sectorielle, comme dans le domaine de l’énergie, avec la participation notamment de l’Agence française de développement.

Dans le secteur de l’énergie Mme Nasr revendique une « réforme politique » en expliquant que l’Egypte a fait ses premiers pas vers l’énergie renouvelable, avec des projets dans le solaire et l’éolien.

L’aide étrangère pourrait représenter un nouveau fardeau dans un pays où le service de la dette grève les finances de l’Etat. Mais Mme Nasr assure que le gouvernement « surveille attentivement la dette extérieure ». Et surtout, ajoute-t-elle, « avant de finaliser tout accord, nous nous assurons que le projet est capable de repayer ».

Par ailleurs, selon elle, « tout programme de réformes économiques doit être accompagné de filets de sûreté sociaux ». La ministre met ainsi en exergue deux mesures phares: le développement des transferts conditionnels en espèces (TCE) pour aider les familles les plus pauvres et du micro-crédit.