WASHINGTON – Soutenir la solution à deux états biaiseraient les efforts de Washington pour établir la paix israélo-palestinienne, a annoncé mercredi une responsable américaine, alors qu’une délégation est arrivée dans la région pour tenter de relancer les discussions, au milieu des protestations palestiniennes sur le manque de clarté de la Maison Blanche.

« Nous n’allons pas dire quel sera le résultat », a déclaré Heather Nauert, le porte-parole du département d’Etat. « Il doit être réalisable pour les deux parties. C’est la meilleure position pour ne vraiment pas favoriser une partie sur l’autre, afin de s’assurer qu’ils travaillent pour trouver une solution. »

Ses commentaires sont survenus alors que les Palestiniens se plaignaient de plus en plus du refus de la Maison Blanche d’approuver la solution à deux états. Ce refus représente une rupture avec la politique américaine et avec le consensus international.

Dimanche, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a déclaré à un groupe de députés israéliens qu’il avait rencontré des responsables de l’administration Trump 20 fois, mais qu’il n’avait aucune idée de leur position sur ces problèmes. Il a également décrit l’administration comme « chaotique ».

D’autres responsable ont également exprimé leur consternation et ont accusé les États-Unis d’être partial envers Israël, alors qu’une délégation dirigée par le conseiller et gendre de Trump, Jared Kushner, arrive dans la région pour tenter de trouver une voie à suivre.

Mardi, Ahmad Majdalani, l’un des plus proches conseillers d’Abbas, a déclaré que les Palestiniens avaient demandé à Kushner de se prononcer sur deux questions clés : les implantations israéliennes et le soutien à l’indépendance palestinienne lors de sa dernière visite en juin.

« Depuis, nous n’avons pas entendu parler d’eux », a-t-il ajouté.

Jared Kushner, conseiller du président américain Donald Trump, avec Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, à Ramallah, le 21 juin 2017. (Crédit : bureau de presse de l'AP)

Jared Kushner, conseiller du président américain Donald Trump, avec Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, à Ramallah, le 21 juin 2017. (Crédit : bureau de presse de l’AP)

« Nous espérons qu’ils apportent des réponses claires cette fois, a-t-il poursuivi. Sinon, le processus de paix ne peut pas être repris parce que nous ne pouvons pas négocier à partir de rien. »

Les commentaires de Nauert semblaient refléter la reconnaissance de l’absence de soutien à la solution à deux états par le gouvernement de droite d’Israël.

Même si la plupart des membres de l’actuel gouvernement israélien n’ont pas déclaré leur soutien à cette solution, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a exprimé cette position depuis 2009, bien que son soutien ait été chancelant ces dernières années.

Abbas soutient une solution à deux états, qu’il a formulé dans ses déclarations aux côtés du président Trump lors de leur dernière apparition commune à Bethléem en mai.

Trump, cependant, a rompu avec l’attitude traditionnelle de ses prédécesseurs en février dernier lorsque Netanyahu s’est rendu à Washington. Aux côtés du Premier ministre, Trump a déclaré : « je regarde [la solution à] deux états et à un état, et j’aime celle que les deux parties aiment. »

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse conjointe à la Maison Blanche, à Washington, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse conjointe à la Maison Blanche, à Washington, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Mercredi, Nauert a suggéré que le fait que les États-Unis précisent leur point de vue lors des négociations ne permettraient pas de parvenir à un accord. Pour elle, seuls Israéliens et Palestiniens peuvent trouver une solution durable.

« Cela fait plusieurs décennies, comme vous le savez, que les parties n’ont pas été en mesure de trouver un accord et une solution durable à cet égard, a-t-elle déclaré. Nous leur laissons donc les rênes pour qu’elles puissent y parvenir. »

Mercredi soir, l’équipe menée par Kushner et composée de l’envoyé spécial pour les négociations internationales, Jason Greenblatt, et de la conseillère adjointe pour la sécurité nationale et la stratégie, Dina Powell, est arrivée en Israël pour rencontrer séparément Netanyahu et Abbas.

La délégation est arrivée en Israël après plusieurs rencontres avec d’autres dirigeants du Moyen Orient pour aborder ce sujet, y compris en Egypte, en Arabie Saoudite et en Jordanie.

Mardi, le roi Abdallah II de Jordanie a déclaré à l’équipe dirigée par Kushner que la solution à deux états était le seul moyen de résoudre le conflit.

Une source diplomatique américaine a dit mercredi soir à Jérusalem aux journalistes que le président américain souhaitait des discussions « pour se concentrer sur la transition vers des discussions substantielles […], la paix, la situation à Gaza, y compris la façon de soulager la crise humanitaire et les mesures économiques qui peuvent être prises. »

Cela dit, Trump reconnaît qu’ « il est probable qu’il y ait de nombreux hauts et des bas sur le chemin de la paix et obtenir un accord de paix prendra du temps », mais qu’il « reste optimiste que les progrès vers un accord peuvent être faits », a ajouté la source.