Même au débotté, le sénateur Ted Cruz ne bredouille jamais. Son regard est fixe, sa diction cadencée, ses phrases précises. Des talents d’orateur mis au service du Tea Party et, depuis lundi, de sa nouvelle ambition : la Maison Blanche.

Rafael Edward Cruz, 44 ans et premier candidat officiel à l’investiture républicaine pour l’élection de 2016, est une nouvelle tête de la droite américaine, symbole du chamboulement opéré par le Tea Party depuis les débuts de l’ère Obama.

Il ne siège au Sénat que depuis janvier 2013, l’un des deux sénateurs représentant le Texas, et doit sa victoire à la mobilisation locale de la mouvance ultra-conservatrice, qui surprend alors l’establishment républicain.

Dès ses débuts, il agace ses aînés par son peu deférence à leur égard et sa volonté d’être sous le feu des projecteurs dans l’illustre institution où sa jeunesse devrait l’inciter à l’humilité.

Le sénateur, qui n’est encore aujourd’hui que 82e sur 100 dans le classement d’ancienneté sénatoriale, fait le serment d’abroger « Obamacare », la réforme de Barack Obama pour réformer le système de santé, et qui fêtait dimanche son cinquième anniversaire –la simultanéité avec l’annonce de sa candidature est volontaire.

Son grand combat a lieu à l’automne 2013. Alors qu’un compromis budgétaire se profile entre chefs républicains et démocrates alliés à Barack Obama, il défend une ligne dure : pas de budget sans abrogation totale d’Obamacare. Il agite en coulisses, emmène avec lui des dizaines d’élus du Tea Party à la Chambre, et tient tête aux dirigeants républicains, humiliés, et qui gardent une dent contre ce quadragénaire qui prétend leur apprendre à gouverner.

« Je ne sais s’il y a quelque chose dans l’eau, dans l’air ou dans les cerisiers, mais les gens, une fois élus, arrêtent d’écouter les Américains », déclare-t-il lors d’une intervention retentissante de 21 heures au Sénat en septembre 2013.

Sa stratégie obstructionniste échoue, les Américains condamnent l’intransigeance républicaine, et les démocrates le traitent de démagogue et pyromane.

Mais Ted Cruz, même s’il reste loin dans les sondages des primaires, a gagné ses galons. Imperturbable, il déclare quelques mois plus tard que « le Tea Party est le développement politique le plus excitant des dernières décennies ».

Retour à Reagan

Ted Cruz est né à Calgary, au Canada, le 22 décembre 1970, d’une mère américaine et d’un père cubain, Rafael Cruz, torturé par le régime de Batista et exilé à 18 ans aux Etats-Unis sans parler anglais.

Sa naissance au Canada soulève des questions sur son éligibilité à la présidence des Etats-Unis: la Constitution impose que les candidats soient « nés naturellement citoyens », un critère ambigu. Par précaution, Ted Cruz a renoncé en 2013 à sa citoyenneté canadienne.

Il grandit au Texas, où le lycéen est déjà fasciné par la Constitution. Après des études à l’Université Princeton puis à l’école de droit d’Harvard – dont il sort diplômé quatre ans après Barack Obama – il entame une brillante carrière juridique, avant de revenir au Texas pour devenir l’équivalent de l’avocat d’appel de l’Etat (« solicitor general »), en 2003.

Le poste se transforme en tremplin national pour défendre des causes conservatrices, et plaider devant la Cour suprême, ce qu’il fit neuf fois, avec cinq victoires.

Au Sénat, la Constitution reste le fil rouge proclamé de sa politique, ultra-conservatrice et anti-impôt. Il aide à couler une réforme du système d’immigration, et une tentative de resserrement des lois sur les armes à feu.

Plus récemment, il tente une percée en politique étrangère, avec Ronald Reagan en modèle.

Le rapprochement avec Cuba est pour lui une « terrible erreur ». Défenseur inconditionnel d’Israël, il est aussi vent debout contre l’accord nucléaire qui se dessine avec l’Iran.

Début mars, la venue au Congrès du Premier ministre israélien lui fournit une nouvelle occasion de démontrer son inventivité langagière. Dans un hall du Capitole, il propose aux journalistes un éclairage sur le sens de la menace « existentielle » pesant contre Israël.

« Le mot existentiel n’a rien à voir avec un Français coiffé d’un béret noir et qui fume comme un pompier », dit-il après le discours de Benjamin Netanyahu. « Cela veut dire que cela menace l’existence même d’Israël ».