Lorsque Uzi Arad, ancien conseiller à la sécurité de Benjamin Netanyahu, analyse l’accord intérimaire conclu avec l’Iran en novembre dernier ; il voit peu de chances d’empêcher la République islamique d’arriver au bout de son programme nucléaire.

L’Iran et les grandes puissances réunies dans le groupe 5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni, Allemagne) ont signé le 24 novembre 2013 à Genève un accord intérimaire, entré en vigueur le 20 janvier, pour une durée de six mois.

L’impossibilité de conclure à un accord final, passé les six mois, prévoit-il, laissera Israël face à un dilemme – celui de prendre la décision d’attaquer l’Iran, de manière unilatérale.

D’après l’accord, entériné le 13 janvier dernier, la République islamique s’est engagée à limiter son enrichissement d’uranium à 5% et à diluer ses stocks d’uranium, qui étaient déjà enrichis.

Mais Uzi Arad, qui a passé une dizaine d’années à surveiller de près l’évolution du programme nucléaire iranien, reste profondément sceptique à l’idée de voir l’Iran y renoncer, et ce, de son propre chef. Qu’il s’agisse de la période de six mois, inscrite dans l’accord intérimaire de novembre ou même au-delà de celle-ci.

Fidèle à ses années passées dans les services de renseignement israéliens du Mossad, les propos d’Uzi Arad demeurent souvent énigmatiques. Il refuse, en effet, de clarifier sa position sur différentes questions. Néanmoins, l’essentiel de son argumentation concernant l’Iran s’avère suffisamment claire.

Ehud Barak et Uzi Arad (Crédit :  Ariel Hermoni/Ministère de la Défense/Flash90)

Ehud Barak et Uzi Arad (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense/Flash90)

« Du point de vue israélien, le résultat obtenu [relatif à l’accord intérimaire nucléaire iranien] est décevant, en comparaison de ce que nous espérions », déclare-t-il au Times of Israel, en marge d’une première série de conférences à l’Université de Tel Aviv, dédiée à la mémoire de son ancien professeur d’Histoire, le professeur Zvi Yavetz, décédé l’an dernier.

« La plupart des experts ne savent pas si un accord [final] peut être signé, alors nous devons aborder la situation actuelle comme si elle était destinée à durer. Ils [les Iraniens] continueront à enrichir [l’uranium] à un niveau qu’ils estiment acceptable, jusqu’à ce ce que l’occasion de rattraper facilement leur retard, se représente. Ce n’est qu’une question de temps. Pendant ce temps-là, ils obtiennent l’allègement des sanctions tandis que l’Occident relâche la pression – la menace d’une intervention militaire [à leur encontre] s’évaporant dans l’air », déclare t-il.

Après avoir passé 25 ans au Mossad, Uzi Arad devient le conseiller en politique étrangère de Netanyahu lors de sa première élection au poste de Premier ministre en 1997.

Uzi Arad quitte ce poste quand Netanyahu est remplacé par Ehud Barak en 1999. Il fonde ensuite l’Institut pour la politique et la stratégie au Centre interdisciplinaire de Herzliya (IDC), inaugurant et présidant ainsi la prestigieuse série de conférences annuelles à Herzliya.

En 2009, il retourne aux côtés de Netanyahu, pour diriger le Conseil national de sécurité d’Israël et devenir ainsi son conseiller à la sécurité nationale, poste qu’il a occupé jusqu’en 2011.

Pour Uzi Arad, ceux qui prétendent, que la pression américaine peut faire renoncer l’Iran à son programme nucléaire, délirent.

Pour Uzi Arad, ceux qui prétendent, que la pression américaine peut faire renoncer l’Iran à son programme nucléaire, délirent.

« Je demande, au nom du bon sens : un Etat qui a consenti à tant d’efforts pour parvenir à des capacités nucléaires militaires, qui a payé un tel tribut par le passé – pour une raison quelconque, va soudainement se contenter de dire : « Bon, tant pis, c’était juste un jeu ? » Bien sûr que non. Les pulsions restent les mêmes, sauf que maintenant [l’Iran] a besoin d’ajouter de nouveaux éléments à l’équation. Ils veulent bénéficier des capacités nucléaires à moindre coût, et sans sanctions. »

L’Iran jouit déjà d’un grand nombre d’avantages à être un « Etat d’évasion nucléaire » (c’est à dire un Etat ​​qui peut fabriquer l’arme nucléaire en quelques mois s’il le désire), a t-il dit. La pire situation pour Israël serait que l’Iran accède véritablement à l’arme nucléaire.

Israël, pour sa part, est progressivement en train de perdre confiance dans la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis qui, pensaient autrefois être capables de relever le défi iranien pour satisfaire Israël, indique Uzi Arad.

« Si nous sommes capables de résoudre le problème par d’autres moyens, et bien qu’attendons-nous pour le faire ? Pourquoi ne l’avons-nous pas fait plus tôt ? Manifestement, nos leaders, depuis Ariel Sharon, pensent que nous faisons partie d’une coalition. Que les Etats-Unis portent ce lourd fardeau. C’était le cas jusqu’à récemment. Mais si personne ne compte agir, Israël sera face à un dilemme – alors Israël sera contraint de faire peser une attaque militaire. »

Il existe actuellement deux écoles de pensée en Israël, note Uzi Arad. La première qui croit à un « scénario apocalyptique », et qui arrive à la conclusion qu’Israël doit prendre tous les risques pour que le programme nucléaire cesse. Et la deuxième école, quant à elle, croit qu’Israël peut assurer un niveau de sécurité élevé, même avec une République islamique pourvue de l’arme nucléaire – illustrant ainsi une envie moindre d’agir.

Uzi Arad refuse de nous dire à laquelle il appartient.

Uzi Arad, ancien conseiller à la sécurité nationale de Benjamin Netanyahu (Crédit : Kobi Gideon/Flash 90)

Uzi Arad, ancien conseiller à la sécurité nationale de Benjamin Netanyahu (Crédit : Kobi Gideon/Flash 90)

Israël a abordé la question du sort des colons israéliens, ces derniers jours

 

La question de savoir si les colons israéliens devraient être autorisés à rester dans les colonies, sous souveraineté palestinienne – opinion partagée par Benjamin Netanyahu et que le Times of Israel a été le premier à avoir révélé, en exclusivité – a largement dominé le débat ces derniers jours.

D’après Uzi Arad, qui est actuellement à la tête du Centre d’Etudes de Défense, l’idée de laisser des juifs dans les colonies sous contrôle israélien, comme enclaves à l’intérieur de l’Etat palestinien, a été discutée par le gouvernement israélien et par l’académie israélienne.

« Ces idées font partie de l’inventaire international [de solutions]. Il y a des précédents pour ça dans presque chaque continent », dit-il.

« Chaque israélien doit réaliser que le transfert de population est un problème sérieux. Le sang des Juifs n’est pas moins rouge que celui des non-Juifs. Exactement, comme nous ne nous précipitons pas pour déplacer une population, nous ne devons pas nous précipiter pour déplacer l’autre. »

Uzi Arad affirme que l’évacuation des colons, doit être traitée comme une question relative aux droits de l’Homme, et de cette manière, réduite au minimum.

« L’attitude blasée envers le déracinement et le déplacement des familles me rend mal à l’aise. Il devrait y avoir une règle qui servirait à minimiser le mouvement des populations, quel que soit le côté d’où l’on se place, si seulement nous prenons en compte le point de vue des droits de l’Homme ».

En discutant avec ses homologues américains, il compare souvent l’évacuation des colonies à une « mutation professionnelle », que les employés cherchent souvent à éviter en raison de son effet négatif sur la vie de famille.

« Je demande aux Américains : comment pouvez-vous avoir le cœur si léger lorsqu’il est question de déplacer des personnes qui travaillent et vivent dans leur patrie d’origine ? «