Manuel Valls a accusé mercredi Edwy Plenel de « complaisance » et de « complicité intellectuelle » avec le terrorisme et d’avoir lancé « un appel au meurtre » contre lui et contre Charlie Hebdo, après que l’hebdomadaire a accusé le patron de Mediapart de les « condamner à mort ».

Le directeur de Charlie Hebdo, Riss, a accusé M. Plenel de « condamner à mort une deuxième fois » sa rédaction en disant que le journal satirique prenait part à une campagne « générale » de « guerre aux musulmans ». M. Plenel a dénoncé une « pure manipulation » de ses propos.

M. Plenel « est un grand journaliste, qui a été le patron de la rédaction du Monde, qui a créé un site, Mediapart, dont tout le monde salue le travail que font ses journalistes. (…) Et quand on reprend [sa] phrase exacte, où il me cite par ailleurs, où il nous assimile à l’extrême droite, c’est très grave. C’est très grave. C’est un appel au meurtre. Et on ne joue pas avec cela », a déclaré M. Valls à RMC et BFMTV.

« Critiquer (Tariq) Ramadan, critiquer l’islamisme, cette idéologie de mort, c’est critiquer, si je suis Edwy Plenel, l’islam et les musulmans. C’est cela qui est insupportable et c’est lui-même qui du coup fait cet amalgame que j’évoquais entre l’islamisme, l’idéologie du terrorisme, et l’islam et les musulmans. Et cela, je ne le supporte pas. J’ai le droit, j’ai même le devoir de me battre contre l’idéologie qui a façonné le terrorisme », a poursuivi l’ancien Premier ministre.

Est-ce une forme de complaisance envers le terrorisme, lui demande le journaliste ? « C’est une complaisance », a répondu M. Valls. Complicité ? « C’est une complicité intellectuelle », a-t-il ajouté.

« Accuser de mener une croisade » (référence à un article de Mediapart titré « la croisade des imbéciles », NDLR) », « ce sont exactement les mêmes mots, c’est la sémantique utilisée par les islamistes, utilisée par la propagande de Daech ».

« Quand vous avez une partie de la rédaction de Mediapart qui explique que l’islamisme en tant que tel, en soi, n’est pas un problème grave, qui explique que je suis l’héritier de Déat, c’est-à-dire des fascistes des années 30, moi qui lutte contre l’antisémitisme, qui ai fait face à une campagne ignoble antisémite, qui lutte contre tous les racismes (…), qui accuse des intellectuels de mener des croisades, on nous désigne », a-t-il insisté.

M. Valls a dénoncé « l’égarement de cette gauche. C’est là où la phrase de 2016, la mienne, reste prémonitoire, sur les gauches irréconciliables. Oui, ce sont des gens dangereux ».

« Je veux qu’ils reculent, je veux qu’ils rendent gorge, je veux qu’ils soient écartés du débat public. Non pas par l’interdiction, ce n’est pas le sujet. Mais qu’ils perdent, qu’ils perdent ce combat, cette bataille d’idées. Nous la menons pour la République et je la mène pour les musulmans de France. Parce que c’est nous qui les protégeons. C’est pas Edwy Plenel et ses sbires ».

« Je n’aime pas Charlie Hebdo, mais je ne tolère pas les propos qui ont été tenus par Edwy Plenel », a réagi pour sa part Nadine Morano sur LCI, défendant « la liberté d’expression ».

L’eurodéputée LR « préfère » les caricatures « méchantes et déplacées » de l’hebdomadaire aux propos d’Edwy Plenel, « du grand n’importe quoi ».