Vous voulez envoyer une lettre? Réflechissez-y à nouveau. Beaucoup de boîtes aux lettres métalliques rouges de la Compagnie postale d’Israël ont été recouvertes d’étiquettes «inactive» dans tout le pays, et la fente pour y introduire les lettres remplie de mousse blanche durcie.

« Le monde a changé », déclare Maya Avishai, la porte-parole de la société. «Les gens envoient davantage d’e-mails et moins de lettres, donc nos ressources sont en train de changer. »

La Compagnie postale d’Israël, jadis connue comme l’Autorité postale d’Israël, est une société appartenant gouvernementale qui a subi un processus de privatisation depuis plusieurs années, mais est toujours aux prises avec son plan de redressement suite à une grève massive en octobre dernier.

Dans le cadre de ce processus, la société prévoit de distribuer moins de courrier, jusqu’à seulement deux fois par semaine, d’alléger son personnel d’environ 5 000 employés et de réduire le nombre des bureaux et des boîtes aux lettres dans les rues.

Cela n’est plus rentable, selon le professeur Sam Lehman-Wilzig, président de l’école de communication de l’Université Bar-Ilan.

Un bureau de poste à Jerusalem,  juillet 2013 (Crédit photo:  Moshe Shai /Flash90)

Un bureau de poste à Jerusalem, juillet 2013 (Crédit photo: Moshe Shai /Flash90)

Pour Lehman-Wilzig, « la question qui se pose est de savoir si les anciens médias, dans ce cas précis, la poste, peuvent trouver les moyens de s’adapter à une nouvelle menace, qu’est le courrier électronique. Les gens ont cessé d’envoyer des lettres, je ne reçois presque plus d’invitations de mariage par courrier. La poste a donc essayé de se diversifier, sans grand succès ».

Les problèmes de la poste n’ont rien de nouveau dans l’histoire des communications, explique Lehman-Wilzig. Chaque fois qu’il y a eu une nouvelle façon de transmettre des informations, elle menace les anciennes méthodes et puis, quand elle ne peut plus s’adapter, finit par disparaître.

Le professeur en communication Sam Lehman-Wilzig, de l'université Bar Ilan, estime que le service postal d'Israël est en voie d'extinction (Photo: Autorisation / Université Bar Ilan)

Le professeur en communication Sam Lehman-Wilzig, de l’université Bar Ilan, estime que le service postal d’Israël est en voie d’extinction (Photo: Autorisation / Université Bar Ilan)

«Qui envoie des télégrammes aujourd’hui? » demande Lehman-Wilzig. « Il a fallu plusieurs décennies pour que le télégramme disparaisse, alors que c’était le moyen de communication par voie électronique il y a environ 50 ans. Il n’y a plus de télégrammes, et encore moins de Pony Express. »

Et avec entre 80 % et 90 % des Israéliens envoyant des courriers electroniques et disposant de téléphones intelligents, il y a une très petite partie de la population qui envoie encore des lettres.

En fait, seulement 3 % de courrier envoyé en Israël passe par une boîte rouge, explique Avishai, faisant référence aux boîtes aux lettres classiques initialement mises en place pendant le mandat britannique. En 2014, il y avait 4 262 boîtes aux lettres rouges dans tout le pays. Maintenant, il y en aura beaucoup moins, autour de 2 500, et à Jérusalem il en y a déjà moins de 100.

« Nous devons avoir des boîtes aux lettres tous les 1 500 mètres en zone urbaine, » dit-elle, «nous travaillons donc sur une nouvelle répartition des boîtes aux lettres à travers le pays. »

Un nouveau départ, ou la pente glissante?
Il ya d’autres changements en cours, destinés à améliorer le service.

Dans 100 bureaux de poste, les horaires ont été prolongés jusqu’à 8h du soir trois jours par semaine, et des rendez-vous peuvent être fixés en ligne dans 150 bureaux (Il y a 700 bureaux dans tout le pays). Il y a désormais des centres de distribution de colis, en plus des bureaux de poste, notamment dans des succursales des magasins Supersol et Office Depot.

Il y aura également des livraisons de paquets dans la soirée, lorsque la majorité de la population est à la maison, affirme Avishai.

Un centre de tri postal à Tel-Aviv (Crédit photo: Yossi Zeleger / Flash90)

Un centre de tri postal à Tel-Aviv (Crédit photo: Yossi Zeleger / Flash90)

La livraison des colis est un autre service de la poste menacé depuis une quarantaine d’années, selon Lehman-Wilzig, depuis que des entreprises privées comme Federal Express aient commencé à s’introduire sur le marché israélien, offrant des solutions plus rapides et plus efficaces pour la livraison des colis. Avec la facilité ajoutée à des signatures numériques, il n’y a peu ou pas de nécessité de se rendre bureau de poste pour envoyer ou recevoir des paquets.

La poste gérait aussi jadis la distribution de prospectus publicitaires. Aujourd’hui, explique Lehman-Wilzig, des sociétés donnent 5000 dépliants à des gens qui circulent en les mettant dans les boîtes aux lettres et sous les essuie-glaces des voitures, éliminant ainsi le besoin de les envoyer par la poste.

« La poste n’a plus de raison d’être, c’est tout », a-t-il conclu.

Si la post israélienne ferme, plusieurs milliers d'employés se retrouvront sans emploi  (Crédit photo: Moshe Shai / Flash90)

Si la post israélienne ferme, plusieurs milliers d’employés se retrouvront sans emploi (Crédit photo: Moshe Shai / Flash90)

Selon Avishai la porte-parole de la poste, il n’y a pas de plans pour dissoudre l’ancienne compagnie postale.

Mais pour ceux qui sont familiers avec la privatisation des services publics en Israël, les modifications apportées à la poste ressemblent beaucoup à la stratégie habituelle du ministère des Finances quand il veut privatiser un service, selon Joseph Zeira, un économiste enseignant à l’université hébraïque de Jérusalem.

« Ils réduisent ses budgets progressivement, ce qui fait que son fonctionnement se détériore, puis ils utilisent ce pretexte pour prétendre que son service est inefficace et qu’il devrait être privatisé » a-t-il dit.

Il y a des commentaires mitigés de clients qui tentent toujours d’utiliser les bureaux de poste.

Cachet de désapprobation

Noa Gorlin de Jeusalem a eu une expérience douloureuse en essayant d’envoyer des invitations de bat-mitzvah dans un bureau. Après avoir payé plus pour les timbres au tarif local qu’elle ne l’avait escompté, elle a fini par envoyer une partie des invitations de façon électronique alors que celles envoyées par la poste à ses voisins ne sont jamais arrivés.

Yitz Woolf, un graphiste qui dirige Let’s Bench- un site internet pour la création de livrets de prières personnalisés – et utilise souvent la poste pour expédier ses colis à l’étranger, a constaté que le formulaire en ligne (disponible uniquement en hébreu) de la compagnie postale pour fixer un rendez-vous fonctionnait parfaitement.

«J’avais l’habitude d’y passer des heures, jusqu’à ce qu’ils aient introduit le kiosque informatique qui vous envoie un texto quand votre tour arrivait», a dit Woolf. « Cette fois, je suis allé sur leur site en ligne, ils m’ont donné trois jours avec des incréments d’une demi-heure pour choisir un moment, et j’ai pu arriver une minute avant mon rendez-vous. »

Dans le service en ligne, les clients peuvent cliquer sur «Fixer un rendez-vous » sur le côté droit de la page, ce qui les amène à une application conçue par myVisit. L’application trouve alors l’emplacement du client en utilisant GoogleMap, et propose une liste de bureaux de poste à proximité et les heures disponibles pendant la matinée, l’après-midi et le soir.

Lehman-Wilzig reste déçu. Le fait est, dit-il, que « c’est un service public qui devient obsolète, en ne distribuant le courrier que deux jours par semaine», et en exigeant des clients qui n’utilisent pas l’application de faire la queue pour obtenir un service. »

Voilà ce qui est arrivé récemment à plusieurs clients qui ont fait la queue dans un bureau de poste dans le quartier de Talpiot de Jérusalem. « Je n’étais pas au courant qu’il fallait prendre rendez-vous en ligne », a déploré Moshe, un client qui a indiqué qu’il est assis ici depuis plus d’une heure. « C’est un bureau de poste, ne puis-je pas entrer tout simplement ? ».

Les changements et les ajouts visent tous « à l’amélioration du service », insiste Avishai. « Il y eu un ralentissement au début, lorsque tous les changements ont été faits », a-t-elle reconnu, « mais les choses vont mieux maintenant ».

Essayez par vous-mêmes. Envoyez une lettre.