Le premier jour de la première visite en Israël du président américain Donald Trump était rempli de gestes forts, mais n’a laissé entrevoir que peu de pistes sur comment le chef du monde libre avait l’intention de transformer sa vision de la paix israélo-palestinienne en réalité.

Il était émouvant de voir Trump toucher les pierres du mur Occidental, devenant ainsi le premier président américain en exercice à visiter le lieu saint juif.

Il était amusant de voir le déroutant député du Likud Oren Hazan faire un selfie avec Trump, malgré les efforts du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour l’en empêcher. Pourtant les déclarations publiques des dirigeants ne fournissent que peu de nouvelles informations. Au contraire, elles soulèvent plus de questions.

Trump a dénoncé, à plusieurs reprises, l’Iran et l’accord nucléaire que la précédente administration avait négocié avec le régime, mais il n’a pas dit s’il allait essayer de revenir sur l’accord. Il a déclaré n’avoir jamais mentionné le mot « Israël » dans sa conversation avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, mais cela ne contredit en rien les informations selon lesquelles il aurait donné des renseignements classifiés sur l’Etat islamique qui ont été collectés par les agences israéliennes de renseignement ; cela renforce même cette affirmation.

Trump, qui est arrivé en Israël lundi après un week-end en Arabie saoudite, s’est beaucoup exprimé sur les chances d’une paix au Moyen Orient, suggérant que le monde arabe sunnite était prêt à accepter Israël. L’idée d’une alliance régionale pour contrecarrer le comportement de plus en plus agressif de l’Iran a été longuement discutée. Netanyahu affirme depuis des années que le monde arabe ne perçoit plus l’Etat juif comme son ennemi et est, en réalité, impliqué dans une coopération sécurité clandestine.

Le président américain Donald Trump devant le mur Occidental, le lieu de prière le plus saint du judaïsme, dans la Vieille ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Ronen Zvulun/Pool/AFP)

Le président américain Donald Trump devant le mur Occidental, le lieu de prière le plus saint du judaïsme, dans la Vieille ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Ronen Zvulun/Pool/AFP)

« J’ai été très encouragé par mes conversations avec les dirigeants du monde musulman en Arabie Saoudite, y compris le roi Salmane, avec qui j’ai longuement parlé », a dit Trump au président Reuven Rivlin à la résidence du président. « Le roi Salmane est très impliqué, et je peux vous dire qu’il adorerait voir la paix entre Israël et les Palestiniens. »

Plus tard dans la journée, lors d’une rencontre avec Netanyahu à l’hôtel King David, Trump a décrit le sentiment du monde arabe envers Israël comme « réellement très positif ». Les dirigeants d’Arabie saoudite, des Emirats Arabes Unis, de Bahreïn, du Koweït et de nombreux autres états arabes étaient très ouverts concernant leur désir de paix, a-t-il ajouté. « Je pouvais entrevoir un chemin beaucoup plus ouvert pour une amitié avec Israël. C’est pour beaucoup, lié avec ce qui se passe avec l’Iran. Alors, on a fait des progrès. »

Netanyahu, aussi, a parlé du lent rapprochement entre le monde arabe et Israël, le qualifiant de « véritablement possible », et affirmant, comme il le fait depuis des années, que cette détente israélo-arabe « aidera à la réconciliation entre Israël et les Palestiniens ».

Lors de déclarations communes exprimées plus tard à sa résidence de la rue Balfour de Jérusalem, Netanyahu a déclaré avoir un « réel espoir de changement » pour la « première fois de mon existence ».

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avant leur conférence de presse, à Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avant leur conférence de presse, à Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Il est vrai que certains états arabes et Israël n’ont jamais été aussi proches. Pourtant, une normalisation complète, insistent les dirigeants arabes, ne peut intervenir qu’à la conclusion d’un accord de paix israélo-palestinien.

« Aucune injustice n’a répandu plus de fruits amers que l’absence d’état palestinien », a dit le roi de Jordanie Abdallah II à Trump dimanche au Sommet aroba-islamo-américain à Ryad. C’est la question centrale de notre région, cela a conduit au radicalisme et à l’instabilité au delà de notre région et dans le monde musulman ». La seule façon d’aller de l’avant est « une solution juste et globale pour la cause palestinienne, basée sur la solution à deux états et l’Initiative de paix arabe », a-t-il souligné.

Netanyahu et Trump se sont complimentés et remerciés l’un l’autre pour leur volonté respective de rechercher la paix. Mais aucun des deux n’a donné quelconque indication publique concernant comment ils allaient obtenir le moindre progrès sur cette question.

Trump et Netanyahu ont tous les deux évité de soutenir un état palestinien ou l’idée de « deux états pour deux peuples » (même si, contrairement à la conférence de presse du 14 février à la Maison Blanche, Trump n’a pas dit qu’il serait d’accord avec une solution à un seul état.)

« Je remercie le Premier ministre pour son engagement à la poursuite du processus de paix, a déclaré Trump. Il travaille très dur pour cela. Ce n’est pas simple. J’ai entendu dire que c’était un des accords les plus difficiles, mais j’ai le sentiment que l’on va y parvenir au final, j’ai de l’espoir. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump, pendant la cérémonie d'accueil sur le tarmac de l'aéroport international Ben Gurion, le 22 mai 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump, pendant la cérémonie d’accueil sur le tarmac de l’aéroport international Ben Gurion, le 22 mai 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Dimanche, le cabinet israélien a approuvé une série de mesures, appelez-les des gestes de bonne volonté, visant à améliorer la vie quotidienne des Palestiniens et à dynamiser l’économie en Cisjordanie. Des officiels du bureau du Premier ministre ont expliqué que l’administration américaine avait demandé à Trump qu’il puisse présenter quelque chose au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors de leur rencontre mardi matin à Bethléem.

La Maison Blanche a salué la décision de Jérusalem et déclaré, dans un communiqué, que « l’administration Trump continuera à travailler étroitement avec les dirigeants d’entreprises palestiniens et israéliens pour identifier des moyens supplémentaires de développer l’économie palestinienne. »

Abbas va probablement apprécier le geste, mais il ne faut pas se faire d’illusion sur le fait qu’augmenter les heures de fonctionnement du Pont Allenby, établir une nouvelle zone industrielle à proximité de Tarkumiya ou relier Jéricho à une usine de traitement des eaux usées pourra conduire à une avancée majeure dans une impasse israélo-palestinienne qui dure depuis des années.

Le président américain Donald Trump avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le président américain Donald Trump avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 3 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Mardi, Trump rencontrera Abbas pour la deuxième fois en moins d’un mois, avant de revenir à Jérusalem pour faire un discours au Musée d’Israël. A en juger par les déclarations publiques de Trump jusqu’à présent, qui étaient pleines de paroles chaleureuses envers Israël, mais vides de substance politique ou diplomatique, il semble improbable que son discours apporte quoi que ce soit de nouveau. Il est peu pensable qu’il annonce un transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem ou reconnaisse formellement la ville comme la capitale d’Israël.

L’objectif principal de Trump dans cette visite très cérémonielle n’est pas de faire des grandes déclarations ou d’établir de nouvelles politiques. Il veut plutôt montrer aux Israéliens et aux Palestiniens qu’il est impliqué dans le processus de paix, et qu’il veut écouter ce qu’ils sont prêts à faire pour y parvenir.