Six anciens patrons du Shabak, le service de sécurité israélien, ont vivement condamné l’escalade des violences entre des extrémistes juifs de Cisjordanie et les forces de sécurité israéliennes, violemment prises à partie. Et de qualifier ces éléments radicaux de « terroristes ».

Dans un entretien accordé au Yedioth Ahronoth, Avraham Shalom (1981-1986), Yaakov Peri (1988-1994), Carmi Gillon (1995-1996), Ami Ayalon (1996-2000), Avi Dichter (2000-2005) et Yuval Diskin (2005-2011) appellent le gouvernement israélien à plus de fermeté. Ils insinuent également que les services de sécurité affichent une attitude trop laxiste à l’égard de la violence de certains habitants des implantations juives.

« Nous ne voyons aucun résultat car le gouvernement n’exige pas de Yoram Cohen, le chef du Shin Bet, des résultats, et cela, malgré les dommages considérables causés », a déclaré Gillon. « Ils traitent ces émeutiers avec des gants de velours. Ils refusent de s’exprimer durant les interrogatoires – il existe pourtant des méthodes d’interrogation qui font plier même les pires éléments du Hamas… Nous devons donc traiter ces émeutiers à l’instar de la résistance juive et des terroristes de Kach, les appréhender avec fermeté, les mettre sous les verrous pendant de nombreuses années et restaurer la dissuasion. »

« Avant tout, nous devons qualifier ce qui se passe dans les territoires de terrorisme juif », a déclaré Ayalon. « Toutes les autres définitions émanant du Premier ministre, des ministres ou du président – ‘crimes de haine’, ‘mauvaises graines’ et autres – n’ont aucun sens. Sans cela, ils ne parviendront pas à résoudre le problème ».

De son côté, Yaakov Peri, le ministre des sciences, réfute l’idée selon laquelle la police doit adopter une approche plus radicale. « La police israélienne traite ces incidents, et en cas de besoin d’assistance du Shin Bet, ils l’obtiendront. Il ne s’agit pas ici de crimes complexes, et nul besoin de faire appel à des forces sophistiquées pour mettre la main sur quelques dizaines de manifestants connus de tous. Ce qui s’est passé est grave, mais nous devons replacer ces événements en perspective – ils sont beaucoup plus simples qu’ils n’y paraissent. Il y aura des conséquences. J’ai cru comprendre qu’ils avaient déjà commencé à procéder à des arrestations ».

Si Avraham Shalom considère également que le Shin Bet n’a pas besoin d’adopter une approche foncièrement différente, il réclame en revanche davantage de résultats. « Les violences à Yitzhar sont effectivement assimilables à du terrorisme juif. Il s’agit bien de terrorisme car le mobile n’est ni l’argent, ni un différend entre voisins. C’est du terrorisme au service d’une idée politique défendue avec violence. Et le Shin Beth doit prendre cette affaire en main car tout ce qui porte atteinte à la sécurité de l’Etat relève de ses prérogatives. »

Avi Dichter, pour sa part, réclame des changements majeurs.

Le ministre des Sciences et des technologies Yaakov Peri, un ancien chef du Shin Beth (Crédit : Yonatan Sindel/Flash 90)

Le ministre des Sciences et des Technologies Yaakov Peri, un ancien chef du Shin Beth (Crédit : Yonatan Sindel/Flash 90)

« Nous ne constatons aucun résultat car le système est clément et les condamnations judiciaires dérisoires », dénonce-t-il. « Nous devons bien procéder au cas par cas : tout individu qui trouble l’ordre public ou crève un pneu n’est pas un terroriste, mais une attaque en règle lancée par des dizaines de jeunes, ou une offensive contre une position de Tsahal doit être considérée comme une attaque terroriste… Certes, ils n’assassinent pas des soldats, et ne les kidnappent pas,  mais il adoptent exactement le même mode opératoire que des terroristes. Ils s’approprient la loi, se livrent à des destructions et blessent des individus afin de forcer l’Etat à obéir à leur injonctions, de manière antidémocratique et illégitime ».

L'ancien député et chef du Shin Beth Ami Ayaon (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’ancien député et chef du Shin Beth Ami Ayalon (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Diskin craint que la violence de ces éléments radicaux ne monte d’un cran si aucune action ferme n’est intentée. « Au-delà de la nécessité de faire appliquer la loi, l’attitude la plus efficace reste la condamnation sans équivoque de ces comportements, et en particulier des personnes impliquées, parfaitement identifiées au sein même de leur communauté, et pas seulement par le Shin Bet, l’armée et la police. Ces individus impliqués dans ce type d’actions contre les Palestiniens et les Arabes israéliens ou contre l’armée pourraient à terme se transformer en armes mortelles contre les soldats et les dirigeants ».

Ces déclarations interviennent après trois jours d’escalade des violences à Yitzhar. De violents heurts ont éclaté entre soldats israéliens et résidents juifs de Yitzhar, faisant huit blessés lors du démantèlement dans la nuit de lundi à mardi de constructions non autorisées dans l’implantation cisjordanienne. Les violences ont repris dans la nuit de mardi à mercredi à Yitzhar, quand des extrémistes juifs ont à nouveau attaqué des soldats israéliens.

Jeudi matin, la police a procédé à l’arrestation de sept personnes soupçonnées d’être impliquées dans l’attaque contre une patrouille israélienne.