Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé mercredi soir à Tel Aviv qu’une campagne « de la gauche et de la presse visait à le renverser par un putsch », lors d’un meeting de soutien organisé par son parti, le Likud, sur fond d’enquêtes judiciaires contre lui.

« La presse s’est mobilisée dans une campagne obsessive contre ma famille et moi mais c’est vous les électeurs qui êtes visés », a-t-il affirmé sous les applaudissements des militants.

« Ils ne veulent pas ne faire tomber que moi, ils veulent nous faire tous tomber », a-t-il dit aux militants du Likud. « Ils savent qu’ils ne peuvent pas nous battre dans les urnes, donc ils essaient de court-circuiter la démocratie et de nous renverser autrement. »

« Mais nous continuons à gagner dans les urnes, parce que nous avons mené Israël au plus haut de toute l’histoire d’Israël », a-t-il ajouté.

Netanyahu a utilisé son discours, dont l’heure et la durée avaient été choisies pour qu’il soit diffusé en direct pendant les informations télévisées, pour affirmer que le maintenir lui, et le « camp national » au pouvoir était crucial pour le bien-être d’Israël.

Il a dit que quand Yitzhak Shamir, Premier ministre du Likud, avait quitté le pouvoir en 1992, cela avait été suivi des « désastreux » accords d’Oslo et d’une vague de terrorisme, et que quand lui-même avait perdu le pouvoir en 1999, la deuxième Intifada avait suivi. Dans les deux cas, a-t-il affirmé, les médias avaient évincé un gouvernement de droite avec de fausses accusations.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant un rassemblement du Likud pour le soutenir, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant un rassemblement du Likud pour le soutenir, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Il a également affirmé que les efforts prétendument illégaux pour le renverser avaient pour objectif de mener au retrait israélien de Cisjordanie, mais a juré que cela n’arriverait pas. Lui et ses partisans seront « fiers de brandir le drapeau d’Israël […] pendant de nombreuses autres années », a-t-il promis, avant de jurer que le Likud remporterait dix sièges supplémentaires aux prochaines élections « avec l’aide de Dieu ».

« Nous savons que la gauche et la presse, et nous savons que c’est la même chose, sont obsédées par cette chasse aux sorcières contre moi et ma famille, dans l’objectif de réussir un putsch contre le gouvernement », a-t-il dit.

« La police de la pensée des médias travaille à temps plein pour mettre en place l’agenda, et malheur à quiconque tente de s’en éloigner », a dit Netanyahu, pendant que la foule scandait « à bas les médias ».

« Leur objectif est de faire inlassablement pression sur les autorités pour une mise en examen sans aucune relation avec la vérité, sans intérêt pour la justice », a averti Netanyahu.

Le Premier ministre s’est clairement délecté de l’adulation de la foule, disant à ses partisans « merci pour votre soutien, pour moi et pour ma femme adorée Sara, qui a été avec moi depuis le début. Je vous aime tous. »

Il était attendu que Netanyahu passe du temps à décrire la tentative prétendument illégale de l’évincer, puisque c’était le thème mis en avant par les organisateurs de l’évènement et par les participants avant qu’il n’arrive pour parler. Il n’a critiqué ni la police, ni le système judiciaire.

Des militants du Likud avec le député David Bitan, président de la coalition, au centre à droite, pendant un rassemblement de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Des militants du Likud avec le député David Bitan, président de la coalition, au centre à droite, pendant un rassemblement de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Des dirigeants du Likud avaient précédemment décrit ce rassemblement comme une tentative de faire face à une campagne vicieuse menée par des médias hostiles, et une police et un parquet excessivement zélés. Le rassemblement était également un test de la popularité et du contrôle de Netanyahu sur son parti, et la plupart des députés connus du Likud étaient présents. L’enthousiasme et la chaleur débordante de la foule, où étaient présents de nombreux membres du Comité central du parti, selon les analystes, ont également envoyé un message à ses rivaux potentiels au sein du Likud, en soulignant la popularité de Netanyahu parmi ceux qui choisissent les dirigeants du parti.

David Bitan, le président de la coalition, qui est l’un des plus fervents soutiens du Premier ministre, a dit avoir organisé le rassemblement parce que Netanyahu était « persécuté » par la presse et une opposition incapable de le battre dans les urnes.

La colère de la foule était directement adressée à la gauche et aux médias. Les affiches de l’évènement présentaient des slogans comme « le peuple choisit et la gauche sape », et « assez des tentatives de putsch ».

A l’entrée de l’évènement, un militant avait un panneau indiquant que « ce ne sont pas des fake news, ce sont des f*cking news », et plusieurs journalistes ont été insultés par les participants.

Les médias ont souligné qu’aucun Premier ministre en poste sous le coup d’une enquête judiciaire n’avait organisé un meeting de soutien de cette envergure.

Plus de 3 000 militants, selon les organisateurs, ont scandé « Bibi », le surnom de Netanyahu, à plusieurs reprises durant son discours.

La pression judiciaire s’est considérablement accentuée vendredi sur le Premier ministre avec l’annonce qu’un de ses anciens proches collaborateurs avait accepté de coopérer avec la justice dans deux affaires de corruption présumée.

L’une des enquêtes, l’Affaire 1000, repose sur le soupçon que Netanyahu aurait reçu, illégalement, des cadeaux de personnalités très riches, dont le milliardaire australien James Packer et un producteur d’Hollywood, Arnon Milchan. La valeur totale de ces cadeaux a été chiffrée par les médias à des dizaines de milliers de dollars.

Une autre enquête, l’Affaire 2000, cherche à déterminer s’il aurait essayé de conclure un accord secret avec le propriétaire du Yedioth Ahronoth pour une couverture positive de la part du journal, en échange de laquelle il aurait aidé à réduire les opérations d’Israel Hayom, concurrent du Yedioth.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant un rassemblement du Likud pour le soutenir, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant un rassemblement du Likud pour le soutenir, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Netanyahu, 67 ans, à la tête du gouvernement depuis 2009 après un premier mandat entre 1996 et 1999, a été soupçonné à plusieurs reprises par le passé, sans être inquiété.

« Le peuple est avec nous », a-t-il répété, remerciant les militants « venus de tout le pays », accompagné par son épouse Sara, elle aussi sous le coup d’une enquête pour fraude, pour mauvaise utilisation des financements publics à la résidence du Premier ministre. Netanyahu l’a souvent citée dans son discours, indiquant que cette affaire était « une honte ».

« Ils se concentrent sur une tasse de thé donnée à son saint père qui avait 96 ans », a dit Netanyahu. Sara Netanyahu est soupçonnée d’avoir utilisé de l’argent public pour payer l’aide à domicile de son père, depuis décédé, Shmuel Ben-Artzi.

La foule a répondu en chantant « Sara, Sara, Sara ».

Netanyahu a dit en plaisantant qu’il y avait des « rumeurs » indiquant que le chien de la famille sera le prochain « à être interrogé en tant que suspect ».

L'ancien Premier ministre Ehud Barak lors d'une conférence de presse organisée par le Parti travailliste israélien, à Tel Aviv, le 29 janvier 2017. (Crédit : Flash90)

L’ancien Premier ministre Ehud Barak lors d’une conférence de presse organisée par le Parti travailliste israélien, à Tel Aviv, le 29 janvier 2017. (Crédit : Flash90)

Netanyahu a également attaqué l’ancien Premier ministre Ehud Barak, le qualifiant de « raté » et se moquant de ses prédictions d’isolement international imminent d’Israël.

« Nous sommes plus forts que nous ne l’avons jamais été, et la liste des dirigeants mondiaux qui m’ont invité est immense », a dit Netanyahu.

Il a également accusé les médias de tenter d’influencer la politique israélienne vers un retrait de Cisjordanie.

« Les fake news nous préviennent que si nous ne nous retirons pas de notre terre historique, nous serons faibles et vaincus », a-t-il dit.

« Ce n’est pas la première fois que les médias portent ces fausses accusations contre la droite. Ils ont fait tomber Shamir en 1992, et nous ont apporté Oslo et les explosions dans les bus, et les morts dans les restaurants », a-t-il ajouté.

En 1999, quand lui-même a perdu le pouvoir au profit de Barak, promis à une nouvelle aube, cette « aube » a apporté la deuxième Intifada et plus de 1 000 morts israéliens, a-t-il dit.

« Hier, il y avait un article [dans Haaretz], et je le cite : ‘les Palestiniens espèrent que les enquêtes feront tomber le Premier ministre’. Il n’est pas surprenant que les médias et les Palestiniens veuillent ma chute : ils veulent tous le retrait des lignes de 1967 », a dit Netanyahu.

Netanyahu a ajouté que le quotidien avait proposé de moins le critiquer s’il se retirait de Cisjordanie. « Eh bien, nous ne le ferons pas », a-t-il dit.

L’AFP a contribué à cet article.