Le vote en Iran à un double scrutin pour ou contre la poursuite de la politique d’ouverture du président modéré Hassan Rouhani, a été prolongé vendredi de deux heures.

Cette prolongation vaut pour tout le pays à la suite des demandes des responsables locaux chargés d’organiser ces élections destinées à renouveler le Parlement et l’Assemblée des experts, chargée de nommer le guide suprême, selon le ministère de l’Intérieur.

A Téhéran, de longues files d’attente étaient encore en place à l’heure de fermeture initiale, 18 heures locale, selon des journalistes de l’AFP.

Les procédures de vote sont longues, en particulier à Téhéran, puisqu’il faut que chaque électeur écrive jusqu’à 46 noms parmi les candidats choisis, avant de placer son bulletin dans l’urne.

Quelque 55 millions d’Iraniens sont appelés à élire les 290 membres du Parlement et les 88 sièges de l’Assemblée des experts, deux instances dominées par les conservateurs.

Il y a quatre ans, le taux de participation avait été de 64,2 % dans le pays, seulement de 48 % à Téhéran.

Le guide suprême, Ali Khamenei, a été l’un des premiers à voter dans la capitale.

« Tout le monde doit voter, tous ceux qui aiment l’Iran, la République islamique, la grandeur et la gloire de l’Iran », a-t-il estimé après son vote.

« Nous avons des ennemis » qu’il faut « décevoir » par le vote, a-t-il ajouté sans les nommer, mais il exprime régulièrement sa méfiance à l’égard des puissances occidentales, en premier les Etats-Unis, accusés de chercher « à s’infiltrer » en Iran.

‘Dignité’

En votant au ministère de l’Intérieur, le président Hassan Rouhani a lui déclaré que les institutions qui sont responsables des élections allaient garantir qu’elles soient « transparentes ».

Ces élections sont les premières depuis la conclusion en juillet d’un accord entre les grandes puissances et Téhéran sur le programme nucléaire iranien, qui doit permettre à l’Iran de sortir de son isolement et de relancer une économie affaiblie par près de dix ans de sanctions internationales.

En votant à Téhéran, le chef de la diplomatie, Mohammad Javad Zarif, a estimé qu’après cet accord, les grands pays occidentaux « ont désormais compris qu’il convenait de parler au peuple iranien avec dignité ».

La plupart des sanctions ont été levées mi-janvier au moment de l’entrée en vigueur de l’accord nucléaire.

Les réformateurs avaient en partie boycotté le scrutin de 2012 pour protester contre la réélection qu’ils jugeaient frauduleuse du président conservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009.

Les deux leaders de l’époque, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, assignés à résidence à Téhéran depuis 2011, ont pu voter chez eux, selon les réseaux sociaux. Le vote de M. Karoubi a été officiellement confirmé.

Les réformateurs sont cette année au rendez-vous même si nombre de leurs responsables ont été écartés de la course par le puissant Conseil des gardiens de la Constitution (conservateur) qui a la haute main sur les élections.

‘Le système pour toujours’

Pour augmenter leurs chances, ils ont fait alliance avec les modérés -dont certains peuvent être conservateurs- en présentant une liste commune baptisée « Espoir ».

Le chef de file de cette liste à Téhéran, Mohammad Reza Aref, a dit espérer en votant que « l’épopée de 2013 (l’élection de Rohani) se répétera ».

Face aux réformateurs, une grande coalition des conservateurs qui, en adéquation avec la ligne du guide suprême, s’inquiètent d’un risque d’ « infiltration » étrangère.

Esmat Savadi, électrice de 54 ans, ne cache pas ses sympathies pour cette coalition et dit voter pour montrer « au pays et à l’étranger que nous soutenons le système pour toujours ».

Les anciens présidents Mohammad Khatami (réformateur) et Akbar Hachemi Rafsandjani (modéré) ont appelé à voter massivement pour les candidats pro-Rouhani et ainsi barrer la route « à l’extrémisme ».

A l’Assemblée des experts, les réformateurs espèrent que ses figures les plus conservatrices seront battues, ce qui serait une victoire majeure pour eux.

Car cette Assemblée, élue pour huit ans, pourrait être amenée à désigner le successeur de l’ayatollah Khamenei, âgé de 76 ans.

Des premiers résultats partiels sont attendus dans les 24 heures suivant la fermeture des bureaux.