Ce ne fut pas une surprise que le Conseil des Nations unies pour les droits de l’Homme ait approuvé vendredi une résolution soutenant le rapport controversé de McGowan Davis sur l’opération Bordure protectrice d’Israël dans la bande de Gaza.

L’Union européenne a délibéré jusqu’à pratiquement la dernière minute sur la façon de voter, et a finalement décidé de donner son soutien à la résolution.

Le désir pour les Européens de parler d’une seule voix a même finalement conduit l’Allemagne à voter oui, dans ce qui sera perçu comme une piqûre particulièrement douloureuse pour Jérusalem. Comme c’est souvent le cas, les États-Unis ont rejeté la résolution.

Mais même si Israël avait réussi à diviser le vote européen entre le oui et quelques abstentions, la majorité arabe automatique au conseil de 47 membres n’aurait pas modifié le résultat final.

Les diplomates israéliens à Genève ont passé des semaines à essayer de persuader leurs collègues de voter contre la résolution biaisée.

Et plusieurs politiciens israéliens, de la coalition à l’opposition, ont envoyé des lettres exhortant les membres du conseil à rejeter le projet de résolution A/HRC/29/L/35. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a même invité les ambassadeurs des pays siégeant au Conseil à Jérusalem pour une séance d’informations spéciale (même si, selon un diplomate qui était là, il a surtout parlé de l’Iran).

Les mauvaises nouvelles sont évidentes : une fois de plus, Israël a été abandonné non seulement par les suspects habituels mais aussi par les pays qu’il considère comme ses amis.

Au cours des débats qui ont précédé le vote de la résolution, la Russie, la Chine, le Venezuela, Cuba et d’autres pays ayant des antécédents douteux en ce qui concerne la question des droits de l’Homme ont voté contre des résolutions condamnant la Syrie et la Biélorussie. Pourtant, ils ont tous voté joyeusement en faveur d’un texte qui met Israël et le Hamas au même plan moral.

Israël soutient que la résolution lie ses mains dans sa lutte contre le terrorisme et encourage le Hamas à continuer à attaquer des civils israéliens en toute impunité. En réalité, il fait plus que cela.

L’esprit du rapport souligne « que les dirigeants politiques et militaires d’Israël (avec les terroristes du Hamas) doivent être l’objet d’enquêtes et de poursuites pour d’ ‘éventuels crimes de guerre’ dans les tribunaux internationaux, ainsi que dans les tribunaux nationaux à travers le monde », selon UN Watch, un groupe de défense des droits de l’Homme basé à Genève.

En effet, le texte de McGowan Davis suggère que les actions d’Israël dans la bande de Gaza pourraient constituer des « tactiques militaires reflétant d’une politique plus large, au moins tacitement approuvées par les décideurs au plus haut niveau » du gouvernement d’Israël.

Le document exhorte également toutes les parties à « coopérer pleinement avec l’examen préliminaire de la Cour pénale internationale et à toute enquête ultérieure qui pourrait être ouverte ».

Il appelle également la communauté internationale à « soutenir activement » le travail de la cour dans les Territoires palestiniens, et recommande en outre que la communauté internationale exerce da compétence universelle pour juger les crimes internationaux devant les tribunaux nationaux et à « se conformer aux demandes d’extradition » de criminels de guerre présumés.

McGowan Davis a intentionnellement gardé le langage de ces paragraphes vagues de façon à la rendre applicable à la fois aux Israéliens et Palestiniens.

Mais ce n’est pas un secret que les Etats arabes qui ont soutenu la résolution de vendredi – qui appelle l’ONU à « poursuivre la mise en œuvre de toutes les recommandations » – veulent voir les dirigeants d’une seule partie à La Haye.

Toutefois, la résolution aurait pu aussi aller beaucoup plus loin. Elle s’est arrêtée, par exemple, avant d’appeler à imposer des sanctions contre Israël ou renvoyer la question au Conseil de sécurité des Nations unies, ce qui aurait signifié un plus grand casse-tête pour Israël qu’une résolution largement inutile du Conseil des droits de l’Homme.

En effet, le projet initial des Palestiniens était beaucoup plus sévère dans sa condamnation unilatérale d’Israël, mais a été modifié de façon significative en échange du soutien européen.

Le projet qui a finalement été voté fait plusieurs concessions mais cela faisait partie du plan de Ramallah, selon certains experts.

Les observateurs qui sont critiques de la répartition des voix européennes font valoir que c’est toujours le même jeu : les Palestiniens incluent intentionnellement un langage extrêmement dur et déséquilibré dans leur premier projet afin qu’ils puissent apparaître comme étant conciliants en acceptant de faire quelques changements.

« Le fait que l’ensemble de l’UE a voté en faveur d’une résolution de l’ONU sur la guerre de Gaza, qui ne mentionne jamais une seule fois les roquettes ou les tunnels ou le Hamas, et ‘déplore’ uniquement [les agissements d’] Israël, est choquant – même pour l’UE », a fulminé Anne Bayefsky, la directrice de l’Institut Touro pour les droits de l’Homme et de l’Holocauste.

Bien que toujours fondamentalement biaisé contre Israël, le projet qui a été finalement approuvé a pris en compte plusieurs préoccupations occidentales et israéliennes. Bien qu’il ne référence pas encore le droit d’Israël à se défendre contre les attaques de roquettes du Hamas – même une fois, – les segments les plus absurdes ont été enlevés.

Par exemple, un paragraphe qui aurait tenu Israël pour responsable du fait que les Palestiniens n’enquêtent pas sur les crimes de guerre du Hamas passés sous silence a été retiré. La résolution n’ « approuve » plus le rapport McGowan Davis, mais simplement « se félicite » – un petit mais, en langage diplomatique, un changement non significatif.

Un paragraphe affirmant que « la fin [de] l’occupation militaire prolongée d’Israël » est « nécessaire pour défendre les droits de l’Homme et le droit international et contribuerait énormément à la prévention des crimes » a été remplacé par un autre soulignant simplement « l’urgence de parvenir sans délai à la fin de l’occupation israélienne qui a commencé en 1967 ».

La résolution n’appelle plus tous les Etats à « veiller à ce que leurs autorités publiques et les entités privées ne participent pas au comportement internationalement illicite d’Israël ». Ou de faire des efforts pour « limiter l’utilisation d’armes explosives avec des effets étendus dans les zones peuplées en vue de renforcer la protection des civils pendant les hostilités ».

Ce dernier point était clairement destiné à entraver la capacité de l’armée israélienne à combattre les terroristes dans la bande de Gaza.

Plus important encore, cependant, le projet de résolution ne prévoit pas la création d’un nouveau mécanisme de suivi chargé de superviser la mise en œuvre des recommandations du rapport.

Le projet initial des Palestiniens avait appelé le Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l’homme, Zeid Raad Al Hussein, de procéder à un tel examen et de recommander des « mécanismes qui pourraient être établies pour assurer leur mise en œuvre ».

Le projet final a abandonné cette dernière demande, demandant simplement au haut-commissaire de produire un rapport sur la mise en œuvre du rapport McGowan Davis.

Il recommande également à l’Assemblée générale des Nations unies de prendre une action sur la question « jusqu’à ce qu’elle soit convaincu que les mesures appropriées » ont été prises pour mettre en œuvre les recommandations du rapport.

Ce que cela signifie est que, dans quelques semaines, les nations du monde se réuniront à New York pour condamner une fois de plus le comportement d’Israël pendant la dernière guerre de Gaza. Tout comme cette semaine à Genève, il y aura beaucoup de discussions, mais en fin de compte rien ne va réellement se passer.