Les Etats-Unis ont condamné vendredi les violences qui ont émaillé des manifestations dans des pays musulmans contre l’hebdomadaire français Charlie Hebdo, réaffirmant le droit « universel » de la presse à publier librement tous types d’informations, y compris des caricatures.

« Nous exhortons tout le monde à s’abstenir de toute violence, à faire preuve de retenue et à respecter l’Etat de droit », a commenté un porte-parole du département d’Etat, Jeffrey Rathke, interrogé sur les violences au Pakistan et au Niger visant notamment des intérêts français.

« Aucune acte journalistique légitime, aussi insultant soit-il aux yeux de certains, ne justifie un acte de violence », a argumenté le responsable américain, conformément à la position des Etats-Unis prise depuis l’attentat qui a frappé le 7 janvier l’hebdomadaire satirique français.

La liberté d’expression est un droit absolu aux Etats-Unis, mais la satire religieuse y est quasiment taboue.

« Les médias publient souvent des informations censées provoquer un débat. Nous pouvons ne pas être toujours d’accord avec une opinion en particulier ou avec tous les contenus, mais le droit de publier une information est fondamental et universel », a expliqué le responsable américain.

Des milliers de personnes ont manifesté dans l’ensemble du monde musulman après la prière du vendredi contre la publication par Charlie Hebdo d’un dessin représentant le prophète Mahomet, des rassemblements marqués par des violences à Karachi (sud du Pakistan), où un photographe de l’AFP a été grièvement blessé, et au Niger où un centre culturel français a été incendié.

« Notre conception de la liberté d’expression et de la presse est claire », a insisté M. Rathke.

Washington n’a pas toujours été aussi favorable aux caricatures de Charlie Hebdo. En 2012, les Etats-Unis avaient critiqué une décision de la justice française autorisant l’hebdomadaire satirique à publier des dessins controversés, de peur que cela n’enflamme le monde musulman.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a rendu vendredi, en anglais et en français, un vibrant hommage aux victimes des attentats en France et aux « héros » qui ont sauvé des vies lors des trois jours sanglants de la semaine dernière, dans un discours prononcé à la mairie de Paris.

« Je voulais être ici avec tout Paris, toute la France. Je voulais vous dire en personne l’horreur des Américains » face au « cauchemar » « l’infâmie » qu’a vécu la France, a lancé M. Kerry, aux côtés de la maire socialiste de la capitale, Anne Hidalgo.

« Je représente une nation qui rend grâce chaque jour d’avoir la France comme son plus ancien allié », a déclaré le secrétaire d’Etat américain, dans un discours très personnel, évoquant des souvenirs de jeunesse.

Kerry, dont la mère a grandi en France, est francophile et francophone. Son cousin germain est Brice Lalonde, un écologiste français, ex-ministre.

Emu et solennel, M. Kerry s’est ensuite lancé dans un hommage vibrant aux victimes des attentats qui ont fait 17 morts, et aux « héros » tout à coup sortis de l’anonymat. Il a notamment salué Lassana Bathily, « un musulman malien qui a risqué sa vie pour sauver des clients juifs » lors de l’attaque du supermarché casher le 9 janvier à Paris, où quatre juifs ont été tués.

M. Bathily, un jeune employé du supermarché, qui sera naturalisé français la semaine prochaine en guise de récompense, était présent dans la grande salle de l’Hôtel de Ville, tout comme le patron du supermarché « Hypercacher ». Des enfants saluaient le Malien comme un « héros », se faisant prendre en photo avec lui.

« Que personne ne s’y trompe : ce que les terroristes ne comprennent pas, ne peuvent pas comprendre, c’est que la bravoure et la décence ne céderont jamais à l’intimidation et à la terreur », a lancé M. Kerry.

« Nous ne nous laisserons pas entraîner dans le désespoir », a-t-il martelé, avant de laisser la place à un de ses « amis du Massachusetts » dans le nord-est des Etats-Unis, le chanteur James Taylor.

Ce dernier a entamé une « Marseillaise » (l’hymne national français) à la guitare, avant de chanter son célèbre « You’ve got a friend » (« tu as un ami »).