Les services de renseignement américains et britanniques n’ont pas piraté les systèmes cryptés des drones d’Israël, ont déclaré des responsables israéliens mardi, après avoir enquêté sur les rapports selon lesquels les États-Unis et le Royaume-Uni auraient espionné les opérations de l’armée de l’air d’Israël depuis des années.

En janvier, il a été signalé que les agences d’espionnage américaines et britanniques avaient « cracké » le système de cryptage de l’armée israélienne spécifique à la communication entre les drones et les avions de chasse.

Les deux pays auraient utilisé cet accès pour surveiller les opérations de Tsahal à Gaza, visionner une potentielle frappe israélienne sur l’Iran, et garder un œil sur la technologie des drones qu’Israël exporte.

Le code de cryptage de Tsahal aurait été piraté dans le cadre d’une importante opération de renseignements – sous le nom de code « Anarchiste » – qui a été menée par la National Security Agency (NSA) américaine et son homologue britannique, le Government Communications Headquarters (GCHQ), depuis 1998. Tout au long de l’opération, de nombreux codes secrets pour les systèmes d’armes de pointe utilisées par le Hezbollah, l’Egypte, la Turquie, l’Iran et la Syrie ont également été piratés.

Mais mardi, les responsables anonymes ont déclaré à la Deuxième chaîne que les équipes mises en place pour enquêter sur les rapports avaient déterminé que le cryptage de drone n’a pas été piraté.

« Certaines des informations médiatisées ont toujours été au grand jour, et en tout cas personne n’a cracké les codes secrets relatifs aux drones et autres systèmes d’armes de l’armée israélienne », ont déclaré les sources anonymes. Les revendications ne venaient pas du ministère de la Défense ou de l’armée israélienne, ont déclaré les porte-parole au Times of Israel.

Il fut difficile de savoir si les fonctionnaires niaient l’intégralité du rapport d’espionnage, ou seulement certains aspects de la violation présumée des renseignements. L’affirmation israélienne quant à la séquence présumée de l’aviation israélienne ainsi que les citations de rapports de renseignement étrangers, tous parus dans les médias étrangers, n’étaient également pas clairs.

Plus important encore, cependant, il est difficile de savoir comment les responsables de la défense pourraient savoir si les transmissions avaient en effet été décryptées. Le programme « Anarchiste » n’était pas une attaque électronique dans laquelle les pirates ont fait irruption dans un système israélien, en laissant éventuellement une trace numérique que les enquêteurs pouvaient repérer. Au contraire, les agents des renseignements américains et britanniques ont réussi à intercepter les communications entre l’aviation israélienne et le contrôle au sol, et à décrypter les émissions.

Sur la base de documents et de photos divulgués par le dénonciateur des renseignements américain Edward Snowden – qui avaient été classifiés, les rapports ont déclaré que les États-Unis et la Grande-Bretagne ont, pendant des années, été en mesure de suivre les émissions de l’aviation israélienne, et de voir effectivement des images et des vidéos diffusées aux commandes de Tsahal pendant les opérations de drones dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, et à proximité de la frontière nord de l’Etat juif.

Le pistage aurait été effectué à partir d’une installation de la Royal Air Force dans les montagnes du Troodos, près du mont Olympus, le point le plus élevé sur l’île de Chypre, selon The Intercept, qui, avec le journal allemand Der Spiegel, a publié en premier les documents.

Dans les photos divulguées par Snowden, des séquences à partir d’enregistrements vidéo prises par l’aviation israélienne peuvent être visionnés en détail, ainsi que des diapositives préparées par les membres des organisations de renseignement britanniques et américaines expliquant la signification des résultats.

«Cet accès est indispensable pour le maintien de la compréhension de l’entraînement et des opérations militaires israéliens et est donc un aperçu de l’évolution possible de la région », indique un rapport du GCHQ datant de 2008, a rapporté The Intercept. « En temps de crise cet accès est critique et l’un des seuls moyens pour fournir des informations à la minute et un soutien aux États-Unis et aux opérations alliées dans la région. »

En 2008, selon The Intercept, le bulletin interne de la NSA, SIDToday, s’enthousiasmait que, le 3 janvier, après un raid aérien israélien sur des cibles terroristes dans la bande de Gaza, les analystes aient « recueilli pour la première fois une vidéo depuis le cockpit d’un avion de chasse F-16 de l’armée de l’air israélienne » qui « montrait une cible sur le terrain en train d’être pistée ».

Dans un autre document divulgué, il a été demandé aux analystes du renseignement d’enregistrer et d’envoyer une vidéo des opérations de Tsahal au GCHQ. « En raison de la situation politique de la région, il est exigé que les opérations de drone israélien (UAV) dans certaines régions soient interceptées et exploitées de telle sorte que des évaluations puissent être effectuées sur les éventuelles actions qui pourraient avoir lieu », peut-on lire sur la requête, en date du 29 juillet 2008.

Vingt clichés identifiés par The Intercept dans les documents comprennent plusieurs captures d’écran prises à partir de drones israéliens, datant de février 2009 à juin 2010.