WASHINGTON – Alors que les négociations pour former une coalition à Jérusalem s’approchent de la date limite, Washington garde un œil attentif sur les tentatives du Premier ministre Benjamin Netanyahu d’atteindre le chiffre magique de 61 députés pour disposer d’une étroite majorité.

Durant les six semaines qui ont suivi les élections du 17 mars, l’administration Obama a souligné à maintes reprises que la composition du nouveau gouvernement pourrait avoir de sérieuses implications dans la politique américaine – le président Obama parlant d’ « évaluer » à nouveau l’approche américaine du conflit israélo-palestinien. Pourtant, les observateurs affirment que l’ombre des négociations avec l’Iran plane – un accord sur le programme nucléaire de l’Iran est censé être finalisé d’ici le 30 juin –, ce qui signifie qu’un changement de politique découlant de la formation de la coalition serait peu probable.

Aaron David Miller, analyste à l’Institut Woodrow Wilson et  un membre des équipes américaines lors des dernières négociations de paix, estime que les États-Unis vont d’abord consacrer leur énergie à parachever un accord avec l’Iran et qu’un éventuel changement de politique vis-à-vis d’Israël – y compris sur un changement de politique par rapport au veto américain lors des résolutions du Conseil de sécurité contre Israël – ne sera pas envisagé avant au minimum six mois et ne le sera peut-être jamais.

Dans le même temps, poursuit-il, il est « absolument persuadé que dans les 20 prochains mois, vous verrez des paramètres d’Obama émergés ou une résolution du conseil de sécurité de l’ONU qui contiendra des éléments de base pour réconcilier les Israéliens et les Palestiniens ».

Miller a souligné qu’aucun changement majeur de politique n’interviendrait tant que l’administration Obama ne signera pas d’accord avec l’Iran. Et, en second lieu, « avant que l’administration ne prenne une décision à propos du genre de gouvernement à qui ils vont avoir affaire : est-ce que cela va être un gouvernement avec une majorité à 61 ou 67 députés ? Ou y aura-t-il un gouvernement plus large qui impliquera Herzog ? ».

Toute réaction politique immédiate à un gouvernement de droite, a expliqué Miller, enverrait un mauvais message aux Israéliens ainsi qu’aux Palestiniens et serait « contre-productif ». Cela menacerait davantage la capacité de l’administration à vendre les paramètres définitifs d’un accord iranien à un Congrès réticent.

Comme la plupart des analystes en Israël, Miller a minimisé les chances qu’un gouvernement d’unité ne soit formé. Mais contrairement à de nombreux observateurs israéliens, il affirme que l’administration préférerait en fait voir une coalition à la majorité étroite de droite vers laquelle Israël semble se diriger, du moins à court terme.

« Je soupçonne qu’ils préfèrent laisser les pressions qui sont susceptibles de s’accumuler sur un gouvernement à majorité faible. Ils aimeraient sans doute voir dans quelques mois Netanyahu obligé tendre la main vers Herzog qui pourrait alors être dans une meilleure position pour contenir le Premier ministre », a suggéré Miller.

En si la possibilité qu’un gouvernement d’union se concrétisait, Miller a estimé que « cela représenterait probablement une base pour une paralysie fondamentale sur presque toutes les questions importantes auxquelles l’Etat d’Israël sera confronté ».

Un tel gouvernement, a-t-il ajouté, « est le pire cauchemar des Palestiniens, vous aurez un gouvernement israélien au visage plus doux et plus favorable et donc moins de tensions avec l’administration et la communauté internationale, mais pas de mouvement ».

Cependant, le député de l’Union sioniste Erel Margalit a affirmé qu’il pensait que la Maison Blanche préférerait en réalité un gouvernement israélien plus large.

 Le député de l'Union sioniste Erel Margalit rencontre le sénateur Chuck Schumer (D-NY) à Washington le 29 avril 2015 (Crédit : Autorisation)

Le député de l’Union sioniste Erel Margalit rencontre le sénateur Chuck Schumer (D-NY), à Washington, le 29 avril 2015. (Crédit : Autorisation)

« Mon impression de la Colline et des diverses réunions auxquelles j’ai assisté à travers les États-Unis la semaine dernière est qu’il y aurait une préférence pour un gouvernement plus large – plutôt qu’un gouvernement de droite à majorité étroite » a-t-il déclaré au Times of Israël entre deux réunions en fin de semaine à Capitol Hill.

Margalit a expliqué qu’il pensait que le gouvernement d’unité nationale pourrait aider Israël sur le plan international mais a insisté sur un point : « c’était à Netanyahu de décider – cela est dur pour nous de voir comment nous pouvons faire partie d’un gouvernement qui a fait certaines déclarations ».

David Makovsky, directeur de l’Institut de Washington pour le Projet politique du Proche-Orient sur le processus de paix et ancien membre senior de l’équipe américaine aux pourparlers de paix en 2013-2014, a suggéré que la constitution du gouvernement aurait peu ou pas d’impact sur les tensions actuelles entre les Etats-Unis et Israël qui découlent d’opinions différents sur les conditions qui devraient être imposées à l’Iran.

Même s’il a souhaité une nouvelle perspective dans les relation avec les autres pays et a insisté sur la « modestie » qu’il faut adopter dans les relations d’Israël avec son plus proche allié, Margalit a également reconnu qu’il y avait peu de différence entre les préoccupations de son parti quant à l’issue des pourparlers du P5 + 1 avec l’Iran et les préoccupations de Netanyahu lui-même.

Un gouvernement d’union pourrait changer les tactiques utilisées par Israël pour révéler ses griefs – Margalit s’élève contre tout acte qui pourrait être interprété comme ayant une dimension partisane dans la politique américaine –, mais il y aurait peu de différence dans l’opposition de fond à accord iranien qui serait considéré comme insuffisamment exigeant envers Téhéran.

Le Département d’Etat a signalé ces dernières semaines qu’il attend de voir la composition du nouveau gouvernement. Un gouvernement considéré comme moins ouvert à une solution à deux Etats, ont sous-entendu les fonctionnaires, pourrait avoir des implications politiques à Washington.

Intervenant la semaine dernière lors d’un rassemblement des dirigeants juifs réformiste, la sous-secrétaire d’État adjoint aux affaires politiques, Wendy Sherman, a indiqué que l’administration « regardera de très près pour voir ce qui se passera après la formation du nouveau gouvernement sur l’horizon de deux Etats vivant côte à côte dans la paix et la sécurité ».

« Si le nouveau gouvernement israélien semble revenir sur son attachement à une solution à deux Etats – quelque chose que vous tous, et une grande majorité des Juifs américains, soutiennent – cela rendra notre travail sur la scène internationale beaucoup plus difficile. (…) La meilleure solution pour parvenir à une solution à deux Etats, est la négociations directe entre les parties », a-t-elle expliqué.

Suite aux élections israéliennes du 17 mars, des fonctionnaires de la Maison Blanche et du Département d’Etat ont mis en garde : tout ce qui serait perçu comme un retour en arrière sur l’engagement d’Israël envers la solution à deux Etats pourrait signifier que les Etats-Unis n’imposeraient plus lors veto sur les tentatives de pousser unilatéralement à la création d’un Etat palestinien par le biais des Nations unies. Lorsqu’on insiste pour savoir quand la décision de changer la politique de Washington pourrait être prise, l’administration a suggéré qu’elle attend de voir la composition du gouvernement – et ses actions avec les Palestiniens.

Miller a indiqué que la composition finale de la coalition pourrait avoir des conséquences dramatiques sur la façon dont Washington aborde le processus de paix.

« Si, en fait, c’est un gouvernement d’unité [qui se forme] et qu’il impose certaines contraintes sur les activités d’implantation et élargit les paramètres dans lesquels ce gouvernement d’union pourrait négocier avec les Palestiniens, alors je pense que le gouvernement Obama pourrait changer de cap et que vous pourriez voir Kerry dans une autre mission de médiation », a déclaré M. Miller.

Makovsky a écrit la semaine dernière que « la question est de savoir si le nouveau gouvernement peut aligner sa politique aux déclarations post-électorales de Netanyahu sur le fait qu’il demeure attaché à une solution à deux Etats. Le président Obama est sceptique quant à cette clarification, donc un engagement israélien pour éviter de nouvelles implantations au-delà des blocs adjacents à la barrière de sécurité pourrait détendre la situation avec la Maison Blanche ».

En outre, a-t-il averti, « les gouvernements européens pourraient prendre des mesures de leur propre chef, car certains responsables sont persuadés qu’un nouveau gouvernement de droite en Israël signifierait que les négociations directes sont futiles », même s’ « ils reconnaissent également en privé la complicité d’Abbas dans l’impasse actuelle ».

Washington, a-t-il ajouté, exhortera probablement les Européens « à ne pas pousser vers une solution imposée au Conseil de sécurité des Nations unies – au moins jusqu’à ce que le nouveau gouvernement de Netanyahou propose sa propre initiative de paix ».

Makovsky a suggéré que si le gouvernement se révèle être un gouvernement de droite, sans la participation de l’Union sioniste « en fin de compte, le monde jugera le nouveau gouvernement sur ses politiques – et compte tenu de l’augmentation de l’influence du centre-droit dans les choix de Netanyahu pour la coalition, « les gens attribueront probablement ces politiques à sa marque personnelle plutôt qu’à des contraintes de la coalition ».

David A. Halperin d’Israel Policy Forum a réitéré les suggestions de Margalit sur le fait qu’un gouvernement d’union permettrait « de diminuer » les récentes tensions politiques avec les États-Unis. « Je ne peux imaginer que sur la Colline et à Washington, ils penseraient qu’un gouvernement d’unité nationale serait un paysage plus coopératif pour les relations américano-israéliennes que cette période récente ».

Au-delà du fait d’un éventuel gouvernement d’union, Halperin a déclaré que Washington cherche à « voir s’il y a une initiative israélienne » qui prendrait des mesures pour promouvoir une solution à deux Etats.

Mais Natan Sachs du Brookings Institution a proposé un scénario tout à fait différent. « En général, il tend à y avoir une préférence » pour un gouvernement d’union nationale à Washington, mais « l’atmosphère est en ce moment un peu différente. Je pense que, compte tenu de l’expérience du dernier gouvernement Netanyahu, il y a une appréciation de fait que le Bureau du Premier ministre va prendre les décisions sur la plupart des choses dont l’administration se soucie, en particulier concernant les Palestiniens ».

« Je ne serais pas surpris du tout que de nombreuses personnes espèrent un gouvernement d’unité nationale, en espérant que le ministre des Affaires étrangères soit quelqu’un qui se montre ouvert à la politique américaine, mais je ne suis pas sûr si cela est aussi fort que dans le passé », a-t-il indiqué. « J’ai entendu des gens qui pensent le contraire – que si vous vous débarrassez d’un gouvernement Netanyahu, vous ne gagnerez pas autre chose que de l’optique – même si l’optique serait certainement plus simple. »