On peut esquisser un premier bilan sur les « gagnants et les perdants ».

Qui a gagné la guerre ?

Peut-être plus que pour les deux autres conflits à Gaza au cours des six dernières années, Israël est le grand vainqueur cette fois. Tsahal a porté un coup sérieux à l’infrastructure de tunnels du Hamas. L’armée a neutralisé les roquettes grâce au système de défense antimissile « Dôme de fer » et détruit des centaines de cibles du Hamas dans la bande de Gaza.

L’objectif du Hamas de causer des dommages importants à Israël a échoué. De nombreuses tentatives de kidnapping d’Israéliens – militaires ou civils – n’ont pu aboutir. Les tirs de roquettes incessants n’ont pas réussi à causer un grand nombre de blessés ou des dommages importants à l’intérieur d’Israël.

Le Hamas a joui d’une brève victoire quand la plupart des compagnies aériennes étrangères ont suspendu leurs vols vers l’aéroport Ben Gurion après un tir de missile à proximité, mais les vols ont repris en quelques jours. En tout, seuls trois civils ont été tués en Israël.

Israël a perdu 64 soldats dans les combats, mais personne ne s’attendait à ce que l’armée n’ait aucune perte suite à l’invasion terrestre de Gaza. La mort est le prix inévitable d’une vaste opération militaire en territoire hostile. La question est de savoir si le prix payé par Israël dans cette guerre sera utile à long terme et s’il y aura une prochaine série de combats.

Le Hamas a-t-il perdu ?

Le Hamas ne sort certainement pas grandi de cette épreuve. Ses capacités opérationnelles ont pris un grand coup avec les bombardements israéliens, la découverte et la destruction de dizaines de tunnels sous la frontière entre Israël et Gaza, et l’épuisement d’une grande partie des cachettes de roquettes du Hamas.

Mais il est difficile de dire exactement « à quel point » le Hamas a souffert en souterrain. Cette image – sur les capacités du Hamas – ne sera claire que dans les mois voire les années à venir.

En outre, le Hamas ne vit pas seulement par les armes. Sa puissance dépend en grande partie du soutien populaire. Sur cette question, le Hamas est susceptible de gagner des points car il a tenu tête à Israël, contrairement à l’Autorité palestinienne, qui coopère avec Israël en matière de sécurité en Cisjordanie.

Dans la région, cependant, la réaction des autres pays arabes au conflit souligne le faible tropisme pour le Hamas, puisque les islamistes sont devenus les ennemis des autocraties arabes. L’Egypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont demeurés attentistes alors qu’Israël frappait Gaza. Dans les conflits passés, ils soutenaient au moins du bout des lèvres la cause palestinienne. Cette fois, les critiques ont été dirigées vers le Hamas.

Avec l’épuisement des réserves d’armes, il va être beaucoup plus difficile pour l’organisation terroriste de se réarmer, ne pouvant toujours compter sur un financement du monde arabe ni sur la contrebande venant d’Egypte.

La guerre des relations publiques

Israël a peut-être reçu un large soutien des gouvernements étrangers pour sa guerre contre le Hamas – malgré les critiques cette semaine du Département d’État américain en raison d’une frappe sur une école de l’ONU à Gaza – mais son image parmi les gens ordinaires ressemble quelque peu à celles des décombres à Gaza.

Les informations de cette guerre, c’étaient surtout les images des destructions humaines et matérielles à Gaza. Avec bien sûr, les manifestations anti-israéliennes à travers le monde, dont certaines comprenaient des expressions ouvertement antisémites. C’est donc un signe puissant de la façon dont les gens ont réagi à la guerre.

La plupart des gens, bien sûr, ne sortent pas manifester. Leur degré de participation à la guerre se limite à regarder la télévision, lire le journal ou parcourir Facebook.

Les images dont ils se rappelleront ne seront sans doute pas celles d’Israéliens courant dans les abris, de tanks de Tsahal ou de terroristes du Hamas les visant (les seules images que nous ayons sont celles des caméras de Tsahal). Ce sera plutôt les images d’enfants palestiniens quelques instants après qu’ils aient été tués et celles abondantes de mères et de familles dans la douleur d’avoir perdu un être cher.

Il sera difficile pour Israël de surmonter le fait d’être associé à ces images.

Au total, le nombre de morts palestiniens a été estimé par des sources palestiniennes à près de 1 900, avec (selon les Palestiniens) 80 % de civils. Les chiffres resteront un sujet de litige profond. Pour Israël, la vraie proportion de civils parmi les pertes est beaucoup plus faible que la plupart des estimations, parce que – comme les journalistes à Gaza l’ont reconnu – les « combattants » sont difficiles à distinguer de la population civile.

Benjamin Netanyahu et la politique israélienne

Bien qu’il courait pratiquement sans opposition aux dernières élections israéliennes, le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’est guère une figure universellement appréciée dans son pays. Mais sa conduite de la guerre a connu un soutien quasi-unanime en Israël, avec des sondages montrant que 95 % des Israéliens juifs soutenaient la guerre.

Netanyahu semblait réticent à lancer cette guerre. Il a tenté d’éviter une opération terrestre sanglante en acceptant trois cessez-le-feu séparés avant le début de l’invasion et, une fois la mesure du problème des tunnels clarifiée, il a maintenu le cap le temps nécessaire pour détruire les tunnels.

Maintenant que la guerre semble terminée, la popularité de Netanyahu va se fendiller. Certains sur sa droite l’ont déjà critiqué pour avoir renoncé à une opération plus ambitieuse où Tsahal resterait en place pendant des mois afin de mettre en déroute le Hamas.

Sur le plan tactique, le public voudra savoir pourquoi l’armée israélienne ne semble pas être suffisamment préparée aux tunnels construits par le Hamas. Et à gauche, Netanyahu est susceptible d’être de plus en plus critiqué pour avoir omis de tirer parti des occasions, bien avant la guerre, de travailler avec le président Mahmoud Abbas afin d’affaiblir le Hamas et de faire avancer la piste diplomatique.

Dans l’ensemble, cependant, on peut dire que Netanyahu a « pris du galon ».

La relation américano-israélienne

Un endroit à l’extérieur d’Israël où Netanyahu n’a pas « pris du galon » est sans aucun doute la Maison Blanche.

Sur le fond, la relation américano-israélienne est plus forte que jamais, avec une coopération étroite dans le domaine de la défense. Lundi, le président Obama a signé un projet de loi donnant Israël 225 millions de dollars d’aide d’urgence pour le Dôme de fer, un projet que l’administration Obama a déjà soutenu à hauteur de centaines de millions de dollars.

Malgré tout, les relations entre l’administration Obama et le gouvernement Netanyahu semblent plus troublées que jamais. Les Israéliens sont encore bouillants au sujet de la proposition de cessez-le-feu du Secrétaire d’État John Kerry qui a approuvé les objectifs du Hamas, et les Américains sont toujours en colère contre ce qu’ils décrivent comme des interprétations erronées de la part des Israéliens.

Dimanche, le Département d’Etat a déclaré qu’il était « consterné » par le « bombardement honteux » par Israël d’une école de l’ONU, provoquant la colère à Jérusalem au sujet de cette condamnation véhémente.

Avec le soutien fort pour Israël au Congrès et parmi les Américains en général, et malgré les tensions entre Obama et Netanyahu et malgré toutes les brouilles, les expressions de l’administration Obama de soutenir le droit d’Israël à l’autodéfense contre les roquettes – et les expressions d’Israël de son appréciation du soutien des États-Unis – ont aussi constitué une sorte de refrain tout au long de ces quatre semaines de guerre de Gaza.

Le processus de paix

Il pourrait être facile de l’oublier, mais avant l’enlèvement des trois adolescents israéliens, la « vengeance » et l’agitation palestinienne qui ont précédé ce conflit, il y a eu auparavant l’effondrement au mois d’avril des négociations de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne parrainées par les Etats-Unis.

Cette guerre donne-t-elle finalement aux deux parties de nouvelles incitations à revenir à la table des négociations ?

Bien qu’on puisse estimer qu’Israël est le gagnant à Gaza, cette guerre ne représente pas une victoire finale. Le Hamas a sans doute survécu pour se remettre en selle.

Les Israéliens « colombes » affirment qu’Israël doit saisir l’occasion de renforcer les rivaux du Hamas en Cisjordanie – l’Autorité palestinienne dirigée par le Fatah – et montrer aux Palestiniens qu’ils ont plus à gagner par la diplomatie que par la violence. Ils estiment que ce conflit montre les dangers de l’inaction sur le plan diplomatique, et qu’accepter un gouvernement palestinien d’union nationale qui inclut le Hamas le décourage finalement de fomenter des troubles dans la bande de Gaza.

Les Israéliens « faucons » soutiennent que ce serait une folie de négocier avec un gouvernement palestinien comprenant le Hamas, un mouvement terroriste voué à la destruction d’Israël. Ils soulignent également que la bande de Gaza représente une mise en garde pour la Cisjordanie, faisant valoir que céder davantage de souveraineté aux Palestiniens dans cette zone pourrait un jour conduire à des roquettes et des tunnels là-bas aussi.

Avant la guerre, Netanyahu a approuvé la deuxième position. Le conflit qui se termine ne l’a sans doute pas fait changer d’avis, et il est fort peu probable que son propre cabinet le pousse vers la gauche.

Pour Abbas, il serait aussi difficile de revenir à la table des négociations en face d’un parti qu’il a, pendant la guerre, accusé d’avoir commis un génocide contre les Palestiniens à Gaza.

Pour l’administration Obama, l’échec des négociations menées par John Kerry, la vision de Netanyahu comme un « canard boiteux » au vu de son intransigeance ou de celle de son entourage, font que la reprise des négociations est peu probable.

Des changements importants dans les relations israélo-palestiniennes devront sans doute attendre un changement de gouvernement – des deux côtés.

Ou sinon, une intervention divine.

Le texte a été écrit pendant les trois derniers jours de trêve.