Un responsable de l’Union européenne impliqué dans la négociation au nom de l’UE du texte de la résolution du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU qui a condamné Israël pour la guerre de Gaza de l’été dernier est marié à un membre de la commission de l’UNHRC qui a enquêté sur la guerre.

La relation entre le chargé en politique de l’UE, Jérôme Bellion-Jourdan, qui a la charge d’examiner le rapport de la guerre de Gaza et de conseiller les représentants de l’UE sur la manière de voter, avec la membre de la commission McGowan Davis, Sara Hamood, était connue auprès de l’UE, mais n’a pas été rendue publique.

David Harris, le chef de l’American Jewish Committee, a protesté contre ce qu’il a appelé un « conflit d’intérêts ».

Harris a déclaré au Times of Israel, lundi, qu’il avait des objections notamment contre l’échec de l’UE à divulguer le lien conjugal entre l’un de ses principaux responsables impliqués dans le traitement du rapport du CDH et un membre du personnel du CDH qui a travaillé pour la commission.

Ce n’est que mardi, en réponse à une question du Times of Israel, que l’UE a reconnu publiquement la relation, tout en niant l’existence de tout conflit d’intérêts.

La juge Mary McGowan Davis, chargée par le CDH d’enquêter sur les 50 jours de conflit entre Israël et le Hamas, a présenté le rapport de sa commission à l’ONU, à Genève, le 29 juin.

Peu de temps après sa présentation, Bellion-Jourdan s’est adressé à l’assemblée plénière du CDH au nom de l’Union européenne, faisant l’éloge du travail accompli par l’équipe McGowan Davis.

Ni lui, ni personne d’autre à l’UE, n’ont admis que son épouse avait travaillé avec l’équipe McGowan Davis, ayant également été un membre du personnel de la commission sous la direction initiale du juge William Schabas.

Quatre jours plus tard, le 3 juillet, les membres du CDH ont voté massivement en faveur d’une résolution accueillant favorablement le rapport, qui déclare qu’Israël et le Hamas ont peut-être commis des crimes de guerre. Il a été rejeté par Israël comme étant erroné et partial.

Les huit pays membres de l’UE du CDH ont approuvé la résolution, à la consternation d’Israël. Seuls les États-Unis s’y sont opposés et ont critiqué le rapport, le qualifiant de biaisé.

La résolution pointait du doigt Israël, tout en omettant de mentionner le Hamas et son rôle dans le conflit. Quarante-et-un des 47 membres du conseil du CDH ont voté pour, y compris les huit membres siégeant pour l’Union européenne : France, Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, Pays-Bas, Portugal, Lettonie et Estonie.

Le bureau du Premier ministre israélien a exprimé son estime pour la position américaine « de principe » dans son opposition pour ce qu’il a appelé la « condamnation hypocrite » d’Israël par le CDH.

Le responsable de la politique de l'UE Jérôme Bellion-Jourdan (Crédit : Page LinkedIn Jérôme Bellion-Jourdan)

Le responsable de la politique de l’UE Jérôme Bellion-Jourdan (Crédit : Page LinkedIn Jérôme Bellion-Jourdan)

Bellion-Jourdan est le principal représentant européen au Conseil des droits de l’Homme qui gère le portefeuille israélo-palestinien, a appris le Times of Israel.

À ce titre, il a été chargé de négocier au nom de l’UE avec l’OLP et un groupe de pays islamiques au Conseil sur le texte final de la résolution du 3 juillet. (En mars, Bellion-Jourdan a également représenté l’UE lors d’un débat sur le point 7, le point en permanence à l’ordre du jour du Conseil qui traite exclusivement d’Israël.)

Sa femme, Sara Hamood, un membre du personnel administratif de base de la Commission d’enquête, travaille dans la section Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) du bureau du Haut-commissariat aux droits de l’Homme.

Bien que la commission de l’ONU n’ait pas divulgué les identités du personnel d’enquête de la Commission de Gaza, Hamood a répondu à une lettre de candidature adressée à la Commission le 13 août 2014, obtenue par le Times of Israel.

Hamood était autrefois la porte-parole de l’organisme sans doute le plus anti-israélien créé par l’ONU, le Comité spécial chargé d’enquêter sur les pratiques israéliennes affectant les droits de l’Homme du peuple palestinien et des autres Arabes des Territoires, et a rédigé divers rapports très critiques envers Israël.

Bellion-Jourdan et Hamood ont commencé à travailler ensemble en Libye en 2004, en tant qu’experts employés par Amnesty International.

Maja Kocijancic, la porte-parole des Affaires étrangères de l’UE et de la politique de la sécurité, a déclaré au Times of Israel, dans une lettre écrite mardi, que la délégation de l’UE à Genève était au courant du mariage de Bellion-Jourdan à Hamoud, mais était persuadée qu’il n’y avait aucun conflit d’intérêts puisqu’il effectuait son travail « dans les paramètres bien définis, sous le contrôle direct de sa hiérarchie et la direction des Etats membres de l’UE ».

« M. Bellion est un membre du personnel qui travaille sous la responsabilité du chef de la délégation et sous la stricte supervision du chef du département des RH/politique. Tous deux ont été orientés de près sur ce processus sensible. En outre, les négociations ont été menées sous la direction claire et sans équivoque des États membres de l’UE qui avaient mis des lignes rouges claires concernant le contenu de la résolution », a écrit Kocijancic.

Le directeur exécutif de l'AJC David Harris (Crédit : Autorisation du Conseil juif américain)

Le directeur exécutif de l’AJC, David Harris (Crédit : Autorisation du Conseil juif américain)

Mais Harris, de l’AJC, une organisation dédiée à « l’amélioration du bien-être du peuple juif et d’Israël », a déclaré au Times of Israel qu’il était préoccupé par le manque de transparence de l’Union européenne sur la relation matrimoniale de Bellion-Jourdan et Hamood.

« Le plus inquiétant est que la divulgation complète manquait cruellement », a écrit Harris.

« Si l’UE était au courant de la situation de conflit d’intérêts de M. Bellion-Jourdan, pourquoi ne l’a-t-il pas révélé, et pourquoi n’a-t-il pas été remplacé comme représentant pour traiter avec le Conseil des droits de l’Homme à du sujet d’Israël ? Ou, si M. Bellion-Jourdan n’a pas divulgué cette information importante à l’UE, ne devrait-il pas être, tout du moins, réprimandé ? Ce potentiel conflit d’intérêts flagrant serait troublant dans tous les cas, mais il l’est d’autant plus que tous les membres de l’UE au Conseil ont voté en faveur du rapport de la COI [Commission d’enquête] ».

Le Conseil des droits de l’Homme a refusé d’accéder à la demande du Times of Israel et de commenter l’information.

Itamar Sharon contribué à cet article.