Les forces de sécurité israéliennes ne doivent pas avoir « la gâchette facile » dans le combat contre la vague de violence palestinienne dans lequel beaucoup de jeunes assaillants sont morts en menant des attaque, a déclaré jeudi le ministre de la Défense Moshe Yaalon, soutenant une position de la veille de son chef d’Etat major Gadi Eizenkot contre l’utilisation d’une force excessive.

Dans des remarques adressés aux étudiants de l’université Tel Hai jeudi, Yaalon a déclaré qu’Israël ne pouvait pas compromettre ses valeurs fondamentales, même face à l’agitation qui a commencé il y a cinq mois.

« Nous devons agir calmement, judicieusement et avec discrétion afin d’empêcher de blesser des personnes innocentes et pour éviter de créer une situation dans lequel notre scandale nous conduirait à perdre notre humanité, et finalement, perdre de vue la justice », a-t-il déclaré selon la Deuxième chaîne.

« Nous ne devons pas autoriser nos sens à être dupés et ne devons pas avoir la gâchette facile simplement parce que notre sang bout, a déclaré Yaalon. Nous devons savoir comment gagner et toujours rester humain. »

La veille, Eizenkot avait déclaré à des lycéens de Bat Yam que les règles d’engagement de l’armée étaient adéquates pour affronter les menaces terroristes, et que les forces de sécurité ne devaient tirer pour tuer les auteurs d’attaques que si les circonstances mettaient la vie en danger.

Ses commentaires ont été interprétés comme une critique voilée des réactions de la police aux attaques.

« Quand une fille de 13 ans tient des ciseaux ou un couteau et qu’il y a une distance entre elle et les soldats, je ne veux pas voir un soldat ouvrir le feu et vider son chargeur sur une fille comme elle, même si elle commet un acte très grave, a déclaré Eizenkot. Il devrait plutôt utiliser la force nécessaire pour atteindre son objectif. »

Une capture d'écran de la vidéo de sécurité de la scène, une jeune fille palestinienne (centre) se lance avec une paire de ciseaux lors d'un attentat à Jérusalem, le 23 novembre 2015 (Crédit : Capture d'écran Deuxième chaîne)

Une capture d’écran de la vidéo de sécurité de la scène, une jeune fille palestinienne (centre) se lance avec une paire de ciseaux lors d’un attentat à Jérusalem, le 23 novembre 2015 (Crédit : Capture d’écran Deuxième chaîne)

Eizenkot faisait apparemment référence à une attaque menée par des adolescentes palestiniennes de 14 et 16 ans armées de ciseaux et d’un couteau qui avaient poignardé un homme arabe âgé au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, après l’avoir confondu avec un juif.

Les deux assaillantes avaient été abattues par un policier qui n’était pas en service. L’assaillante de 16 ans était morte sur les lieux et sa cousine de 14 ans avait été sévèrement blessée.

La Dixième chaîne a annoncé que les remarques d’Eizenkot avaient mises en colère des « officiers hauts gradés de la police de Jérusalem », qui les ont prises comme une attaque personnelle contre le policier qui avait tiré fatalement dans l’incident du marché.

Le policier avait ensuite été interrogé par le département des investigations de la police du ministère de la Justice pour présomption d’usage excessif de la force car il avait continué à tirer alors qu’elle ne constituait plus une menace.

L’ancien directeur des services de sécurité du Shin Bet Yuval Diskin et les députés de l’opposition Tzipi Livni et Elazar Stern ont soutenu les remarques d’Eizenkot.

Dans un poste publié mercredi sur Facebook, Diskin a trouvé la directive d’Eizenkot « incroyablement saine » et a déclaré que les forces de sécurité « que ne pouvaient pas casser des ciseaux ou désarmer un couteau des mains [d’un adolescent] de 13 ans ne devaient pas servir en tant que soldat combattant. »

« Quand le chef d’Etat major explique les règles de l’engagement en regard des valeurs de l’armée israélienne, le public israélien doit savoir à présent plus que jamais que le destin de nos enfants est entre les mains d’un commandant à la hauteur de sa tâche » a déclaré Livni, de l’Union sioniste.

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan a répondu, déclarant qu’il n’y avait pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes entre sa position et celle d’Eizenkot.

« Il est dommage qu’ils le présentent au public d’une manière si trompeuse. La police a évité des attaques et a agi ainsi dans des situations de dangers pour la vie sans aucune hésitation », a-t-il déclaré.

Depuis début octobre, les attaques palestiniennes au couteau, à main armée ou à la voiture bélier ont tué plus de 25 Israéliens, un Américain, un Erythréen et un passant palestinien.

Dans le même temps, 172 Palestiniens ont été tués par les forces de sécurité israéliennes, la plupart en menant des attaques contre des Israéliens et d’autres pendant des affrontements ou des manifestations violentes.

Nombres d’attaquants ces derniers mois sont de jeunes adolescents. Un pointage diffusé en début de semaine par le Shin Bet a montré que près de la moitié des attaquants palestiniens avaient moins de 20 ans.

Certains n’avaient que 13 ans.

En décembre, la ministre suédoise des Affaires étrangères Margot Wallström avait appelé Israël à éviter des « exécutions extrajudiciaires » de Palestiniens, exigeant le mois suivant des enquêtes « approfondies » sur la mort de Palestiniens.