Le ministre israélien de la Défense Moshe Yaalon a dénoncé mercredi comme « politique » la décision d’une cour turque de demander un mandat d’arrêt international contre d’ex-chefs de l’armée pour leur implication dans un assaut meurtrier contre le Mavi Marmara en 2010 au large de Gaza.

Néanmoins, cette décision, rendue lundi, ne devrait pas avoir « d’effet significatif » sur les efforts visant à rétablir les relations diplomatiques entre Israël et la Turquie, profondément affectées par ce raid, a indiqué une source au sein du ministère israélien des Affaires étrangères.

« Bien sûr, nous n’en sommes pas satisfaits. Elle (cette décision) semble plus politique que juridique », a déclaré le ministre de la Défense, Moshe Yaalon, lors d’une visite mardi dans la vallée du Jourdain, selon des propos rapportés par son bureau.

« Nous étions prêts à régler les choses avec la Turquie et à régulariser (nos) relations », a-t-il dit.

« Il n’y a malheureusement pas la maturité côté turc pour améliorer la situation et cet événement intervient dans le cadre d’une campagne menée notamment pour des raisons de politique intérieure », a jugé Yaalon.

La décision de la cour criminelle d’Istanbul est survenue alors que des discussions sont en cours depuis plusieurs mois entre Israël et la Turquie pour dédommager les familles des victimes de l’assaut du 31 mai 2010 mené par les commandos israéliens contre le Mavi Marmara, navire amiral d’une flottille d’aide humanitaire parti briser le blocus israélien de Gaza.

Lors de l’abordage, les commandos avaient ouvert le feu tuant neuf militants turcs. Un dixième, blessé lors de l’attaque, est décédé samedi après un long coma.

L’affaire a déclenché une grave crise diplomatique entre la Turquie et Israël, qui entretenaient jusqu’alors des relations de coopération assez étroites, notamment sur le plan militaire.

La cour d’Istanbul doit déposer auprès d’Interpol une demande de mandat d’arrêt international à l’encontre de quatre anciens responsables militaires israéliens, jugés depuis 2012 par contumace en Turquie.

Néanmoins, une source au sein du ministère israélien des Affaires étrangères interrogée par le quotidien Maariv a jugé peu probable qu’Interpol donne suite à cette demande. « Interpol est une institution professionnelle » qui ne donne pas suite à des « farces politiques », a-t-elle dit.

« Le risque que des pays avec qui la Turquie a des accords d’extradition coopèrent avec cette initiative n’apparaît pas tangible, parce que les Turcs n’ont pas de preuves répondant aux conditions exigées pour l’extradition », a-t-elle ajouté.

Cette source a également estimé que la décision de la justice turque « n’aura pas d’effet significatif sur les efforts menés dans les deux pays pour parvenir à un accord de réconciliation » même si elle pourra « retarder sa signature ».

Le montant des compensations qui seront versées par Israël n’est pas encore connu. Selon la presse israélienne, l’Etat hébreu a offert une enveloppe de 20 millions de dollars.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a formellement présenté des excuses en mai 2013 mais la normalisation des relations entre les deux pays reste suspendue aux négociations d’indemnisation.