Yair Golan, vice-chef d’état-major sortant, a défendu le discours controversé qu’il a tenu l’an dernier, quand il a comparé certaines tendances de la société israélienne à celles de l’Allemagne d’avant-guerre, dans une interview en hébreu publiée lundi sur le site de l’armée.

L’adjoint au chef d’état-major avait prononcé un discours lors de la cérémonie de Yom HaShoah en 2016, qui lui avait valu une pluie de condamnations, mais aussi des déclarations de soutien de la part de figures publiques.

Une divergence d’opinions entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et celui qui était alors ministre de la Défense, Moshe Yaalon, sur ces propos a été considérée par beaucoup comme l’une des raisons de la démission de ce dernier quelques semaines plus tard.

Golan, lors d’une interview vidéo diffusée par l’armée, a déclaré qu’il « n’avait pas réalisé que cela deviendrait aussi politique », tout en ajoutant qu’il ne « retire pas ses propos ».

Lors d’une cérémonie officielle devant le mur Occidental, le général de division avait déclaré que « si quelque chose me fait peur dans le souvenir de la Shoah, c’est d’identifier des processus atroces qui ont eu lieu en Europe il y a 70, 80, 90 ans et se rendre compte qu’ils existent toujours de nos jours, en 2016. »

Si sa critique de la société israélienne visait probablement le soutien aux extrémistes juifs, Golan avait spécifiquement parlé des failles morales de l’armée, indiquant que la force de l’armée israélienne était sa capacité à enquêter en profondeur et à punir les malfrats et à « endosser la responsabilité pour le bien et pour le mal », sans justifier leurs actions ni tenter de les couvrir. Ce discours avait eu lieu dans le contexte des débats sur l’affaire Elor Azaria, qui avait tiré sur un assaillant palestinien blessé et neutralisé à Hébron quelques mois plus tôt.

Le général de division Aviv Kochavi pendant une conférence sur la sécurité à Herzliya, en 2012. (Crédit: Yehoshua Yosef/Flash90)

Le général de division Aviv Kochavi pendant une conférence sur la sécurité à Herzliya, en 2012. (Crédit: Yehoshua Yosef/Flash90)

Golan, qui a été remplacé par le général de division Aviv Kochavi au poste de vice-chef d’état-major en mai, a défendu ses propos lundi, disant qu’Israël « en tant que lumière des nations », a la responsabilité de maintenir une « supériorité morale ».

Il a ajouté que le test de cette moralité ne se fait pas en comparaison avec d’autres pays, mais sur la façon dont Israël défend ses propres valeurs.

« La moralité, c’est toi vis-à-vis de toi-même. Toi comparé à tes valeurs, pas à celles de ceux qui t’entourent. Autour [d’Israël], il y a des nations meurtrières qui n’hésitent pas à tuer mutuellement en nombre astronomique. Cela ne devrait nous laisser aucun répit », dit-il.

« Sur ce sujet, nous ne devrions avoir aucune indulgence vis-à-vis de nous-même », a ajouté Golan.

Le général de division a déclaré qu’il a été surpris par la controverse qui a entouré ses propos.

« Je pensais que je disais des choses qui étaient évidentes, et que tout le monde pourrait dire, ‘Hé, il a dit ce qui devait être dit’. Je ne pensais pas que je disais des choses qui puissent être ouvertement controversées. Je me suis trompé, j’admets mon erreur », dit-il.

Moshe Yaalon, au centre, et le vice chef d'Etat-major Yair Golan, le 14 avril 2015. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense/Flash90)

Moshe Yaalon, au centre, et le vice chef d’Etat-major Yair Golan, le 14 avril 2015. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense/Flash90)

Golan, qui parle parfaitement l’hébreu et l’anglais, est titulaire d’un doctorat de l’université de Harvard. En 1997, il avait été blessé mais avait continué à commander une fusillade contre des combattants du Hezbollah. Il est un officier très estimé au sein de l’armée, et a occupé de nombreux postes à responsabilité pendant ses 37 ans de carrière.

Golan a rejoint la brigade des parachutistes en 1980, en tant que combattant et officier de l’unité. Dans les années 1990, il a été renvoyé à l’école des officiers pour y diriger un bataillon avant de remplir différentes fonctions dans l’armée, notamment à la tête de la brigade Nahal, de la division de Cisjordanie, à la fin de la seconde Intifada, à la direction de la Défense passive puis du Commandement du Nord, avant de devenir vice-chef d’état-major en décembre 2014.

Pendant son interview sur le site de l’armée, l’ancien général a rendu hommage au Plan pluriannuel Gideon de l’armée israélienne, qui a pour objectif de simplifier l’armée.

Selon Golan, les nouveaux programmes et politiques du Plan Gideon sont conçus pour garantir la préparation des troupes au combat, qui avait été critiquée après deux grandes campagnes militaires, la deuxième guerre du Liban de 2006, et l’opération Bordure protectrice de 2014 dans la bande de Gaza.

« La deuxième guerre du Liban et la manière dont nous sommes entrés dans Bordure protectrice, après l’arrêt des exercices en mai 2014 : cela n’arrivera plus », a dit Golan.

« Les erreurs dans la préparation et l’adéquation de Tsahal n’existeront plus », a-t-il répété.

En ce qui concerne la situation sécuritaire d’Israël en général, Golan, a souligné qu’Israël se trouvait dans une « rare position de calme ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre) avec le vice chef d'Etat-major, Yair Golan, et le président Reuven Rivlin (à droite), pour Yom HaAtsmaout, à Jérusalem, le 12 mai 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre) avec le vice chef d’Etat-major, Yair Golan, et le président Reuven Rivlin (à droite), pour Yom HaAtsmaout, à Jérusalem, le 12 mai 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous avions l’habitude de penser que c’était le lieu où se déroulait le plus de combats au monde. Israël est réellement dans l’œil de la tempête, et l’œil de la tempête est l’endroit où le temps est calme », a-t-il dit.

Le général a fermement mis en garde contre la menace posée par l’Iran, qui ne ressemble à aucun des autres pays qu’Israël a déjà affrontés, a-t-il dit, car la République islamique rassemble des forces dans toute la région pour lutter contre Israël.

Golan a noté une certaine similarité entre les Iraniens et l’Egypte de Gamal Nasser d’avant la guerre des Six Jours de 1967, mais souligné que la différence était que « Nasser parlait beaucoup, et n’en faisait pas tant, alors que les Iraniens parlent beaucoup, et en font beaucoup. »