Ayant compris la faiblesse de son poids politique, le Hamas pourrait reconnaître Israël et accepter les accords déjà signés entre Jérusalem et l’Organisation de libération de la Palestine, a déclaré mardi l’ancien ministre des Affaires étrangères turc, qui est un proche d’Erdogan.

Yaşar Yakis, membre fondateur du Parti Justice et Développement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et son ministre des Affaires étrangères entre 2002 et 2003, a déclaré que la Turquie avait invité le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Meshaal, à Ankara après la victoire retentissante du mouvement islamique aux élections palestiniennes de 2006, afin de convaincre le Hamas de renoncer à la lutte armée contre Israël.

« Malheureusement, Mashaal n’a pas écouté nos
conseils », a déclaré Yakis.

Cependant, aujourd’hui, le Hamas s’est fait dépasser par l’Egypte, et peut accepter de modérer sa position, et ce en ligne avec les exigences du Quartet pour pouvoir maintenir la validité de l’accord d’unité avec le Fatah signé le mois dernier.

Les trois conditions du Quartet, approuvées par la Turquie, impliquent la reconnaissance d’Israël, renoncer à la violence, et accepter les accords déjà signés.

« Le Hamas acceptera-t-il de suivre les conseils de la Turquie maintenant ? C’est possible. Le Hamas a compris les limites de son propre pouvoir et peut nous écouter plus attentivement », a déclaré Yakis.

L’ancien haut diplomate s’exprimait lors d’une rencontre à Jérusalem, organisée par un groupe parlementaire sur la coopération régionale et dirigée par le député Nitzan Horowitz (Meretz) et par le think tank israélien de réflexion sur la politique étrangère Mitvim.

La visite insolite en Israël d’un responsable du parti Justice et Développement est en soi un signe de dégel des relations entre Israël et la Turquie.

Cette tension a connu son point d’acmé après la mort de neuf militants turcs lors de la prise de contrôle du Mavi Marmara par un commando israélien en mai 2010. Le navire avait été lancé pour briser le blocus naval israélien de la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas.

Un accord pour indemniser les familles des victimes en échange de la normalisation des relations a été récemment conclu entre Israël et la Turquie, selon des sources officielles, et il attend actuellement l’approbation du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Yakis a exprimé l’espoir qu’Israël et la Turquie signeraient un accord de réconciliation dès que possible afin d’affronter ensemble les défis sécuritaires émanant de la Syrie, qui menacent les deux pays.

La Turquie et Israël sont dans une phase diplomatique qui s’apparente à une « convalescence après une maladie prolongée », a déclaré Yakis.

« Nous devons faire très attention lors de la conduite de ce processus pour aider à la guérison », a-t-il ajouté.

« La Turquie et Israël n’ont d’autre choix que de coopérer pour lutter contre l’extrémisme d’Al-Qaïda », a-t-il déclaré.

« Nous devons coopérer pour contenir cette menace avant qu’il ne soit trop tard. Israël et la Turquie sont les mieux placés pour le faire ».

L’ancien diplomate turc, qui a fait part de son rêve de jeunesse de passer sa vie dans un kibboutz, a déploré le fait que la Turquie ne dispose pas actuellement d’ambassadeurs dans trois pays importants du Moyen Orient : Israël, l’Egypte et la Syrie, ce qui limite son influence.

Il a également déclaré qu’une attaque israélienne sur les installations nucléaires iraniennes aurait peu d’impact, attendu que l’Iran possède déjà les connaissances scientifiques nécessaires pour reconstruire ses capacités dans les cinq ans après une attaque.