Le parlement du Pakistan a rejeté vendredi la demande d’aide de l’Arabie Saoudite pour son intervention au Yémen et appelé Islamabad à rester neutre et à favoriser une solution pacifique dans ce conflit, en dépit de ses liens avec Ryad.

Dans une résolution adoptée à l’unanimité au terme d’une session extraordinaire consacrée à cette question, les parlementaires ont approuvé l’engagement pris par leur gouvernement d’aider l’Arabie Saoudite à protéger son territoire, jusqu’ici non menacé par cette crise.

Mais ils y soulignent également que le Pakistan devrait jouer un rôle de médiation dans ce conflit et ne pas s’impliquer dans les combats, rejetant de facto la demande de Ryad d’envoi de troupes, navires et avions de guerre.

L’Arabie Saoudite souhaite voir son allié pakistanais rejoindre la coalition engagée au Yémen contre les rebelles chiites soutenus par l’Iran, voisin du Pakistan.

Cette crise place le Pakistan dans une position difficile entre Ryad, proche allié et bailleurs de fonds avec qui il coopère régulièrement en matière militaire, et son puissant voisin iranien, farouchement hostile à l’opération saoudienne.

Dans sa résolution, le Parlement du Pakistan « souligne la nécessité que le gouvernement poursuive ses efforts pour trouver une solution pacifique à ce conflit ».

Il « souhaite que le Pakistan maintienne sa neutralité dans le conflit au Yémen pour être en position de jouer un rôle diplomatique proactif en vue de mettre fin à cette crise ».

La résolution a été adoptée au terme de cinq jours de débat sur la crise au Yémen au cours desquels la majorité des parlementaires ont appelé M. Sharif à ne pas envoyer de troupes pour participer au conflit.

Islamabad a plaidé ces dernières semaines pour une solution pacifique, notamment à l’issue d’entretiens avec des responsables turcs et iraniens.

Le chef de la diplomatie iranienne tente de convaincre le Premier ministre pakistanais

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a rencontré jeudi à Islamabad le Premier ministre Nawaz Sharif à la fin d’une visite de deux jours consacrée à la crise au Yémen, qui place le Pakistan dans une position difficile entre Ryad et Téhéran.

La visite de M. Zarif est intervenue au moment où le Parlement à Islamabad débat d’une demande de l’Arabie Saoudite à son allié pakistanais pour qu’il se joigne à la coalition engagée au Yémen contre les rebelles chiites soutenus par l’Iran.

M. Zarif a également rencontré jeudi le chef de la puissante armée pakistanaise, Raheel Sharif.

« Le Premier ministre a souligné le besoin de réfléchir aux voies et aux moyens de mettre fin au conflit le plus tôt possible de manière pacifique », a affirmé le bureau de M. Sharif dans un communiqué.

Le Pakistan tente de ménager à la fois son allié saoudien et son voisin iranien, farouchement hostile à l’opération saoudienne au Yémen.

Ryad accuse Téhéran de soutenir les Houthis, mais le ministre des Affaires étrangères iranien a assuré à Islamabad que son gouvernement souhaitait que le conflit prenne fin rapidement par le « dialogue »

Le Pakistan n’a pas encore répondu aux demandes de l’Arabie Saouditequi sollicite des troupes, des navires et des avions de guerre afin de soutenir sa coalition qui bombarde le Yémen.

Le Premier ministre pakistanais a souligné mardi que son pays n’était « pas pressé » de se prononcer sur cette demande, débattue depuis lundi en assemblée spéciale par les parlementaires pakistanais.

Ban met en garde contre les « répercussions régionales »

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a réitéré jeudi ses appels à la négociation pour résoudre le conflit au Yémen, où une coalition dirigée par Ryad mène une offensive contre des rebelles chiites, et mis en garde contre les « répercussions régionales ».

Ban Ki-moon, chef de l'ONU (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

Ban Ki-moon, chef de l’ONU (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

« Il faut un retour à des négociations politiques », a affirmé devant la presse M. Ban, dont l’envoyé spécial Jamal Benomar a tenté en vain une médiation. « Toutes les parties doivent participer de bonne foi, il n’y pas d’autre solution ».

Il a aussi appelé les belligérants « à protéger les civils et à permettre aux travailleurs humanitaires de fournir en toute sécurité une assistance vitale là où elle est nécessaire ».

Pour M. Ban, la prise du pouvoir par les miliciens chiites houthis au détriment du « gouvernement légitime » représentait une « violation flagrante des résolutions du Conseil de sécurité ».

Les raids aériens de la coalition emmenée par l’Arabie saoudite, a-t-il ajouté, et « les efforts des Houthis et de leurs alliés pour étendre leur pouvoir, ont transformé une crise politique interne en un conflit violent qui risque d’avoir des répercussions régionales profondes et durables ».

« Les négociations sous l’égide de Nations unies (..) demeurent la meilleure chance d’aider à remettre sur pied la transition (politique au Yémen) et a préserver l’unité et l’intégrité territoriale » du pays, a-t-il plaidé.

« Au moment où les combats font rage, toutes les parties au conflit doivent respecter leurs obligations au regard des lois humanitaires internationales », a ajouté M. Ban.

Il a souligné la gravité de la crise humanitaire qui a forcé « des familles yéménites ordinaires à lutter pour subvenir à leurs besoins essentiels: eau, nourriture, médicaments ».

Deux premiers avions d’aide médicale atterrissent à Sanaa

Deux premiers avions du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de l’Unicef, chargés chacun de 16 tonnes d’aide médicale destinée aux victimes du conflit au Yémen, ont atterri vendredi à Sanaa, ont annoncé les deux organisations.

« Il s’agit du premier avion du CICR qui atterrit à Sanaa. Il est chargé de 16 tonnes d’aide médicale », a déclaré par téléphone à l’AFP la porte-parole de l’organisation Marie-Claire Feghali.

Cette cargaison est composée de « médicaments et d’instruments chirurgicaux », a ajouté la porte-parole qui était présente à l’aéroport de la capitale yéménite au moment de l’atterrissage de l’avion.

« Demain (samedi), un deuxième avion devrait acheminer 32 tonnes d’aide médicale, des générateurs et des équipements pour purifier l’eau destinés aux hôpitaux de Sanaa », a-t-elle ajouté.

Quelques heures plus tard, un avion affrété par l’Unicef a également atterri à Sanaa avec à bord 16 tonnes de médicaments, a indiqué à l’AFP Mohammed al-Assadi, porte-parole du Fonds de l’ONU chargé de l’enfance.

Il s’agit également d’une première cargaison d’aide de l’Unicef, a-t-il ajouté, précisant qu’elle était composée de « médicaments, d’antibiotiques et de kits de premiers secours ».

Le CICR avait réussi mercredi à faire accoster à Aden, dans le sud, un bateau d’aide médicale. Une équipe médicale, comportant cinq membres de Médecins sans frontières (MSF), était arrivée à bord de ce bateau, selon la chef de mission de MSF au Yémen, Marie-Elisabeth Ingres.

Le même jour, MSF avait également acheminé à Aden une cargaison de 2,5 tonnes de matériel médical, la première depuis le début le 26 mars de raids aériens d’une coalition menée par l’Arabie saoudite contre les rebelles chiites yéménites.

Ces rebelles ont pris le contrôle de larges parties du territoire yéménite, dont la capitale Sanaa et forcé le président Abd Rabbo Mansour Hadi à trouver refuge à Ryad.

Un petit avion du CICR qui transportait uniquement du personnel médical avait aussi réussi à atterrir lundi à Sanaa.

Le CICR avait lancé samedi un appel à une trêve humanitaire de 24 heures afin d’apporter un soutien médical alors que les réserves de médicaments et d’équipements s’épuisent dans les hôpitaux. La population souffre en outre de pénuries de carburant et d’eau tandis que les stocks de nourriture se raréfient.

Trois volontaires du Croissant Rouge yéménite ont été tués la semaine dernière alors qu’ils venaient en aide à des blessés.