Un premier avion transportant du personnel médical du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est arrivé à Sanaa, la capitale du Yémen, a annoncé mardi dans un tweet le directeur des opérations de l’organisation, Dominik Stillhart.

Cet avion a atterri lundi avec à son bord du personnel médical, a précisé une porte-parole du CICR, Sitara Jabeen, alors que la situation humanitaire du pays est jugé alarmante après près de deux semaines de combats entre rebelles chiites et partisans du président soutenu par l’Arabie saoudite.

La situation humanitaire est « catastrophique » à Aden, s’est alarmée mardi la Croix-Rouge alors que la grande ville du sud du Yémen est le théâtre de combats quotidiens entre rebelles chiites liés à l’Iran et partisans du président soutenu par l’Arabie saoudite.

« La situation humanitaire est très critique au Yémen, pays qui importe 90 % de ses produits alimentaires », a déclaré à l’AFP la porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Sanaa, Marie-Claire Feghali.

Le pays de la péninsule arabique est soumis depuis le 26 mars aux raids aériens intensifs d’une coalition arabe menée par Ryad en soutien au président Abd Rabbo Mansour Hadi. Ce dernier a été contraint de quitter le pays sous la pression de ses adversaires, les rebelles Houthis alliés à des militaires restés fidèles à l’ex-chef de l’Etat Ali Abdallah Saleh.

Outre les liaisons aériennes et maritimes désormais coupées, les infrastructures ont été sérieusement affectées par les raids et l’aggravation des combats, en particulier dans le sud.

« Le moins que l’on puisse dire, c’est que la situation est catastrophique » à Aden, où « la guerre a gagné tous les coins de la ville », a précisé Mme Feghali.

En raison des combats, la plupart des quelque 800 000 habitants « ne peuvent même pas s’enfuir ». Et « des cadavres restent parfois abandonnés dans la rue, personne ne pouvant s’aventurer pour aller les retirer », relate la porte-parole du CICR.

« La situation est encore pire dans les hôpitaux », déplore Mme Feghali, dont l’organisation a demandé en vain une pause humanitaire pour acheminer des secours.

Présent au Yémen, Médecins sans frontières (MSF) juge également que la situation « empire de jour en jour » à Aden, selon la chef de sa mission, Marie-Elisabeth Ingres.

159 morts en moins de 3 jours

Les combats, qui se sont concentrés ces derniers jours dans le sud, ont fait depuis dimanche au moins 159 morts, dont 63 à Aden, selon un bilan compilé par l’AFP à partir de différentes sources.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a annoncé mardi qu’au moins 540 personnes ont été tuées et 1.700 blessées au Yémen depuis le 19 mars, une semaine avant le début de la campagne aérienne.

De son côté, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) évalue qu' »au moins 74 enfants ont été tués et 44 blessés depuis le 26 mars ». Un million d’enfants ne peuvent pas aller à l’école, selon l’organisation.

Son porte-parole Christophe Boulierac a expliqué que les enfants étaient soit « victimes d’armes directement » soit des « conséquences indirectes de ce conflit » car la violence affecte les infrastructures de santé.

« Il y a des morts indirectes » du fait notamment des problèmes d’approvisionnement de matériel médical, a-t-il poursuivi.

Plus de 100 000 personnes ont été déplacées en raison de la guerre, selon l’Unicef.

Les rebelles chiites et leurs alliés, qui se sont emparés l’an dernier de Sanaa et de vastes régions du nord et du centre, ont réussi début mars à avancer vers Aden. Les forces favorables au président tentent de desserrer l’étau des Houthis sur la ville, avec le soutien des raids de la coalition.

Islamabad hésite

Le Pakistan, proche allié de l’Arabie saoudite et sollicité par celle-ci pour intégrer la coalition, s’est dit mardi « peu pressé » de le faire.

A la demande du Premier ministre Nawaz Sharif, le Parlement tient depuis lundi une assemblée spéciale afin de débattre de la participation ou non du Pakistan à la coalition.

Le Pakistan tente à la fois de ménager son allié saoudien et son voisin iranien, farouchement hostile à l’opération au Yémen.

De nombreux élus mettent en garde contre les répercussions d’une participation à l’offensive au Yémen pour un pays qui a déjà payé un lourd tribut de son engagement en Afghanistan.

« Prenez votre temps, nous avons besoin de vos honnêtes conseils et nous allons retenir vos arguments les plus judicieux dans notre politique », a déclaré M. Sharif à l’intention des élus de l’Assemblée nationale. « Prenez votre temps, nous ne sommes pas pressés », a-t-il répété.

Le conflit au Yémen devait également s’imposer au menu des discussions au cours de la visite du président turc Recep Tayyip Erdogan en Iran, un pays accusé de soutenir activement les Houthis.

Erdogan, un islamo-conservateur, avait dénoncé fin mars ce qu’il a appelé la volonté de « domination » de l’Iran au Yémen. En réponse, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammed Javad Zarif avait accusé Ankara d’alimenter l’instabilité au Moyen-Orient.