Le suspect dans l’enquête consacrée à une affaire de corruption présumée relative à l’acquisition de sous-marins par Israël auprès d’un fabricant naval allemand a été identifié mardi matin : Il s’agit de Yitzchak Molcho, négociateur en chef et envoyé personnel de Netanyahu pendant plus d’une décennie.

Molcho qui, aux côtés de David Shimron, cousin et avocat personnel de Netanyahu, a été interrogé dimanche par la police israélienne, a depuis subi deux jours de questionnements. Tandis que Shimron, qui avait été déjà soumis à un interrogatoire après lecture de ses droits dans l’enquête – surnommée l’Affaire 3000 – avait été publiquement identifié, le nom de Molcho, lui, avait été placé sous embargo jusqu’à mardi.

Les enquêteurs soupçonnent que des responsables de l’Etat ont reçu des pots-de-vin pour influencer une décision portant sur l’achat de sous-marins et de navires de patrouille à une entreprise navale allemande, malgré l’opposition du ministère de la Défense.

La police soupçonne par ailleurs que Molcho a tenté de faire pression en faveur de cet accord d’acquisition au cours de ses voyages à l’étranger, tandis que Shimron aurait essayé de promouvoir les intérêts du fabricant allemand au sein d’Israël.

David Shimron, l’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, pendant une conférence de presse du Likud à Tel Aviv, en février 2015. (Crédit : Flash90)

Concernant Molcho, et même si les deux hommes sont des avocats privés, la police enquête à son sujet pour abus de confiance de la part d’un fonctionnaire, ses missions diplomatiques ayant été conduites au nom du Premier ministre.

Shimron a déjà été interrogé à plusieurs occasions dans le cadre de l’enquête par l’unité anti-corruption de la police israélienne du Lahav 433, puis relâché. Il a été dans le passé l’avocat de Miki Ganor, représentant local du fabricant allemand ThyssenKrupp, qui est devenu témoin de l’accusation au mois de juillet et qui est considéré comme un suspect déterminant dans le dossier.

Molcho aurait été impliqué dans le dossier par Ganor, qui a témoigné que Shimron avait vanté les capacités de son partenaire à faire avancer les intérêts de Thyssenkrupp lors de l’appel d’offres incriminé.

L’enquête sur Molcho en tant que suspect survient juste deux semaines après sa démission du poste de négociateur en chef de Netanyahu, des fonctions qu’il assumait depuis 2006.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec Saeb Erekat, à Jérusalem, en avril 2012. Yitzhak Molcho , conseiller de Netanyahu, à gauche, est avec le chef de la sécurité de l’AP Majed Faraj, 2e à gauche. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO/Flash90)

Molcho, homme de confiance chargé des discussions délicates avec les Palestiniens, les Egyptiens ou les Jordaniens, et ne rendant compte qu’au Premier ministre, avait expliqué qu’il présentait sa démission parce qu’il avait le sentiment d’avoir accompli sa tâche.

Toutefois, cette annonce avait eu lieu à la veille de la décision que devait rendre l’État quant à la suspension de Molcho concernant un éventuel conflit d’intérêts et sur demande de la Cour suprême – en raison de l’implication présumée de son associé David Shimron dans l’Affaire 3000.

La requête stipulait que Molcho, même s’il n’était pas soupçonné dans l’affaire, ne pouvait poursuivre son travail d’envoyé du Premier ministre aux affaires internationales dans la mesure où son partenaire profitait d’accords passés avec le gouvernement israélien.

Des proches de Molcho avaient confié à la Deuxième chaîne que le conseiller du Premier ministre était simplement fatigué, et que sa vigilance était altérée par les attaques personnelles incessantes, bien que son travail soit bénévole.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur l’INS Tanin, sous-marin construit par la firme allemande ThyssenKrupp, à son arrivée en Israël, le 23 septembre 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

La Deuxième chaîne a fait savoir dimanche que Netanyahu devrait apporter son témoignage cette semaine dans l’affaire. Il n’a pas été identifié comme suspect.

Le reportage a fait savoir que Netanyahu sera interrogé dans deux enquêtes de corruption séparées dans lesquelles il est suspect, qui sont connues sous les noms d’Affaire 1000 et d’Affaire 2000.

L’Affaire 1 000 s’intéresse à des cadeaux d’une valeur de centaines de milliers de shekels offerts à Netanyahu et à son épouse Sara par des hommes d’affaires, dont le producteur hollywoodien Arnon Milchan, qui leur aurait donné notamment du champagne et des cigares.

Dans l’Affaire 2000, le Premier ministre fait aussi l’objet d’une enquête pour des négociations présumées avec le propriétaire du quotidien le plus vendu du pays, Yedioth Ahronoth, pour obtenir une couverture plus favorable de ses activités en échange d’une baisse de la distribution du concurrent du journal, le quotidien gratuit Israel Hayom, propriété du milliardaire Sheldon Adelson.

Netanyahu a nié toutes malversations dans les deux dossiers.

Le Premier ministre a déjà été interrogé à quatre reprises en lien avec ces enquêtes depuis que les accusations ont fait surface au mois de décembre dernier.