Le Grand rabbin séfarade, Yitzhak Yosef, a déclaré samedi soir qu’il était interdit aux femmes et aux étudiants des yeshivas ultra-orthodoxes de servir au sein de l’armée israélienne ou de réaliser un service national.

Dans son discours hebdomadaire, Yosef a parlé de la fête juive de la fin du mois, Hanoukka, qui commémore la victoire des Macchabées sur les Grecs. Le Grand rabbin a affirmé que les étudiants de yeshiva n’avaient pas combattu dans la guerre religieuse contre les Grecs il y a 2 000 ans parce que ceux qui étudient la Torah sont exemptés de tout service militaire.

Malgré le fait d’avoir expliqué que les femmes avaient joué un rôle crucial dans la bataille contre les Grecs, et que le tournant de la guerre avait eu lieu quand Judith avait décapité le général grec Holopherne, Yosef a dit à ses fidèles que les femmes ne pouvaient ni servir dans l’armée israélienne, ni réaliser un service national.

Citant une opinion minoritaire d’un commentateur juif du 15e siècle, le Radbaz, Yosef a affirmé que même s’il avait été ordonné aux femmes de faire la guerre dans certains cas de l’histoire juive, elles n’avaient pu que faire le ménage et cuisiner, mais n’avaient jamais participé aux combats.

Yosef a également déclaré que « si nous suivions la Torah, beaucoup de tragédies [militaires] seraient évitées. »

Des Israéliennes servant dans le bataillon Caracal, en novembre 2007. (Crédit : Yoni Markovitzki/unité des porte-paroles de l'armée israélienne/Flash90)

Des Israéliennes servant dans le bataillon Caracal, en novembre 2007. (Crédit : Yoni Markovitzki/unité des porte-paroles de l’armée israélienne/Flash90)

Tous les Grands rabbins d’Israël ont estimé que la loi juive interdisait aux femmes de servir dans l’armée, depuis une décision de 1950 des Grands rabbins d’Israël Yitzhak HaLevi Herzog et Ben-Zion Meir Hai Uziel. Plusieurs anciens Grands rabbins ont cependant activement encouragé le service national.

Yosef a cependant étendu la prohibition faite aux femmes au service national, qui permet à des juives religieuses, et à d’autres personnes, d’être exemptées du service militaire, en réalisant un programme de bénévolat. Son père, l’ancien Grand rabbin séfarade décédé Ovadia Yosef, avait également jugé qu’il était interdit aux femmes de participer au service national et de s’enrôler dans l’armée.

Yosef avait affirmé les mêmes thèses dans un livre récemment publié.

Avant même que l’Etat d’Israël ne soit créé en 1948, les femmes ont joué un rôle important dans la Haganah, le prédécesseur de l’armée du pays, qui est aujourd’hui la plus puissante de la région. Les hommes doivent actuellement servir pendant deux ans et huit mois après leurs 18 ans, et les femmes pendant deux ans.

Les rôles des femmes ont historiquement été confinés aux postes d’infirmières ou d’opératrices radio, un arrangement qui change actuellement rapidement. De plus, ces dernières années, le nombre de femmes religieuses demandant une exemption du service militaire a plus que doublé, passant de 935 en 2010 à 2 159 en 2015, selon la Branche des ressources humaines de Tsahal.

Pour la troisième année de suite, le nombre de soldates combattantes servant dans l’armée israélienne a explosé en 2015. Après presque une décennie pendant laquelle le nombre stagnait à environ 500 soldates, le chiffre a quadruplé ces quatre dernières années. En 2012, 547 femmes occupaient des postes de combattantes. Depuis la création des bataillons des Lions de la vallée du Jourdain et Cheetah en 2015, 2 104 soldates occupent ces postes, selon Tsahal.

Le Grand rabbin a affirmé que tout comme l’armée avait une force aérienne, une division blindée et une division d’artillerie, elle avait aussi une division de la Torah, composée des étudiants ultra-orthodoxes qui sont exemptés de service militaire parce qu’ils étudient à temps plein à la yeshiva.

Le grand rabbin Ovadia Yosef, à Jérusalem, en septembre 2012. (Crédit : Flash90)

Le grand rabbin Ovadia Yosef, à Jérusalem, en septembre 2012. (Crédit : Flash90)

Il a également affirmé que son père était mort à cause de la bataille politique sur le service militaire des étudiants de yeshiva. « Ces personnes faibles, [le dirigeant du parti Yesh Atid Yair] Lapid et ses amis, ont fait une loi [sur l’enrôlement des ultra-orthodoxes], a-t-il déclaré. Peut-être la raison pour laquelle [mon père] est mort est-ce ce chagrin, parce qu’ils voulaient prendre tous les étudiants de yeshiva [pour l’armée]. »

Le père de Yosef était également connu pour les déclarations controversées de ses sermons du samedi soir, dont des propos diffamatoires contre les Arabes, les musulmans et les victimes de l’Holocauste.

Ce mois-ci, Tsahal a finalisé la nomination de son nouveau grand rabbin, Eyal Karim, malgré de vieilles déclarations dans lesquelles il semblait autoriser le viol en temps de guerre, et malgré son opposition au service des femmes dans l’armée.

Le mois dernier, un débat a agité le pays sur le rôle des femmes au sein de l’armée, alors que de plus en plus de postes leur deviennent accessibles.

Un ancien général, Yiftach Ron-Tal, a affirmé que la proposition d’intégrer les femmes au sein des blindés était un « scandale », et faisait partie d’une conspiration des organisations d’extrême-gauche pour nuire à Tsahal.

Aujourd’hui, 92 % des postes militaires sont ouverts aux femmes, selon l’armée israélienne. Les 8 % restants comprennent les brigades de blindés et d’infanterie, pour lesquelles le Corps médical de l’armée israélienne a déterminé que les exigences physiques n’étaient pas accessibles à la physiologie des femmes.

L’AFP et Judah Ari Gross ont contribué à cet article.