Une lettre qui aurait été envoyée par le dirigeant de la sécurité nationale israélien à la Maison Blanche, à l’Union européenne et à de nombreux ambassadeurs met en cause les Palestiniens pour l’écroulement des pourparlers pour la paix, et affirme posséder des preuves tangibles démontrant que les hauts responsables palestiniens auraient pris les mesures nécessaires pour renverser le processus de paix, et ce, même avant le refus israélien de relâcher une quatrième série de prisonniers palestiniens fin mars.

Dans une lettre du 22 avril, Yossi Cohen, le Conseiller à la Sécurité nationale du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, révélait que le négociateur en chef palestinien, Saeb Erekat, avait écrit un document stratégique politique en mars, en préparation d’un rejet palestinien à des efforts de médiation américains et à une ouverture du côté israélien. Presque un mois auparavant, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’engageait unilatéralement à signer 15 conventions internationales, visiblement en réponse au refus israélien d’honorer son engagement à libérer la série finale de prisonniers , selon le quotidien Haaretz paru mercredi.

En réalité, a déclaré Cohen, selon une copie de la lettre publiée en même temps que le rapport (PDF ici), Erekat avait planifié la manœuvre des semaines avant l’annonce du refus israélien de relâcher les prisonniers — un timing qui , selon Cohen, démontre que les autorités palestiniennes n’ont jamais eu l’intention de donner suite aux discussions de paix.

Cohen a joint le document stratégique politique d’ Erekat à sa lettre, dont les copies auraient été envoyées à son homologue américaine Susan Rice, à l’ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro, à tous les ambassadeurs européens basés en Israël et aux ambassadeurs chinois, russe et d’autres parties du monde.

Il a appelé ses destinataires à lire attentivement le document d’Erekat et à « tirer des conclusions » en ce qui concerne « la mauvaise foi des Palestiniens » et leur responsabilité pour l’échec de la dernière série des pourparlers de paix.

Selon Cohen, le document de 65 pages d’Erekat, qui contenait un compte rendu « hautement sélectif » des discussions de paix tenues depuis juillet et une « série de recommandations » pour des actions unilatérales de la part de l’Autorité palestinienne, a été présenté par Erekat à Abbas le 9 mars, avant la visite d’Abbas aux Etats-Unis et avant sa réunion à la Maison Blanche avec le président américain Barack Obama le 17 mars.

Le document, a indiqué Cohen, prouve que les décideurs politiques palestiniens ont recommandé à Abbas une stratégie basée sur des actions unilatérales “en dehors du cadre de négociations convenu » depuis mars, soit près de deux mois avant le 29 avril, date limite pour finaliser les négociations.

Ainsi, selon Cohen, quand Obama a essayé à la Maison Blanche de persuader Abbas de progresser dans les négociations, le président de l’Autorité palestinienne était déjà convaincu de saboter les discussions et de poursuivre des actions unilatérales.

“Le document sert de preuve évidente de mauvaise foi de la part des Palestiniens”, écrit Cohen. “Il suggère que les plans de rejet des propositions américaines et de poursuite des actions unilatérales étaient en place bien avant, malgré l’engagement indéfectible démontré par le Secrétaire Kerry et son équipe à faciliter les négociations, et le sérieux qu’Israel a démontré au cours du processus de négociation. »

Dans le document, Erekat recommandait que l’Autorité palestinienne adhère à des traités internationaux tels que celui de la Convention de Genève.

Il recommandait aussi une réconciliation avec le Hamas, révélant que l’impulsion pour un gouvernement unitaire avec une organisation terroriste ne reconnaissant pas Israël avait été donnée bien avant que les négociations avec celui-ci n’atteignent une impasse.

Cela, a indiqué Cohen, a prouvé que les actions unilatérales du côté palestinien, vues comme des réponses directes à ce qui était perçu comme l’intransigeance israélienne, étaient en fait des étapes « préméditées » et “calculées” visant à faire couler le processus de paix et à limiter les efforts de médiation américains.

Les Palestiniens ont blâmé Israël pour l’échec des discussions, expliquant que si Israel avait relâché les prisonniers, tel que cela avait été prévu, ils n’auraient pris aucune mesure unilatérale, allant jusqu’au pacte entre le Fatah et le Hamas, qui aurait entraîné Israël à suspendre les négociations.

Israel avait posé des conditions pour la libération de quatre groupes de prisonniers, dont des Arabes israéliens, telles que la poursuite des discussions passée la date limite du 29 avril.

Les Palestiniens ont refusé, et ont pris des mesures unilatérales afin d’acquérir une reconnaissance internationale.

“Ce document réfute la réclamation de l’Autorité palestinienne qui explique que sa décision d’adhérer aux traités – en violation directe des obligations palestiniennes et des compréhensions mutuelles qui ont rendu possible la reprise des négociations en juillet 2013 –  a été prise comme réaction à ce qu’elle considérait comme un retard dans la libération du quatrième groupe de prisonniers,” a écrit Cohen dans sa lettre.

“De la même manière, cela indique que l’avancement dans le processus de réconciliation avec le Hamas et l’ajout du Hamas au sein d’un nouveau gouvernement était considéré de manière sérieuse et active, au moment même où se menaient d’intenses négociations,” a ajouté Cohen.

“Le document pointe du doigt la préméditation et les calculs palestiniens pour revenir sur leur engagement et poursuivre une stratégie unilatérale, indépendamment de la libération des prisonniers, d’une manière qui pourrait gravement mettre en danger, si ce n’est annihiler, le processus de négociation. »

Les responsables américains ont été cités le week-end dernier, dans un compte rendu complet des négociations publié par Yedioth Ahronoth, blâmant en très grande majorité Israël pour l’échec dans les discussions.

Plus tard, il a été annoncé que l’envoyé spécial de Kerry, Martin Indyk, était cité comme la source principale du rapport, car il aurait désigné la politique de construction de Netanyahu comme étant « le sabotage essentiel » des négociations.

Un officiel a été cité dans le rapport, s’adressant à Israël et déclarant que les Palestiniens en ont assez du statu quo.

« Ils auront leur Etat à la fin – que cela soit par la violence ou en se tournant vers des organisations internationales. »