L’annulation soudaine d’un important sommet africain-israélien cette semaine au Togo montre paradoxalement un rapprochement positive entre Jérusalem et le continent, selon un haut diplomate israélien.

« Cela fait plusieurs semaines que nous avons remarqué une certaine forme d’opposition au voyage d’Israël en Afrique, ce qui indique qu’Israël réussit à entrer en Afrique. C’est en réalité un paradoxe : si cela n’avait pas été une réussite, ce voyage n’aurait pas eu tant d’importance », a déclaré Yuval Rotem, directeur général du ministère des Affaires étrangères, au Times of Israël.

« Le voyage vers l’Afrique est un long voyage, cela prendra quelques années, a-t-il ajouté. Cela demande de l’investissement et de la persévérance. Et au fil de chemin, il y aura des obstacles, mais nous les surmonterons. »

Lundi, le Togo a demandé à Jérusalem de reporter le Sommet Afrique – Israël, qui devait avoir lieu dans la capitale du pays, à Lome, du 23 au 27 octobre. Pour expliquer sa décision, le président du Togo, Faure Gnassingbe, a évoqué des « préparations élaborés » qu’il devait mettre en place en amont de l’évènement.

Le report indéfini est une conséquence de la pression exercée par « certains acteurs arabes et membres du bloc africain », a expliqué Rotem. D’autres responsables israéliens ont tenté de minimiser les influences étrangères qu’a subi le Togo pour reporter le sommet, et ont accusé « des problèmes d’ordre national ».

Yuval Rotem (Crédit : MFA)

Yuval Rotem (Crédit : MFA)

« Il y a des raisons que l’on peut dire et voir en surface, et des raisons que l’on ne voit pas. Nous les connaîtrons en temps et en heure », a ajouté Rotem.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui s’est rendu à deux reprises en Afrique au cours des 16 derniers mois, devait également se rendre à Lome. Mais ses précédentes visites sur le continent, notamment en juin au Liberia, où il a rencontré plusieurs dirigeants d’Afrique occidentale, ont suscité, « chez plusieurs acteurs, un certain malaise, qui les a poussé à faire pression sur le Togo », a expliqué Rotem.

Quatre chefs d’État africains avaient déjà confirmé leur participation au sommet du mois prochain, a affirmé Rotem. « C’est un bel accomplissement. Mais nous voulons quelque chose de plus grand. Et nous avons besoin de temps pour cela. »

Après les fêtes du Nouvel an juif, les responsables du ministère des Affaires étrangères se rendront en Afrique pour réévaluer la situation et chercher un nouveau pays pour accueillir cet évènement, a indiqué Rotem.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre les dirigeants d'Afrique de l'Est, à Entebbe, en Ouganda, le 4 juillet 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre les dirigeants d’Afrique de l’Est, à Entebbe, en Ouganda, le 4 juillet 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Nous pouvons construire une meilleure coalition qui permettra aux acteurs qui soutiennent Israël d’être plus francs dans ce processus. Et je pense que nous ne nous y prenons pas trop mal », a-t-il au Times of Israël, en marge du séjour de Netanyahu en Argentine cette semaine.

Sous la devise « Israël revient en Afrique et l’Afrique revient en Israël », Netanyahu a montré que les initiatives diplomatiques vers l’Afrique étaient au cœur de ses objectifs en matière de politique étrangère. Offrant aux pays africains une aide au développement, une coopération économique et un savoir-faire antiterroriste, Netanyahu vise à utiliser ce soutien pour casser la majorité anti-Israël historique dans des instances internationales telles que l’ONU.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le président du Togo Faure Gnassingbé pendant le sommet de la CEDEAO à Monrovia, au Libéria, le 4 juin 2017 (Crédit :Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le président du Togo Faure Gnassingbé pendant le sommet de la CEDEAO à Monrovia, au Libéria, le 4 juin 2017 (Crédit :Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Le mois dernier, Israël a minimisé les efforts palestiniens pour empêcher ce sommet, les responsables ayant manifesté leur assurance que Netanyahu rencontrera les dirigeants africains qui sont disposés à encourager les liens politiques et économiques avec l’État juif dans leur pays.

« Cela ne se passe pas sans pression », a dit Netanyahu aux ministres de son cabinet, en parlant du sommet. « Des pressions ont été exercées sur le président togolais pour qu’il annule cette conférence. Ces pressions sont la meilleure preuve du succès de notre politique, de la présence d’Israël en Afrique. »

En plus de l’opposition de Ramallah, le Maroc a dirigé les initiatives pour annuler cet évènement.

L’Afrique du Sud a également tenté de contrecarrer ce sommet. En juillet, le parti au pouvoir, l’African National Congress, a diffusé un « document de discussion » appelant à saboter le rapprochement entre les pays africains et Israël, et particulièrement la réunion prévue au Togo.

Suite à la décision du report du sommet cette semaine, le ministère des Affaires étrangères a assuré qu’aucune pression ne ferait régresser les efforts d’Israël dans le renforcement de ses relations avec les nations africaines.

« Israël continuera ses efforts en Afrique, comme il l’a fait ces dernières années », indique le communiqué.