Le Hamas se renforce et l’Autorité palestinienne revient : ce qui n’augure ni la sécurité, ni la stabilité
Il s'agit là d'une conséquence, au moins en partie, de l'incapacité de Benjamin Netanyahu à s'atteler à la tête très complexe qui consistait à permettre la mise en place d'un gouvernement crédible et efficace
Israël était entré en guerre après le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, avec deux objectifs essentiels : ramener les otages et détruire le Hamas, ainsi que toutes les autres menaces potentiellement mortelles pour Israël. Parmi les promesses faites par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, celle que l’Autorité palestinienne n’aurait aucun rôle à jouer dans la bande de Gaza dans l’après-guerre, à moins qu’elle ne subisse une série de réformes radicales.
Toutefois, malgré le retour de tous les otages – les vivants et les défunts – et malgré la déclaration qui a été faite par l’administration Trump, qui a annoncé que nous étions désormais entrés dans la deuxième phase du plan de paix du président américain pour Gaza, le Hamas continue de contrôler la moitié de la bande, il prend pour cible les soldats israéliens dans l’autre moitié et il n’envisage pas (du tout) de déposer les armes. Et force est de reconnaître que l’Autorité palestinienne – de manière plus ou moins ouverte – joue un rôle important pendant cette période confuse de semi-guerre, semi-cessez-le-feu. Cette même Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas que le Hamas avait rapidement et violemment chassée de Gaza lorsqu’il avait pris le pouvoir, il y a de cela près de 20 ans.
Sur les instructions du président américain Donald Trump, le poste-frontière de Rafah, qui sépare Gaza et l’Égypte, a été rouvert pour permettre l’entrée et la sortie limitées des personnes. Et c’est l’Autorité palestinienne, en collaboration avec l’Égypte et avec les représentants européens, qui gère le processus — un fait que les autorités israéliennes préfèrent ne pas reconnaître. (Il faut néanmoins souligner qu’Israël procède à des contrôles et que le pays détermine ainsi qui est autorisé à entrer ou à sortir – mais pas au poste-frontière lui-même).
De surcroît, la principale instance officiellement chargée de superviser la gouvernance civile de Gaza, le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), est en grande partie une entité issue de l’Autorité palestinienne. Son commissaire en chef, Ali Shaath, né à Gaza, est un ancien vice-ministre de l’Autorité palestinienne. Plusieurs de ses membres ont travaillé au sein de l’Autorité palestinienne, notamment Sami Nasman, chargé du portefeuille de l’Intérieur, qui a été une figure de proue de ses services de renseignement généraux. (Nasman avait fui Gaza il y a plus de 30 ans, recherché par le Shin Bet pour le meurtre présumé de collaborateurs pendant la première Intifada, et il était revenu à l’occasion du retour de Yasser Arafat en 1994).
C’est Shaath qui a annoncé, dans un message vidéo qui a été diffusé lors de la cérémonie de lancement du Conseil de la paix de Gaza à Davos, le 22 janvier, que le poste-frontière de Rafah allait rapidement rouvrir dans les deux sens, prenant probablement au dépourvu le gouvernement israélien qui a assurément été déconcerté par cette initiative.
Shaath et son équipe sont censés entrer la semaine prochaine au sein de l’enclave côtière où ils prendront leurs fonctions dans la moitié de la bande de Gaza qui est placée sous le contrôle du Hamas. Hamas qui avait lui-même directement pris part aux pourparlers qui, en Égypte, avaient permis de déterminer la composition du comité.
Avant de prendre ses fonctions, le NCAG a mis un terme, cette semaine, aux euphémismes diplomatiques et aux dénomination trompeuses et il a changé son logo, passant d’un dessin initial – il représentait un oiseau aux couleurs palestiniennes – à l’aigle, symbole de l’Autorité palestinienne, et au drapeau de cette dernière, remplaçant simplement le mot « Palestine » par « NCAG ». Ou comment mieux dire : « Prends toi ça dans les dents, Israël ! »
Ce que signifie ce symbole, bien sûr, c’est que l’Autorité palestinienne a fait son retour à Gaza. Elle a fait son retour aux côtés de son rival, allié et ennemi occasionnel, le Hamas, avec lequel elle est en désaccord et par lequel elle est dominée.
Avec la perspective très concrète d’une réalité, à Gaza, qui sera étrangement similaire à celle de la Cisjordanie pour Israël.
Netanyahu s’opposera probablement à un nouveau retrait de l’armée israélienne de la bande de Gaza, car le Hamas refusera ouvertement de désarmer ou qu’il tentera de dissimuler le fait qu’il conserve ses armements en les confiant ostensiblement au NCAG, ce comité qu’il a aidé à sélectionner et avec lequel il entretiendra des relations extrêmement tendues.
Après quatre heures de discussions avec Steve Witkoff, l’émissaire de Trump, mardi dans la soirée – des échanges qui ont certainement porté en grande partie sur la préparation de Trump à la guerre et/ou à la diplomatie avec l’Iran – un bref communiqué du bureau de Netanyahu a choisi de se focaliser sur Gaza. Il a souligné la demande intransigeante qui a été soumise par Israël concernant le désarmement du Hamas, la démilitarisation de Gaza et la nécessité d’exclure l’Autorité palestinienne de « toute forme de gouvernance de la bande de Gaza ».
Mais par-delà les discours, l’Autorité palestinienne joue déjà un rôle à Gaza. Et le Hamas – comme l’armée israélienne l’a récemment confié à Netanyahu – renforce son emprise sur la moitié de la bande de Gaza qui n’est pas placée sous le contrôle de Tsahal, notamment en « intégrant ses agents dans les ministères et au sein des appareils de sécurité ».
Dans l’état actuel des choses, le Hamas continuera à prendre pour cible les soldats israéliens. L’armée, de son côté, continuera à riposter. À court terme, les États-Unis tenteront sans doute de maintenir en place le cessez-le-feu qui est entré en vigueur au mois d’octobre. Trump répétera peut-être que, comme il l’a évalué, le Hamas « va désarmer », et il continuera peut-être à proclamer qu’il a apporté la paix à Gaza.
Mais ce qui se passe sur le terrain n’augure guère un horizon de sécurité et de stabilité. Et il s’agit là d’une conséquence, au moins en partie, de l’incapacité de Netanyahu à s’atteler à la tête très complexe qui consistait à permettre la mise en place d’un gouvernement crédible et efficace, autre que le Hamas. Le gouvernement cherchant à éliminer le Hamas et refusant d’envisager un rôle légitime pour l’Autorité palestinienne dans un mécanisme international, voilà que nous nous retrouvons aujourd’hui avec l’un et avec l’autre. Ce qui ne répond certainement pas aux objectifs essentiels qui avaient été fixés par Israël dans sa guerre.
Ce n’est pas la Gaza qu’Israël – après avoir payé un prix indescriptible en vies humaines et en réputation mondiale – voulait et devait voir après la guerre.
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