200 ex-pilotes et réservistes manifestent contre la guerre près du QG de Tsahal

Les anciens combattants ont lu une lettre de l'épouse de Ron Arad, pilote disparu, qui alerte des risques encourus par les otages en cas d'application du plan de prise de Gaza-City

Ex-pilotes de l'armée de l'air, réservistes et autres manifestent contre la poursuite de la guerre à Gaza et en faveur de la libération des otages de Gaza, près de la base militaire de Kirya, à Tel Aviv, le 12 août 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Près de 200 pilotes de l’armée de l’air israélienne à la retraite ou dans la réserve se sont retrouvés mardi soir devant le quartier général militaire Kirya, à Tel Aviv, pour exiger un accord immédiat sur les otages et protester contre la décision prise par le gouvernement, la semaine dernière, de s’emparer de la ville de Gaza et des projets d’occuper la totalité de la bande de Gaza.

Cette décision, prise en dépit de la forte opposition des plus hauts responsables de l’armée, fait craindre pour la vie des otages encore aux mains du Hamas et d’autres organisations terroristes, ainsi que celle des soldats et des civils, sans compter la réputation d’Israël auprès de la communauté internationale.

Depuis les abords du quartier général de l’armée, les manifestants ont lu à haute voix une lettre de Tami Arad, l’épouse du pilote de l’armée de l’air israélienne Ron Arad, disparu depuis qu’il a sauté de son avion au-dessus du Sud-Liban en 1986.

« Il y a de cela trente-neuf ans, je tentais d’expliquer que les jours de Ron étaient comptés… Les autorités d’aujourd’hui savent pertinemment ce qui peut arriver et pourtant les membres du gouvernement israélien prennent la décision d’occuper Gaza », indique la lettre.

Arad explique dans sa lettre que cette décision « fait fi de l’urgence avec laquelle il faudrait secourir les otages » et qualifie le plan de conquête de la ville de Gaza de « piège mortel » – une reprise des propos du chef d’État-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, lors de la réunion du cabinet de sécurité, la semaine dernière, au terme de laquelle, au bout de 10 heures de discussion, a été adopté le plan d’occupation de la bande de Gaza .

L’ancien chef d’État-major de Tsahal, Dan Halutz, prend la parole lors d’une manifestation d’anciens pilotes et réservistes de l’armée de l’air, entre autres manifestants, contre la poursuite de la guerre et pour la libération des otages de la bande de Gaza, près de la base militaire de Kirya à Tel Aviv, le 12 août 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

L’ancien chef d’État-major de Tsahal, Dan Halutz, a déclaré face à la foule : « Assez ! Arrêtez cette guerre folle et inutile. »

En s’adressant à Zamir, Halutz a ajouté : « Ne laissez pas les messianistes nous précipiter dans les ténèbres… A tenter d’atteindre un objectif inatteignable, on pourrait bien causer la mort… des otages. »

Zamir se serait vigoureusement opposé aux projets pour Gaza lors des réunions du cabinet de sécurité et aurait dit à ses membres que cela revenait à retirer officiellement la libération des otages de la liste officielle des objectifs de guerre israéliens.

Au-delà de leur inquiétude pour les otages, les manifestants ont également tiré la sonnette d’alarme sur les risques de pertes militaires.

« Ne posez pas la main sur ce garçon », aurait déclaré le pilote réserviste Guy Poran, paraphrasant les versets bibliques qui relatent la ligature d’Isaac, selon des propos repris dans les médias israéliens.

« Ne sacrifiez pas nos fils à Gaza pour un objectif qui n’a rien à voir avec la sécurité d’Israël ou la libération des otages, et que l’opinion publique, dans son ensemble, ne valide pas », a-t-il poursuivi.

Pilotes de l’armée de l’air, anciens combattants et réservistes, et autres militants manifestent contre la poursuite de la guerre et pour la libération des otages de la bande de Gaza, près de la base militaire de Kirya à Tel Aviv, le 12 août 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Les manifestants ont également évoqué la réputation d’Israël auprès de la communauté internationale et la vie des civils de Gaza.

Dans une déclaration publiée avant la manifestation, les pilotes ont déclaré que la guerre exigeait « beaucoup trop des otages qui croupissent en captivité depuis 676 jours et de nos soldats qui risquent leur vie, sans compter les dommages inutiles occasionnés à tant de civils innocents et la dégradation sans précédent de la réputation d’Israël un peu partout dans le monde ».

Cette décision de monter d’un cran encore dans les hostilités aurait incité les pays médiateurs à redoubler d’efforts pour reprendre les pourparlers en vue d’un cessez-le-feu avec le Hamas. Israël a précisé vouloir un accord global, à l’exclusion de tout accord partiel, de nature à garantir la libération des 50 derniers otages – les 28 confirmés morts et les 20 potentiellement toujours en vie.

Le chef d’État-major de l’armée de l’air a parlé aux manifestants rassemblés devant chez lui

Mardi matin, des mères de soldats ont manifesté devant le domicile du chef d’État-major de l’armée de l’air, le major général Tomer Bar, pour exiger la fin de la guerre.

« Ne soyez plus complice de cette guerre ouvertement illégale ! Ne travaillez plus pour un gouvernement messianique qui sacrifie ses soldats et ses otages ! Faites preuve de responsabilité, Commandant, et mettez un terme à cette escalade mortifère ! », ont déclaré les mères, selon un communiqué du Mouvement de protestation israélien pro-démocratie.

« Tomer Bar, commandant de l’armée de l’air, il ne tient qu’à vous de vous envoler vers un avenir de paix », lui ont-elles dit.

Youjours selon ce communiqué, Bar serait sorti de son domicile de Moshav Ateret pour s’adresser aux manifestantes qui lui demandaient de faire cesser la guerre et d’apporter son soutien au chef d’État-major de Tsahal pour dénoncer l’occupation de Gaza.

Le chef d’État-major de l’armée de l’air israélienne, Tomer Bar, s’adresse à des manifestantes rassemblées devant son domicile à Moshav Asheret, le 12 août 2025. (Tanya Zion-Waldoks/Mouvement de protestation israélien pro-démocratie)

Dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré, lors d’une conférences de presse qu’Israël ne souhaitait pas occuper la bande de Gaza à long terme mais la démilitariser et la remettre à un gouvernement arabe pacifique qui ne soit affilié ni au Hamas ni à l’Autorité palestinienne de Ramallah.

Mais, a-t-il dit, « compte tenu du refus du Hamas de déposer les armes, Israël n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout pour vaincre le Hamas », justifiant ainsi sa décision de prendre de contrôle de la ville de Gaza, « le premier pas » selon ses dires.

La guerre à Gaza a commencé le 7 octobre 2023, lorsque des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont envahi le sud d’Israël, y ont tué 1 200 personnes et enlevé 251 otages, avec une extrême brutalité et de nombreux cas d’agressions sexuelles.

Einav Zangauker, la mère de l’otage Matan Zangauker, agenouillée devant un cercueil factice ceint du drapeau israélien lors d’une manifestation pour la libération des otages dela bande de Gaza, non loin de la base militaire de Kirya, à Tel Aviv, le 12 août 2025. (Crédit : Flash90)

Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, plus de 60 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats dans la bande de Gaza, sans que ce bilan puisse être vérifié ou fasse le distinguo entre civils et hommes armés. En janvier dernier, Israël revendiquait la mort de 20 000 hommes armés lors des combats sans compter les 1 600 terroristes tués en territoire israélien lors du pogrom du 7 octobre.

Israël assure faire en sorte de limiter les pertes civiles et rappelle que le Hamas utilise les civils de Gaza comme des boucliers humains en combattant depuis des zones civiles -maisons, hôpitaux, écoles et mosquées.

Côté israélien, le bilan humain de la guerre contre le Hamas à Gaza et dans les opérations militaires le long de la frontière avec l’enclave s’élève à 459, dont deux policiers et trois sous-traitants civils du ministère de la Défense.

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