28 pays appellent Israël à laisser les journalistes entrer à Gaza
Israël empêche les journalistes étrangers d'entrer dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre - à l'exception de brèves visites sous escorte militaire, affirmant que le pays n'est pas en capacité de garantir leur sécurité
Vingt-huit pays, dont la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, ont appelé Israël à autoriser « l’accès immédiat et indépendant des médias étrangers » dans la bande de Gaza déchirée par la guerre, dans la journée de jeudi.
« Au vu de la catastrophe humanitaire qui est en train de se dérouler à Gaza, nous, les membres signataires de la Media Freedom Coalition, nous exhortons Israël à autoriser immédiatement l’accès des médias étrangers indépendants et à assurer la protection des journalistes travaillant à Gaza », ont fait savoir la majorité des membres de cette coalition internationale dans un communiqué.
« Les journalistes et les professionnels des médias jouent un rôle essentiel en mettant en exergue la réalité dévastatrice de la guerre. L’accès aux zones de conflit est essentiel pour remplir efficacement ce rôle. Nous nous opposons à toute tentative qui vise à restreindre la liberté de la presse et à empêcher l’entrée des journalistes pendant les guerres », ont ajouté les États membres.
Depuis que le groupe terroriste du Hamas a commis son pogrom sur le sol israélien, le 7 octobre 2023 – une attaque sanglante qui avait été à l’origine de la guerre qui déchire actuellement l’enclave côtière – seul un petit nombre de journalistes ont pu entrer dans la bande, accompagnés de l’armée israélienne. Leur travail a été soumis à une censure militaire stricte.
Le gouvernement a rejeté les demandes qui visaient à permettre aux médias d’entrer librement, affirmant que la situation à Gaza est trop dangereuse pour autoriser l’accès à la bande en l’absence d’une escorte militaire.
Interrogé sur la question, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a dit, au début du mois, qu’il avait ordonné à l’armée de faire venir « beaucoup » plus de journalistes étrangers. La plus grande partie des professionnels des médias souhaiteraient toutefois pouvoir accéder librement à la bande de Gaza sans escorte de l’armée israélienne.
Les premiers signataires de la lettre ont été l’Australie, l’Autriche, la Belgique, le Chili, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la France, l’Allemagne, l’Islande, l’Irlande, l’Italie, le Japon, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, le Portugal, la Sierra Leone, la Slovaquie, la Slovénie, la Suède, la Suisse, l’Ukraine, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Le Canada a également cosigné la déclaration après sa publication.
Les États-Unis, qui jouent un rôle de premier plan dans la coalition, ne se sont pas joints à la déclaration.
La coalition a ajouté : « Nous condamnons également fermement toutes les violences à l’encontre des journalistes, et nous déplorons en particulier le nombre extrêmement élevé de morts, d’arrestations et de mises en détention », ajoutant que « prendre pour cible délibérément des journalistes est inacceptable ».
Israël a été accusé d’avoir précisément visé des journalistes gazaouis pendant la guerre. Tsahal, de son côté, déclare ne pas mener une telle politique, disant qu’un grand nombre des personnes identifiées comme étant des journalistes qui ont été tuées pendant la guerre étaient en fait des terroristes.
Au début du mois, une frappe israélienne, à Gaza City, a entraîné la mort d’un éminent reporter de la chaîne qatarie Al Jazeera, ainsi que de cinq de ses collègues. L’armée israélienne a toutefois maintenu pendant un certain temps – publiant comme preuves des documents qui auraient été saisis à Gaza – que ce reporter, Anas al-Sharif, était le commandant d’une cellule du Hamas chargée de tirer des roquettes sur des civils israéliens et sur des soldats.
« Des renseignements et des documents en provenance de Gaza, notamment des listes de membres, des listes de formation de terroristes et des registres de salaires, prouvent qu’il était un agent du Hamas intégré à Al Jazeera », a dit l’armée en évoquant Sharif après sa mort.
En réponse à une question du Times of Israel sur les raisons pour lesquelles l’armée israélienne avait choisi de prendre pour cible Sharif alors qu’il se trouvait avec cinq autres journalistes dans un chapiteau dressé à proximité de l’hôpital Shifa de Gaza, une source militaire a affirmé que plusieurs des autres journalistes étaient également membres de groupes terroristes.
La déclaration qui a été faite par la Media Freedom Coalition, qui n’a fait référence à aucun cas spécifique, n’a pas reconnu que, comme l’affirme Israël, certains journalistes tués étaient des combattants.
Selon le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, au moins 242 journalistes ont été tués à Gaza depuis le début de la guerre.
La déclaration appelle Israël à « tout mettre en œuvre pour que les professionnels des médias à Gaza, en Israël, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, qu’ils soient locaux ou étrangers, puissent exercer leur travail librement et en toute sécurité ».
De surcroît, les pays ont déclaré qu’ils « réitèrent leurs appels à un cessez-le-feu immédiat, à la libération inconditionnelle des otages restants, à la libre circulation de l’aide humanitaire et à la recherche d’une solution à deux États, d’une paix et d’une sécurité durables ».