Analyse

6 enseignements pour les Juifs américains après la vague démocrate

La perte du Congrès par les républicains affaiblit le soutien américain à Netanyahu ; les dirigeants démocrates subiront des pressions pour faire voter des mesures anti-Israël

Des partisans réagissent aux premiers résultats électoraux favorables au sénateur américain Jon Ossoff lors d’une soirée électorale organisée par le Parti démocrate de Géorgie après les élections de mi-mandat à Atlanta, en Géorgie, le 3 novembre 2026. (Crédit : Erik S. Lesser/AFP)

JTA – L’ampleur de la déroute républicaine de mardi et son étendue géographique rendent difficile toute conclusion définitive sur les résultats, si ce n’est qu’ils traduisent un rejet national du président américain Donald Trump (et des candidats qu’il a choisis). Mais que d’autres facteurs aient ou non contribué à cette débâcle républicaine, ses répercussions seront nombreuses. Voici six enseignements à en tirer pour comprendre ce qui pourrait suivre. Six points à retenir qui donnent un aperçu de ce qui va suivre.

  1. Un Donald Trump considérablement affaibli n’augure rien de bon pour Netanyahu

Pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu, miser sur Donald Trump relevait du pari improbable, mais jusqu’ici, le jeu en a largement valu la chandelle. Il est difficile de surestimer à quel point les victoires inattendues de Trump en 2016 et 2024 ont renforcé la position de Netanyahu sur la scène politique israélienne, tout en lui laissant les coudées franches pour mener sa politique régionale. Trump a également fait figure de rempart, donnant pendant des années à Netanyahu et à ses alliés le sentiment de pouvoir ignorer, ou presque, la colère grandissante des Démocrates et de la communauté internationale envers Israël.

Dans l’entourage de Bibi [surnom de Netanyahu], certains espéraient même que Donald Trump, leur précieux allié à la Maison Blanche, pourrait lui éviter une défaite politique en Israël. Et force est de reconnaître que son soutien de dernière minute a peut-être effectivement fait pencher la balance.

Que Netanyahu parvienne à se maintenir au pouvoir ou que son principal rival, Gadi Eisenkot, lui succède, Israël s’aventure désormais en terrain inconnu. Entre un Trump affaibli et un Congrès démocrate enhardi par sa victoire, il paraît peu probable que l’État hébreu bénéficie encore d’un soutien américain aussi solide pour mener des opérations offensives contre l’Iran et ses alliés régionaux, ou pour poursuivre d’autres politiques qu’une large partie des Israéliens jugent essentielles à leur sécurité.

  1. Jeffries et Schumer face à un véritable casse-tête

Porté par la vague démocrate de mardi soir, Hakeem Jeffries devrait prendre la présidence de la Chambre des représentants, tandis que Chuck Schumer pourrait retrouver la tête de la majorité au Sénat.

Ces deux élus new-yorkais entretiennent depuis longtemps des liens étroits avec les milieux pro-Israël et comptent parmi les plus fervents défenseurs de l’État juif au sein de leur parti. Une position de plus en plus difficile à tenir face à la montée en puissance des élus démocrates du Congrès qui réclament un durcissement sensible de la politique américaine à l’égard d’Israël.

Et ces derniers ne devraient pas tarder à exiger des actes, notamment des restrictions significatives sur les ventes d’armes américaines à Israël.

Chuck Schumer, chef de la minorité au Sénat, arrive pour prendre la parole au siège du Comité de campagne sénatoriale démocrate, le 3 novembre 2026, à Washington. (Crédit : Allison Robbert/AP)

Depuis la guerre menée par Israël contre le groupe terroriste palestinien du Hamas dans la bande de Gaza, les deux dirigeants démocrates ont sensiblement durci leurs critiques envers Netanyahu et son gouvernement. Mais lorsqu’il s’est agi de sanctionner concrètement Israël, ils ont jusqu’ici voté contre les différentes initiatives législatives allant dans ce sens.

En avril dernier, Schumer figurait parmi les sept seuls sénateurs démocrates à s’opposer à deux résolutions qui, ensemble, auraient bloqué la vente à Israël de bulldozers D9, largement utilisés dans les opérations militaires, ainsi que de bombes de 454 kg. En juillet, Jeffries a voté contre une proposition visant à mettre fin à l’aide militaire américaine à Israël, pourtant soutenue par près de la moitié des élus démocrates de la Chambre.

Désormais appelés à diriger leurs chambres respectives, Jeffries et Schumer risquent de se retrouver sous une pression considérable pour inscrire à l’ordre du jour davantage de textes hostiles à Israël. Leur soutien persistant à l’État juif devrait également leur valoir des critiques de plus en plus vives de la part de la base démocrate.

  1. La victoire démocrate relativise la percée des élus anti-Israël

Mais cette victoire écrasante des Démocrates a aussi son revers pour les élus les plus hostiles à Israël. Certes, ils seront plus nombreux au Congrès et ne manqueront pas de donner du fil à retordre aux dirigeants du parti, bien décidés à empêcher que des mesures anti-Israël soient soumises au vote. Mais leur influence risque paradoxalement de s’en trouver réduite. Noyés dans une majorité démocrate considérablement élargie, ils devront composer avec de nombreux élus modérés ou favorables à Israël.

Ils auront donc moins de poids pour imposer leurs exigences à la direction du parti. Et surtout, il leur sera plus difficile de présenter leurs succès électoraux comme la preuve d’un rejet grandissant d’Israël, alors que la vague démocrate a porté des candidats de toutes sensibilités, bien au-delà de leur propre camp.

  1. John Fetterman vient de perdre de son influence

Tout comme l’importante majorité démocrate à la Chambre rend Jeffries moins dépendant des élus anti-Israël de son groupe parlementaire, la nouvelle majorité au Sénat pourra se passer des voix du sénateur de Pennsylvanie John Fetterman pour gouverner.

Depuis des années, Fetterman exaspère ses collègues démocrates par sa proximité grandissante avec les républicains. Les progressistes, en particulier, ne lui pardonnent pas son soutien indéfectible à Israël. Il est même allé jusqu’à déclarer que la seule chose qui pourrait le pousser à quitter le groupe démocrate au Sénat serait de voir son parti tourner résolument le dos à Israël.

Le président américain Donald Trump passe devant le sénateur John Fetterman après avoir prononcé son discours sur l’état de l’Union devant les deux chambres du Congrès, au Capitole, à Washington, le 24 février 2026. (Crédit : Matt Rourke/AP)

Si les démocrates n’avaient remporté le Sénat que d’une courte majorité de 51 sièges contre 49, Fetterman se serait retrouvé en position de force, avec un pouvoir de négociation considérable. Mais la vague démocrate a changé la donne. Le parti n’a plus besoin de lui pour conserver le contrôle de la chambre.

Si Schumer retrouve la tête de la majorité, il n’aura donc plus à ménager autant celui qui s’est imposé comme le plus ardent défenseur d’Israël au sein de son parti. Quant à Fetterman, il devra remettre son siège en jeu en 2028, avec bien peu de chances de sortir vainqueur de la primaire démocrate.

  1. L’AIPAC n’a pas trouvé la recette du succès

Il y a quelques années, l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le principal lobby pro-Israël aux États-Unis, avait décidé de prendre les devants face aux premières voix hostiles à Israël qui s’élevaient au Congrès, en misant massivement sur le financement des campagnes électorales. Plusieurs centaines de millions de dollars plus tard, le constat est pour le moins décevant pour le lobby. Les détracteurs d’Israël sont plus nombreux que jamais au Congrès, surtout dans les rangs démocrates, et une nouvelle génération d’élus s’apprête à les rejoindre.

Pire encore pour l’AIPAC, dans de nombreuses circonscriptions, les candidats hostiles à Israël ou critiques envers le lobby ont réussi à retourner son soutien contre leurs adversaires, en faisant de cet appui un handicap électoral.

Par ailleurs, l’annonce de Trump, mardi, selon laquelle son administration mettrait fin à l’aide américaine à Israël après cette année, laisse penser que le soutien républicain à cette assistance s’effrite lui aussi, à l’image de celui des Démocrates. Les résultats de mardi suggèrent également que le soutien sans réserve de l’AIPAC aux frappes américaines et israéliennes contre l’Iran est loin de faire l’unanimité, tant dans l’opinion publique américaine que parmi les nouveaux élus du Congrès.

Malgré ses moyens financiers considérables et son poids politique, l’AIPAC n’a toujours pas trouvé comment enrayer la montée de l’hostilité envers Israël dans la vie politique américaine.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors de la conférence annuelle de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), à Washington, le 6 mars 2018. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)
  1. Une soirée électorale triomphale pour les prétendants juifs à la Maison Blanche

Le sénateur démocrate Jon Ossoff assure qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle de 2028. Mais sa réélection éclatante en Géorgie, avec près de 60 % des voix, ne manquera pas de relancer les spéculations. Et en Géorgie, qui plus est ! Surtout, ce succès pourrait bien le propulser au rang de favori dans la course pour devenir le premier président juif des États-Unis.

Le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, a lui aussi été largement réélu, avec un score comparable, dans un État pourtant remporté par Trump deux ans plus tôt. Mais Ossoff, farouche adversaire du président américain et de plus en plus critique envers les opérations militaires israéliennes, s’est imposé au cours de cette campagne comme l’une des grandes figures du Parti démocrate. Il a également montré qu’il savait rallier aussi bien les jeunes progressistes que les démocrates libéraux plus traditionnels.

Jon Ossoff, sénateur démocrate de Géorgie et candidat au Sénat, lors d’un événement organisé le soir des élections, à Atlanta, le 3 novembre 2026. (Crédit : Mike Stewart/AP)

Dans l’Illinois, le gouverneur JB Pritzker a lui aussi été réélu haut la main. Quant à la sénatrice modérée du Michigan Elissa Slotkin, autre personnalité dont le nom circule pour la présidentielle de 2028 (mais existe-t-il seulement un sénateur américain qui n’y songe pas ?), son soutien actif à la campagne d’Abdul El-Sayed lui a peut-être permis de gagner quelques sympathies dans l’aile progressiste du parti.

Tous les quatre se sont montrés très critiques envers Netanyahu. En avril, Ossoff et Slotkin se sont joints à la majorité de leurs collègues démocrates du Sénat pour voter en faveur de restrictions sur certaines ventes d’armes à Israël. Aucun des deux n’a toutefois accepté de qualifier de « génocide » les opérations israéliennes dans la bande de Gaza.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de la JTA ou de sa société mère, 70 Faces Media.

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