"Une joie profonde et une grande force"

À 96 ans, une rescapée de la Shoah fait son alyah

Après avoir perdu toute sa famille, Charlotte Roth a refait sa vie aux États-Unis ; aujourd'hui, cette matriarche de 5 générations s'installe à Netanya

Charlotte Roth, survivante de la Shoah âgée de 96 ans, célébrant son immigration en Israël avec l'un de ses arrière-arrière-petits-enfants, le 18 février 2026. (Crédit : Nefesh B'Nefesh)

Huit décennies après avoir survécu au camp de la mort d’Auschwitz durant la Shoah, Charlotte Roth, âgée de 96 ans, est officiellement devenue citoyenne israélienne la semaine dernière.

Après avoir bâti sa vie à Cleveland, dans l’Ohio, depuis son arrivée aux États-Unis en tant que réfugiée, peu après la guerre, cette matriarche de quatre enfants, neuf petits-enfants, 26 arrière-petits-enfants et 11 arrière-arrière-petits-enfants, est désormais installée à Netanya.

« Je viens généralement deux fois par an pour rendre visite à ma famille », a déclaré Roth au Times of Israel.

« Maintenant, j’ai décidé de rester ici pour être avec eux. »

Après son arrivée en septembre pour la fête de Rosh HaShana, Roth a entamé le processus d’immigration par l’intermédiaire de l’organisation Nefesh B’Nefesh, avec l’aide de sa petite-fille. Les formalités administratives ont été réglées en trois mois environ, et mercredi, Roth a célébré son alyah (mot en hébreu signifiant « montée ») avec sa famille dans les bureaux de Nefesh B’Nefesh à Tel Aviv.

Elle s’est rendue pour la première fois en Israël en 1988 et se souvient avoir gravi Massada, forteresse située dans le Néguev, à pied, à l’âge de 81 ans.

Charlotte Roth, survivante de la Shoah âgée de 96 ans, célébrant son immigration en Israël avec sa famille, au bureau de Nefesh B’Nefesh à Tel Aviv, le 18 février 2026. (Crédit : Nefesh B’Nefesh)

À ce jour, cinq de ses arrière-petits-enfants ont servi dans l’armée israélienne.

« Après ce que j’ai vécu, j’ai toujours eu peur de voir des soldats armés », a confié Roth.

« Mais en Israël, je suis fière de les voir. »

Née en Tchécoslovaquie dans une famille nombreuse et très unie, où « la famille était tout », Roth a vu son monde s’effondrer en 1944, alors qu’elle avait 14 ans.

Charlotte Roth, survivante de la Shoah âgée de 96 ans, tenant sa nouvelle carte d’identité israélienne à côté de son tatouage du camp de concentration, le 18 février 2026. (Crédit : Nefesh B’Nefesh)

Pessah cette année-là, sa famille a été contrainte de s’installer dans un ghetto, et quelques semaines plus tard, juste avant la fête de Shavouot, elle a été déportée à Auschwitz dans un wagon à bestiaux. Le deuxième jour de Shavouot, à son arrivée, Roth a été séparée de sa mère et de ses frères et sœurs lors du processus de sélection. Ce fut la dernière fois qu’elle les vit.

Roth a été sélectionnée pour les travaux forcés en raison de ses compétences en couture, un talent qui lui a probablement sauvé la vie. Elle a survécu à Auschwitz, à une marche de la mort et à l’emprisonnement dans un autre camp avant la fin de la guerre en 1945.

Mais lorsqu’elle est revenue dans le village de son enfance après la libération, elle a appris que tous les membres de sa famille proche avaient péri. Elle a également été dévastée d’apprendre que son père, qui avait également survécu à la guerre, s’était suicidé quelques jours plus tôt, après avoir appris, à tort, que personne d’autre de sa famille n’avait survécu aux atrocités.

De ce qu’il restait de sa vie d’avant, Roth n’a conservé qu’un seul objet : une bague gravée des initiales « IS », pour Ilanka Shvartz, le nom qu’elle portait avant la guerre. Elle la porte encore aujourd’hui.

Charlotte Roth, survivante de la Shoah âgée de 96 ans, célébrant son immigration en Israël avec sa famille, au bureau de Nefesh B’Nefesh à Tel Aviv, le 18 février 2026. (Crédit : Nefesh B’Nefesh)

Au cours des années qui ont suivi, Roth a reconstruit sa vie à partir de rien. Adolescente dans un camp de personnes déplacées, elle y a rencontré son futur époux. Ils se sont mariés là-bas, ont eu leur premier enfant, puis ont immigré aux États-Unis.

Les politiques d’immigration restrictives l’ont alors obligée à prendre un nouveau passeport, un nouveau nom, et à bien des égards, une nouvelle identité.

Roth possède toujours une maison à Cleveland, où vivent encore certains de ses enfants. Elle a encore de nombreuses fêtes de famille à célébrer.

« J’ai un arrière-petit-fils de neuf ans dont la famille vit toujours à Cleveland, et il dit que nous allons célébrer ensemble sa bar mitzvah et mon 100ᵉ anniversaire ici », a-t-elle dit en souriant.

En Israël, Roth passe la plupart de son temps avec sa famille, comme on le lui a appris lorsqu’elle était enfant.

Elle a actuellement deux enfants, deux petits-enfants, quinze arrière-petits-enfants et neuf arrière-arrière-petits-enfants dans le pays, et un autre est en route. Elle fait régulièrement de l’exercice et aime marcher, mais insiste sur le fait qu’elle mange tout ce qu’elle veut.

« C’est un moment vraiment merveilleux dans ma vie que de pouvoir me considérer comme Israélienne, citoyenne de notre État juif », a déclaré Roth.

« Marcher dans ces rues avec cinq générations de ma famille remplit mon cœur d’une joie et d’une force profondes, surtout quand je vois des soldats israéliens et que je ressens un sentiment de sécurité et de fierté là où il y avait autrefois de la peur. »

read more:
comments