À Amsterdam, des dizaines de milliers de personnes accusent Israël de « génocide »

Contrairement à d'autres pays européens tels que la France et la Belgique, les Pays-Bas n'ont pas reconnu la Palestine en tant qu'Etat

Des manifestants défilent lors de la quatrième manifestation « Ligne rouge » (« Red Line »), axée sur les liens économiques et militaires entre les Pays-Bas et Israël, à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 8 novembre 2026. (Crédit : AP/Patrick Post)

Des dizaines de milliers de personnes ont afflué dimanche dans les rues d’Amsterdam pour dénoncer les violences persistantes contre les Palestiniens à Gaza, habillées de rouge et brandissant des pancartes « Stop au génocide ».

Selon les organisateurs de la manifestation dite de la « ligne rouge » (Rode lijn), environ 200 000 personnes ont défilé pour réclamer des actions du gouvernement néerlandais à l’encontre d’Israël.

« Arrêtez d’envoyer des armes à Israël », a exhorté Steven Eisinger, croisé par l’AFP dans le cortège, une écharpe rouge autour du cou.

« Je suis moi-même juif, j’ai de la famille qui vit actuellement en Israël, et je tenais vraiment à dire : je soutiens la Palestine et je suis opposé au génocide », a assuré ce trentenaire américain, résidant à Amsterdam.

Contrairement à cette grave accusation largement répandue, la Cour internationale de Justice (CIJ), saisie depuis décembre 2023 par l’Afrique du Sud, n’a jamais jugé qu’un génocide commis par Israël à Gaza était « plausible ». Dans son ordonnance du 26 janvier 2024, elle a considéré plausibles certains droits invoqués par l’Afrique du Sud au titre de la Convention sur le génocide, notamment le droit des Palestiniens de Gaza à être protégés contre des actes de génocide. La question de l’existence ou non d’un génocide demeure donc pendante devant la CIJ, laquelle ne pourra être définitivement tranchée qu’après examen contradictoire des moyens, arguments et preuves produits par les parties.

Un fragile cessez-le-feu entre le Hamas et Israël est entré en vigueur en octobre 2025 après deux ans d’une guerre déclenchée par l’attaque meurtrière du mouvement terroriste palestinien sur le sol israélien le 7 octobre 2023.

Des manifestants défilent lors de la quatrième manifestation « Ligne rouge » (« Red Line »), axée sur les liens économiques et militaires entre les Pays-Bas et Israël, à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 8 novembre 2026. (Crédit : AP/Patrick Post)

Mais une crise humanitaire aiguë sévit toujours dans la bande de Gaza.

Contrairement à d’autres pays européens tels que la France et la Belgique, les Pays-Bas n’ont pas reconnu la Palestine en tant qu’Etat.

Le Premier ministre Rob Jetten, alors candidat aux élections législatives, s’était rendu à une de ces manifestations en 2025. Lors de sa conférence de presse hebdomadaire vendredi, M. Jetten a déclaré qu’il serait désormais « inapproprié » pour lui de participer à cette mobilisation.

« C’est un lâche », a estimé Jan Willem de Leeuw, un manifestant présent dans le cortège dimanche.

Rob Jetten, chef du parti de centre-gauche D66, prend la parole sur scène lors de la présentation des résultats des sondages à la sortie des urnes, dans un lieu dédié aux élections, à l’occasion des élections législatives à Leyde, aux Pays-Bas, le 29 octobre 2025. (Crédit : AP/Peter Dejong)

Des militants occupent le chantier d’un centre de données Microsoft à Amsterdam

Par ailleurs plusieurs centaines de militants, opposés à la construction d’un centre de données Microsoft à Amsterdam, avaient occupé le chantier vendredi, répondant à un appel à manifester sur deux jours en Europe.

Le collectif Geef Tegengas, qui milite pour le climat et la justice, et le groupe écologiste Fossielvrij ont investi le chantier, dans le quartier de Sloterdijk, interrompant la construction pour la journée.

« En termes de sécurité énergétique, cette installation consommera autant d’énergie que tous les foyers d’Amsterdam réunis. En termes de sécurité hydrique, elle consommera une quantité d’eau absurde », a déclaré à l’AFP Nathan Timmer, porte-parole de Geef Tegengas.

Malgré la présence de policiers, une centaine de militants ont réussi à escalader les grillages et à pénétrer sur le chantier, d’où ils ont scandé des slogans « Le centre de données doit disparaître » et « Free Palestine », couvrant les murs en construction de graffitis contre Microsoft.

Des manifestants défilent lors de la quatrième manifestation « Ligne rouge » (« Red Line »), axée sur les liens économiques et militaires entre les Pays-Bas et Israël, à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 8 novembre 2026. (Crédit : AP/Patrick Post)

Selon Nathan Timmer, ce centre de données pourrait alimenter la guerre via l’intelligence artificielle (IA) et le « génocide » à Gaza, tout en aggravant la crise climatique. « Pourtant, personne ne peut expliquer pourquoi on en a besoin, n’est-ce pas ? », a-t-il dénoncé.

Selon l’agence néerlandaise ANP, la police a interpellé entre 150 et 200 militants, d’autres quittant volontairement les lieux.

Contacté par l’AFP, Microsoft n’a pas réagi.

L’implantation des centres de données, essentiels au développement de l’IA, a provoqué des vagues de contestation dans plusieurs régions du monde.

Une coalition de groupes militants, appelée Stop Dirty Data Center, qui prône une pause dans leur construction, avait appelé à des actions vendredi et samedi dans de nombreux pays européens.

Le gouvernement néerlandais a mis en place fin septembre une interdiction des produits provenant d’implantations – illégales au regard du droit international – situées dans les Territoires palestiniens.

Après l’entrée en vigueur de cette décision, le chef de la diplomatie israélienne Gideon Saar a annoncé la révocation de l’accréditation des diplomates néerlandais.

En 2025, des mobilisations similaires avaient eu lieu en mai, juin et octobre à La Haye et Amsterdam, rassemblant des nombres records pour les Pays-Bas, notamment avec 250 000 participants à Amsterdam, selon les organisateurs.

Fin octobre, les Pays-Bas se sont retirés du concours Eurovision de la chanson de 2027, la chaîne de télévision publique NPO invoquant la question « sensible » de la participation d’Israël.

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