A Chicago, un cinéma annule la projection d’un documentaire sur le 7 octobre

Selon une organisation juive, le cinéma Facets 'a fait preuve d'une fermeture et d'un refus de l’humanité commune qui exclut les Juifs' en renonçant à projeter 'Bring the Family Home'

Des manifestants pro-palestiniens et anti-israéliens scandent des slogans devant les policiers de l'Université de Chicago alors qu'ils sont tenus à l'écart du centre du campus, le temps de démanteler le campement étudiant, le 7 mai 2024, à Chicago. (AP/Charles Rex Arbogast)

JTA — Un cinéma de Chicago a annulé la projection de « Bring the Family Home », documentaire consacré à l’antisémitisme sur les campus, quatre heures avant sa projection, pour des raisons de « sécurité et de bien-être de notre communauté ».

Rami Even-Esh, rappeur juif israélo-américain plus connu sous le nom de scène Kosha Dillz, est l’auteur de ce documentaire inachevé sur sa musique et sa vie sur un campus universitaire depuis le pogrom commis par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023 qui a fait 1 200 morts et 251 otages.

La projection du film aurait dû être suivie d’une table ronde avec Kosha Dillz et Michael Kaminsky, étudiant juif agressé en novembre dernier – on soupçonne un acte antisémite – à l’université DePaul toute proche.

Mardi, quelque temps avant la projection, Facets, un cinéma indépendant de Chicago, a tout annulé et fait part de sa décision sur Instagram, dans une publication supprimée depuis, qui commençait par la phrase : « Nous ne sommes absolument pas une organisation antisémite » et comportait des déclarations du cinéaste, sans que l’on en sache plus.

« Compte tenu des messages publics de Kosha Dillz et de l’environnement global de l’événement, nous avons décidé qu’il ne serait pas conforme à nos valeurs ou à notre responsabilité de protéger la sécurité et le bien-être de notre communauté de maintenir la projection », peut-on lire dans le communiqué. « Nous condamnons l’antisémitisme sous toutes ses formes, comme nous condamnons l’islamophobie, le racisme anti-palestinien et toute forme de haine ou de déshumanisation. »

Kosha Dillz a fait savoir qu’il avait proposé de renforcer la sécurité autour de l’événement, ce que Facets a refusé.

« Nous sommes les otages d’une nouvelle forme de sectarisme qui s’appelle l’exclusion », a-t-il déclaré par voie de communiqué. « Ce qui va nous priver d’accès à des environnements intellectuels que nous aurions normalement fréquentés, à l’instar de Facets. »

La Chicago Jewish Alliance, qui a contribué à l’organisation de la projection, a critiqué la décision du cinéma en écrivant à la Jewish Telegraphic Agency que le site Internet de Facets disait qu’il voulait « ouvrir les perspectives et affirmer l’existence d’une humanité partagée par son engagement en faveur d’un cinéma inclusif ».

« Le fait d’annuler la projection d’un documentaire sur la difficulté de parler d’un sujet difficile, réalisé par un cinéaste israélien, s’inscrivait parfaitement dans ce cadre », peut-on lire dans le communiqué de la Chicago Jewish Alliance. « Mais Facets a préféré boucher la perspective, nier l’humanité partagée et exclure les Juifs. »

La CJA a expliqué avoir choisi Facets pour cet événement parce qu’il avait projeté « No Other Land », le documentaire oscarisé sur la démolition par Israël d’un village palestinien de Cisjordanie, et qu’il estimait que « Bring the Family Home » « donnerait une plus grande largeur de champ» au cinéma.

Le bureau de l’American Jewish Committee de Chicago a lui aussi dénoncé l’annulation de la projection en écrivant sur Instagram que les étudiants juifs avaient « le droit de se faire entendre ».

Depuis l’annonce de l’annulation de la projection, la CJA en a organisé une nouvelle au Wilmette Theater, dans la banlieue de Chicago.

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