À Francfort, le campus sportif juif du Makkabi fait le pari de l’ouverture
Né dans les années 1960 pour offrir un foyer sportif à la communauté juive locale après la Shoah, ce campus compte aujourd'hui près de 6 000 membres, dont 90 % ne sont pas juifs
À Francfort, derrière ses terrains synthétiques et salles flambant neufs, le campus du Makkabi, le plus grand club sportif juif d’Allemagne, veut conjuguer identité juive et ouverture à tous à l’heure où l’antisémitisme progresse dans le pays.
Installé depuis juin dans un complexe de 24 000 mètres carrés construit pour environ 21 millions d’euros au cœur de la capitale financière allemande, le club vise à « offrir aux Juifs de Francfort et de la région un espace sécurisé où faire du sport sans peur », explique à l’AFP Alon Meyer, président de Makkabi Allemagne, la fédération sportive juive nationale, et de son principal membre, le Makkabi Francfort.
« Mais nous avons évolué et utilisons aussi le sport pour former des ambassadeurs du bien, autrement dit, pour sensibiliser les gens et favoriser le vivre-ensemble », ajoute-t-il.
Né dans les années 1960 pour offrir un foyer sportif à la communauté juive locale après la Shoah, le Makkabi – nom courant d’organisation sportive, tiré de résistants juifs de l’Antiquité – de Francfort compte aujourd’hui près de 6 000 membres, dont 90 % ne sont pas de confession juive, souligne Meyer.
Le club compte même davantage de musulmans que de juifs, glisse-t-il.
Il n’empêche, tous les sportifs rencontrés sur le campus portent sur leur maillot une étoile de David stylisée, emblème du club.
« Chacun est alors perçu comme juif », explique-t-il. Même un musulman peut ainsi être confronté aux préjugés ou aux réactions hostiles à l’égard des Juifs.
« Nous voulons sensibiliser les gens et les encourager à défendre notre démocratie », affirme le dirigeant.
La solidarité inflexible de Berlin à l’égard de Jérusalem est de plus en plus critiquée, notamment chez les jeunes générations, depuis la riposte israélienne au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
L’Allemagne a depuis enregistré une forte hausse des actes antisémites, avec des signalements en hausse de 80 % en 2024 sur un an, selon l’Association fédérale des centres de recherche et d’information sur l’antisémitisme.
Sécurisé mais accessible
Selon Meyer, la stratégie du campus du Makkabi porte ses fruits : malgré la forte croissance du club, les actes d’hostilité se sont raréfiés.
Rien d’évident depuis les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza qui a suivi.
Plusieurs Makkabi à travers l’Allemagne avaient alors suspendu leur participation à des compétitions, voire carrément des entraînements, en raison des menaces et insultes.
Pour autant, le nouveau campus à l’ouest de Francfort, en face de l’ancien bloc de béton délaissé par la Banque fédérale d’Allemagne, reste facilement accessible à tous.
Derrière cette ouverture, le site intègre de nombreux dispositifs de sécurité, des vitres pare-balles aux systèmes de vidéosurveillance, en coordination avec les autorités.
Détail piquant derrière l’ouvrage qui a mis 12 ans à être finalisé : les bâtiments blanc et bleu foncé, avec l’étoile de David intégrée à la façade, sont l’œuvre du cabinet d’architecture Albert Speer & Partner, fondé par le fils de l’architecte du régime nazi Albert Speer, dont il s’était publiquement démarqué.
Albert Speer junior, décédé en 2017, « a aussi laissé son empreinte sur ce campus », souligne Meyer.
Au-delà du sport, le campus entend aussi transmettre l’histoire juive.
Une nouvelle « escape room », dans laquelle des groupes de 4 à 6 personnes doivent réparer un bateau avant l’arrivée d’une tempête, invite à explorer les questions d’identité.
Les visiteurs sont plongés dans une expérience inspirée de l’exil et des migrations juives.
Inaugurée fin octobre, une exposition consacrée aux sportifs juifs allemands, de leurs succès à leur persécution sous le nazisme, complète cette partie mémorielle.