Analyse

À l’approche des élections, le fiasco de l’annexion montre que Netanyahu perd le contrôle de sa coalition

Le Premier ministre a tout fait pour empêcher l'approbation préliminaire de textes sur l'annexion de la Cisjordanie, conscient qu'il risquait d'irriter Trump, mais il n'est pas parvenu à rassembler les forces nécessaires

Le chef de l'opposition et président du parti Yesh Atid, Yair Lapid, dirige une réunion de faction à la Knesset le 20 octobre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Malgré l’opposition véhémente du Premier ministre Benjamin Netanyahu, des députés appartenant aux partis de la coalition et de l’opposition, dans différentes constellations, ont voté en faveur de deux projets de loi visant à faire appliquer la souveraineté israélienne à la Cisjordanie, mercredi dernier, dans l’après-midi.

Ces textes, qui ont été adoptés en première lecture, devront encore être approuvés à trois reprises en séance plénière du parlement pour entrer réellement en vigueur – une perspective qui semble très improbable. Mais leur adoption initiale a d’ores et déjà suscité de vives critiques de la part de l’administration Trump. Le vice-président JD Vance, qui se trouvait en Israël à ce moment-là, a qualifié ce vote de « coup politique complètement stupide » et Donald Trump lui-même a fermement déclaré qu’Israël n’annexerait aucun territoire.

Cette approbation des projets de loi en première lecture a mis en évidence la perte de contrôle de Netanyahu sur sa coalition de droite divisée, une évolution de la situation particulièrement significative alors qu’Israël se prépare pour ses prochaines élections législatives, un scrutin prévu au plus tard au mois d’octobre prochain.

Le Premier ministre s’est pourtant efforcé d’empêcher l’avancée de ces projets de loi. La commission des Lois de sa coalition avait refusé de soutenir un autre texte similaire, trois jours auparavant. Netanyahu savait pertinemment que cette législation risquait de contrarier l’administration Trump, en particulier au moment de la visite de Vance à Jérusalem.

Mais Netanyahu a été dépassé par une coalition de partis d’extrême droite, de députés ultra-orthodoxes mécontents, de divers partis d’opposition et même par un de ses propres députés au sein du Likud.

Le premier des deux projets de loi – une mesure qui vise à faire appliquer la souveraineté israélienne à toutes les implantations de Cisjordanie et qui a été parrainée par Avi Maoz (Noam), ancien membre de la coalition et ancien vice-ministre – a été approuvé avec le soutien des partis d’extrême droite Otzma Yehudit et HaTzionout HaDatit, ainsi qu’avec l’appui du parti d’opposition Yisrael Beytenu et de la faction Agudat Yisrael, qui appartient à la formation ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah. Le vote décisif, toutefois, a été celui de Yuli Edelstein, élu sous l’étiquette du Likud de Netanyahu, qui a ignoré, ce soir-là, le boycott par son parti de la séance plénière.

La deuxième législation, qui concernait plus spécifiquement l’annexion de la ville de Maale Adumim en Cisjordanie, a été soutenue par Yisrael Beytenu, ainsi que par les autres partis d’opposition Kakhol lavan et Yesh Atid, et par Yitzhak Goldknopf, ancien ministre de la coalition et membre de la formation Yahadout HaTorah.

Qui a soutenu le large projet de loi sur l’annexion et pourquoi

La volonté affichée par Otzma Yehudit et HaTzionout HaDatit d’apporter leur soutien au projet de loi ambitieux visant à annexer toutes les implantations découle, en partie, du soutien idéologique qu’ils apportent au mouvement pro-implantations et à l’annexion totale de la Cisjordanie.

De plus, elle reflète leur désir d’exercer des pressions sur Netanyahu sur la question du cessez-le-feu actuel à Gaza, un cessez-le-feu obtenu sur la base d’un accord négocié par Trump et auquel ils s’opposent, tout en courtisant leur base électorale à l’approche des élections.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir lors d’un discours, à New York pendant sa visite aux États-Unis, le 24 avril 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Dimanche dernier, la commission des Lois avait refusé d’apporter le soutien du gouvernement à un projet de loi sur l’annexion qui avait été proposé par Limor Son Har-Melech, députée d’Otzma Yehudit. Le lendemain, le président du parti et ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, avait menacé de cesser de voter aux côtés de la coalition dans les semaines à venir si cette dernière n’appuyait pas la législation imposant la peine de mort aux terroristes.

Ben Gvir, qui avait voté contre le cessez-le-feu à Gaza lorsque l’accord avait été présenté devant le cabinet, le 9 octobre, avait également menacé de quitter la coalition si le Premier ministre ne s’engageait pas à nouveau à démanteler le Hamas.

Le soutien du ministre de la Sécurité nationale au vote sur l’annexion de la semaine dernière a donc servi de mise en garde – indiquant à Netanyahu qu’il ne doit en aucun cas tenir pour acquis le soutien de son parti, tout en signalant aux électeurs d’Otzma Yehudit que leurs députés resteront fidèles à leurs engagements idéologiques.

Un porte-parole du parti a expliqué au Times of Israel que Ben Gvir votait « en fonction de son idéologie et de ses électeurs » tandis que le député Yitzhak Kroizer a confié qu’Otzma Yehudit « considère l’application de la souveraineté sur la Judée-Samarie non pas comme une manœuvre politique, mais comme une mesure historique, sioniste et fondée sur des valeurs, qui exprime notre droit naturel et divin à vivre sur cette terre ».

« Il ne s’agit pas d’une tentative qui viserait à ‘exercer des pressions politiques » ; il s’agit d’une déclaration claire : la souveraineté n’est pas un slogan électoral, c’est un principe fondamental. Le public attend de ses dirigeants qu’ils fassent preuve de courage et d’action, et non qu’ils tergiversent », a dit Kroizer.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, montrant une carte de la Cisjordanie lors d’une conférence de presse, au ministère des Finances, à Jérusalem, le 3 septembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Concernant le soutien apporté par Hatzionout HaDatit au projet de loi avancé par Maoz, il a également été motivé par son idéologie pro-annexion et pro-implantations. Mais la formation politique, qui est dirigée par le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a également désespérément besoin de renforcer son soutien pour s’assurer de conserver sa place à la Knesset le jour des élections. Elle est, en effet, est l’un des nombreux partis obtenant environ 3,25 % des voix dans les sondages, seuil en dessous duquel ils risquent de disparaître de la Knesset.

Dans un long message qui a été diffusé sur les réseaux sociaux, ce week-end, Smotrich, qui a appelé le mois dernier à l’annexion de la plus grande partie de la Cisjordanie, a exhorté les partisans de l’annexion à adopter les mêmes tactiques que celles qui ont été mises en place par le mouvement en faveur de la remise en liberté des otages à Gaza, avec notamment des rassemblements hebdomadaires, des pin’s en faveur de l’annexion et des banderoles au bord des routes.

S’exprimant auprès du Times of Israel, la semaine dernière, Motti Babchik, conseiller principal de Goldknopf, a déclaré que la faction ultra-orthodoxe Agudat Yisrael, pour sa part, soutenait le texte de Maoz dans le but de mettre en évidence l’hypocrisie du gouvernement Netanyahu, dont elle était membre jusqu’à une date récente récente et dont de nombreux ministres ont appelé à l’annexion de la Cisjordanie, ces derniers temps.

Motti Babchik à la Knesset le 3 mars 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yahadout HaTorah est également très en colère envers Netanyahu qui s’est montré dans l’incapacité de faire adopter un projet de loi consacrant l’exemption du service militaire des étudiants en yeshiva. Et la faction ultra-orthodoxe Agudat Yisrael, en particulier, serait inquiète de constater que certains de ses jeunes électeurs se tournent dorénavant vers Otzma Yehudit.

Le parti ultra-orthodoxe Shas, qui s’est récemment retiré de tous les postes qu’il occupait au sein de la coalition à la Knesset tout en restant membre de cette dernière, a préféré s’abstenir de prendre part à la séance plénière la semaine dernière, ne votant pas sur le projet de loi – ce qui est en soi un signe de mécontentement à l’égard de Netanyahu.

« L’opposition a dicté l’ordre du jour »

Le projet de loi d’annexion plus limité qui vise à appliquer la souveraineté israélienne à l’implantation de Maale Adumim, qui est située à proximité de Jérusalem – un texte parrainé par Liberman, du parti Yisrael Beytenu – a été adopté à une majorité beaucoup plus large : 32 voix « Pour » contre 9 « Contre ».

Le chef de l’opposition Yair Lapid et le président du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, ont tous les deux voté en faveur de la législation de Liberman, qui n’a reçu le soutien que des partis d’opposition, à l’exclusion totale des formations politiques de la coalition. De nombreux députés de Kakhol Lavan et de Yesh Atid ont soutenu le texte, tout comme les membres du parti Yisrael Beytenu de Liberman.

Selon Vladimir Beliak, député Yesh Atid, Maale Adumim fait partie du consensus national et continuera à appartenir à Israël dans le cadre de tout plan de paix potentiel. Par conséquent, a-t-il noté, voter en faveur de l’annexion de la ville « correspond parfaitement à notre programme : il n’y a donc eu aucun problème ».

« Et si cela a aussi contribué à secouer la coalition, tant mieux », a-t-il ajouté.

Le député de l’opposition du parti Yesh Atid, Vladimir Beliak, lors d’une réunion du comité de la Constitution à la Knesset, à Jérusalem, le 5 mars 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Écartant la possibilité que le vote puisse entraîner des problèmes diplomatiques à l’avenir, Beliak a déclaré qu’il n’y avait « aucune chance [que la législation] soit adoptée ». Il a affirmé que la colère américaine était dirigée contre la coalition, qui n’était pas parvenue à bloquer l’avancée du projet de loi.

« Ce vote montre donc, tout simplement, que la coalition est en train de se désintégrer », a-t-il poursuivi.

S’exprimant auprès du Times of Israel sous couvert d’anonymat peu après le vote, une source issue de l’opposition s’est réjouie : « C’est l’opposition qui a dicté l’ordre du jour aujourd’hui, qui a provoqué des fissures dans la coalition, qui a montré la faiblesse du Premier ministre et qui a clairement fait comprendre à tout le monde qu’il y a un gouvernement minoritaire en Israël. Et c’est là le rôle de l’opposition ».

Lapid a fait part du même point de vue, ce week-end, déclarant devant les caméras de la chaîne d’information N12 que l’opposition avait envoyé aux Américains le message que « Netanyahu a perdu le contrôle de la Knesset et il a perdu le contrôle du gouvernement ».

« Je n’ai pas humilié les Américains. J’ai humilié Benjamin Netanyahu », a affirmé Lapid. « Il n’a plus aucun contrôle et c’est la raison pour laquelle nous devons retourner aux urnes ».

Le chef de l’opposition et président du parti Yesh Atid, Yair Lapid, dirige une réunion de faction à la Knesset le 20 octobre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Impasse parlementaire

Lorsque Maoz a quitté la coalition cet été, il a en effet privé la coalition de Netanyahu de sa majorité à la Knesset, ne lui laissant que 60 sièges au parlement, fort de 120 membres. Cette situation, en plus du manque de fiabilité de Ben Gvir et du boycott continu des Haredim, furieux de l’absence de projet de loi sur l’exemption du service militaire qu’ils souhaitent obtenir, a rendu difficile pour la coalition de faire avancer son programme depuis l’ouverture de la session d’hiver de la Knesset, la semaine dernière.

Cette incapacité à faire avancer les textes promus par la coalition est devenue évidente mercredi dernier dans la matinée, quand tous tous les projets de loi privés qui étaient parrainés par les députés de la coalition ont été retirés de l’ordre du jour de la Knesset. Une situation qui a tourné au véritable casse-tête pour Netanyahu lorsque, quelques heures plus tard, il n’est pas parvenu à empêcher l’approbation initiale de deux législations d’annexion qu’il avait tenté en vain d’arrêter.

Ariela Karmel a contribué à cette analyse.

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