À l’occasion de Yom HaShoah, Zelensky inscrit l’antisémitisme dans le code pénal ukrainien
Le président, qui est lui-même juif, a signé une loi qui sanctionne les crimes de haine contre les Juifs - avec des peines susceptibles d'aller jusqu'à huit ans de prison
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé une loi qui instaure des sanctions pénales face à la problématique de l’antisémitisme en Ukraine, avec notamment des peines d’emprisonnement qui peuvent aller jusqu’à huit ans d’incarcération.
Cette législation – connue sous le nom de loi n° 2037-IX – fait entrer, pour la toute première fois, les infractions antisémites directement dans le code pénal ukrainien. Une loi précédente, qui avait été adoptée en 2021, définissait l’antisémitisme mais elle ne prévoyait pas de sanctions spécifiques.
La loi a été signée mardi, jour du Souvenir de la Shoah en Israël, par Zelensky, qui est lui-même juif. Selon les médias locaux, ce texte a été massivement soutenu par le parlement du pays.
Selon ses dispositions, des actes tels que les incitations à la haine, les discriminations ou les restrictions des droits sur la base de l’antisémitisme sont dorénavant susceptibles d’entraîner des amendes, des limitations de liberté ou des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans. Les condamnations peuvent même atteindre cinq ans en cas de circonstances aggravantes – violences, menaces, tromperie ou abus d’autorité.
Dans les cas les plus graves — en ce qui concerne notamment les crimes commis par des groupes organisés ou ceux entraînant un préjudice important — leurs auteurs peuvent encourir des peines allant de cinq à huit ans de prison. Les tribunaux peuvent également interdire aux personnes condamnées d’occuper certains postes.
45 000 Juifs vivent en Ukraine, selon les estimations, sur une population totale d’environ 40 millions d’habitants. Le taux d’incidents antisémites est resté plus faible que dans d’autres pays depuis que le Hamas a lancé sa guerre contre Israël, le 7 octobre 2023 – mais des attitudes antisémites marquées persistent au sein de certaines franges de la population.
Le leadership de Zelensky est largement considéré comme facteur ayant contribué à la normalisation de l’identité juive au sein de la vie publique.
L’Ukraine a de longs antécédents – et une histoire complexe – en matière d’antisémitisme, avec notamment des pogroms qui avaient été fréquents au 19e et au début du 20e siècle. Les atrocités les plus tristement célèbres commise à l’encontre de la population juive du pays avaient eu lieu, pendant la Shoah, à Babi Yar – un ravin de Kiev où les nazis, aidés par des collaborateurs locaux, avaient assassiné plus de 33 000 Juifs en l’espace de quarante-huit heures au mois de septembre 1941.
Le grand rabbin du pays, Moshe Azman, a salué cette nouvelle législation.
« Il s’agit d’une mesure importante et opportune. L’Ukraine envoie un message clair : la haine, les discriminations et les incitations à la violence n’ont pas leur place dans la société ukrainienne et elles n’y auront jamais leur place », a-t-il écrit dans un message qui a été posté sur le réseau social X. « Surtout en ce moment, en temps de guerre, alors que la Russie tente de déstabiliser l’Ukraine de l’intérieur, notamment en utilisant ceux qui cherchent à semer la discorde ».
« Un État fort est un État où la dignité de chaque personne est respectée. Et aujourd’hui, l’Ukraine avance avec confiance dans cette direction ! », a-t-il ajouté.
Le mouvement Communauté juive unifiée d’Ukraine a également salué cette mesure, la qualifiant d’étape importante dans la lutte contre l’antisémitisme et dans le renforcement des protections juridiques pour la communauté juive du pays.
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