À l’ombre des guerres, un Yom HaZikaron encore insoutenable
Depuis le pogrom du 7-Octobre, cette journée est devenue encore plus redoutable car les conséquences de cet événement inclassable sont toujours en cours
« Nous n’avons pas besoin d’un Yom HaZikaron — c’est pour les autres. Pour nous, chaque jour c’est Yom HaZikaron, » confiait une mère israélienne endeuillée à une journaliste. 25 648 morts depuis 1860 – année où les Juifs avaient quitté les remparts de la Vieille Ville de Jérusalem pour fonder de nouveaux quartiers en Terre sainte et année à partir de laquelle Israël, et avant lui la communauté juive de la région, ont commencé à compter leurs soldats et défenseurs tombés au combat. Ils sont juifs, druzes, bédouins, ou viennent de l’étranger.
Yom HaZikaron commémore tous les soldats, policiers et membres d’autres services de sécurité décédés pour défendre la patrie, parfois dans le plus grand des secrets, ainsi que les victimes du terrorisme.
Il y a actuellement près de 60 000 proches de victimes en Israël, parmi lesquels des parents, des veuves, des enfants et des frères et sœurs de soldats tombés au combat.
Plus de 7 000 de ces proches se sont ajoutés depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023.
940 militaires et 70 policiers ont été tués depuis le pogrom.
Quelques semaines après le pogrom, Amy Spiro avait décidé d’écrire un article pour chaque victime du 7-Octobre, pour dire comment elle était morte, qui elle laissait dans le deuil, son âge, à quelle étape elle était dans sa vie, ce qu’elle aimait et ce à quoi elle aspirait dans la vie. À chaque lecture, c’était un déchirement et les larmes, impossibles à retenir, coulaient spontanément. Et elles coulent à chaque fois qu’on lit un de ces « הותר לפרסום » [autorisé à la publication] dans les notifications de médias en hébreu qui annoncent entre autres la mort d’un soldat ou d’un réserviste une fois la famille informée.
On imagine ces soldats qui se présentent à la porte pour annoncer la nouvelle redoutable, ces parents à jamais inconsolables. Il n’y a pas de mot pour signifier la perte d’un enfant. Aucun qualificatif approprié – dans aucune langue. Ce n’est pas dans l’ordre des choses. On entend ces derniers mots d’adieu prononcés par les proches devant une foule d’inconnus venus dire au revoir à des petits jeunes dont la vie a été fauchée alors que beaucoup, si ce n’est la grande majorité, n’avaient même pas encore 20 ans.
« J’ai le cœur qui se serre rien que d’y penser », a affirmé une autre mère en chemin pour la base de parachutistes de son fils pour Yom HaZikaron. « Je me souviens des premiers jours et je sais ce que vivent ces familles, maintenant qu’elles ont rejoint ce club. Le club dont personne ne veut faire partie. »
Prenez le temps de lire ces articles.
Pour Aryeh Moalem, chef du département chargé des familles des soldats tombés au combat, de la commémoration et du patrimoine, il s’agit de « trouver le juste équilibre entre le caractère sacré de Yom HaZikaron et celui de la vie. La mémoire des soldats tombés au combat est le fondement de notre unité. »
« Derrière chaque nom se cachent des familles et une grande douleur, mais aussi une force qui continue de battre en nous et de nous relier tous. »
Israël, c’est Yom HaZikaron suivi de Yom HaAtsmaout, c’est passer du recueillement à la joie, des larmes au rire – du jour au lendemain, en un claquement de doigts. Israël, c’est cette nécessité de vivre, cette résilience à tout prix. C’est avoir en permanence conscience de cette urgence de vivre – en faisant de l’instant un absolu.
La guerre contre la République islamique d’Iran et son relais libanais du Hezbollah nous rappelle malheureusement que le droit d’Israël à exister est constamment remis en cause. 78 ans après sa création, de jeunes soldats doivent encore le payer de leur vie. Un droit nié par des Juifs qui se renient, par une multitude de détracteurs dans le monde atteints de la haine anti-juive, par des dirigeants en mal d’électeurs ou qui n’ont manifestement rien compris à l’histoire de leur propre pays et par nombre de médias en mal de buzz et dont la responsabilité dans l’incompréhension du conflit israélo-palestinien demeure par ailleurs inexcusable.
« C’est maintenant au tour de cette génération de guerre d’oser et de rêver à demain, d’écrire la chanson qui suivra la guerre. Elle mérite une chanson d’espoir, » a déclaré hier soir le président Isaac Herzog.
Il nous tarde à tous, ici, de l’entendre.
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