À Marly, un arbre de vie planté en mémoire d’Ilan Halimi

Sur le site de l’ancien cimetière juif de Marly, un ginkgo biloba a été planté en hommage à Ilan Halimi, assassiné en 2006 parce qu’il était juif

Ilan Halimi, enlevé, torturé et assassiné par le "gang des barbares" en 2006, parce que juif. (Crédit : Stephanie Yin/JTA)

La ville de Marly a réaffirmé son engagement contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme à travers un geste hautement symbolique. Ce lundi, sur le site de l’ancien cimetière juif de la commune, un ginkgo biloba a été planté en hommage à Ilan Halimi, enlevé, séquestré et assassiné en 2006 parce qu’il était juif.

À l’aide d’une pelle, le maire Thierry Hory a recouvert de terre le pied de l’arbre, positionné à l’emplacement même de cet ancien lieu de sépulture aujourd’hui disparu. Face à lui, Bruno Fiszon, des représentants d’associations juives, des élus locaux et de nombreux habitants de Marly ont assisté à la scène, visiblement émus par la portée du symbole.

« C’est un nouveau témoignage de la ville de Marly dans sa lutte contre l’antisémitisme et toute forme de racisme », a expliqué le maire à Moselle TV, rappelant également la volonté municipale de faire vivre la mémoire d’Ilan Halimi.

L’arbre choisi n’est pas anodin. Il s’agit d’un ginkgo biloba, une espèce millénaire qui a survécu au bombardement nucléaire d’Hiroshima, au Japon. « C’est un symbole de renaissance et d’espoir », a souligné Thierry Hory au micro d’Ici.

Un arbre parfois surnommé « arbre de vie », dont la symbolique résonne particulièrement dans la tradition juive. « Avec des racines profondément ancrées dans la terre et des feuilles tournées vers le ciel, l’arbre est porteur d’un message d’avenir », a expliqué Bruno Fiszon à Moselle TV, saluant « un acte fort et courageux ».

La cérémonie s’est déroulée au lieu-dit de la Crouyotte, que les anciens habitants de Marly appelaient encore « le Lattré des Juifs ». Une plaque commémorative y avait déjà été posée il y a près de seize ans pour rappeler l’existence de ce cimetière juif, ouvert en 1797, dont la dernière inhumation remonterait à la fin du XIXᵉ siècle, avant son transfert à Augny, près de la synagogue. S’il n’en subsiste aujourd’hui aucune trace visible, le sol pourrait encore abriter d’anciennes sépultures.


Présent lors de la mise en terre de l’arbre, le président du consistoire israélite de Moselle, Marc Cerf, s’est dit profondément touché par ce geste. « C’est très émouvant dans le contexte actuel », a-t-il confié à Ici, avant d’alerter sur la banalisation de la haine : « L’antisémitisme progresse au point de ne plus être caché. Il est désormais ouvert. On se vante d’être antisémite, et c’est très grave. »

Dans le public, Désirée, une habitante de Marly venue assister à l’événement, partage cette inquiétude. « Il faut lutter contre l’antisémitisme qui est créé par l’ignorance. Je ne crois pas que les enfants naissent antisémites, c’est leur éducation qui les rend comme cela », a-t-elle affirmé à Ici. Elle se dit aussi très fière de l’initiative portée par la municipalité. « La symbolique est belle… Ilan, en hébreu, veut dire arbuste », ajoute-t-elle avec émotion.

Cette cérémonie intervient alors que la mémoire d’Ilan Halimi faisait récemment l’actualité judiciaire. Le parquet de Bobigny a annoncé avoir fait appel du jugement rendu le 22 octobre dans l’affaire de l’abattage d’un arbre planté en mémoire du jeune homme. Le tribunal correctionnel avait condamné deux jumeaux de 19 ans, Brahim K. et Ismaël K., uniquement pour destruction aggravée du bien d’autrui, sans reconnaître le caractère antisémite de l’acte.

Le procureur de la République de Bobigny, Eric Mathais, a précisé que l’appel portait notamment sur la relaxe concernant l’infraction de violation d’un monument édifié à la mémoire des morts, commise en raison de la race, de l’ethnie, de la nation ou de la religion. À l’issue de ce jugement, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Yonathan Arfi, avait dénoncé « un affront à tous ceux qui luttent contre la haine des Juifs », estimant que la décision de justice « n’apporte pas de réponse à l’antisémitisme et aggrave le problème ».

L’entrée du tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis). (Crédit : Clicsouris / Wikimédia / CC 2.5)

Lors de l’audience, les deux prévenus avaient très peu parlé, affirmant ne pas connaître Ilan Halimi. Les enquêteurs avaient toutefois retrouvé une vidéo montrant l’un des frères manipulant une tronçonneuse à proximité de la stèle et de l’arbre commémoratif, ainsi que des éléments matériels les reliant aux faits, selon des informations rapportées par l’Agence France-Presse.

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