A Ramallah, Israéliens et Palestiniens « unissent leurs forces » pour la paix
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A Ramallah, Israéliens et Palestiniens « unissent leurs forces » pour la paix

Pour l'officiel du Fatah Jibril Rajoub, la présence d'Israéliens à cet événement de solidarité a montré qu'il y a un partenaire de paix ; un rabbin antisioniste s'est fait huer

Des centaines d'activistes israéliens participent à un événement organisé au siège présidentiel de Ramallah, le 28 novembre 2019 (Crédit : Wafa)
Des centaines d'activistes israéliens participent à un événement organisé au siège présidentiel de Ramallah, le 28 novembre 2019 (Crédit : Wafa)

RAMALLAH, Cisjordanie – des centaines d’Israéliens ont afflué au siège présidentiel de l’Autorité palestinienne à Ramallah, jeudi, pour participer à un événement marquant la Journée internationale de Solidarité avec le peuple palestinien.

Ces Israéliens – un grand nombre d’entre eux étaient des activistes de groupes et d’organisations de gauche – sont arrivés au quartier-général de la présidence de l’Autorité palestinienne dans de grands bus partis de Tel Aviv, de Jérusalem et d’autres secteurs de l’Etat juif. Ils ont été rejoints par des responsables, des activistes et des chefs religieux palestiniens.

Un certain nombre d’officiels palestiniens ont indiqué à leurs invités israéliens qu’ils appréciaient leur participation à l’événement. Jibril Rajoub, secrétaire-général du comité central du Fatah, a déclaré que leur présence indiquait qu’il y avait un partenaire de paix du côté d’Israël.

« J’espère que ma famille, la population et les responsables de Palestine – dont je fais partie – réalisent ce que signifie la présence de centaines d’Israéliens ici à l’occasion de l’anniversaire du 29 novembre », a dit Rajoub, se référant à la date du vote par les Nations unies d’accepter une résolution qui divisait la Palestine, alors placée sous la gouvernance britannique, en « deux états indépendants arabe et juif », en 1947.

Cette journée est fêtée en Israël comme marquant la première étape vers la création d’un Etat juif, un an plus tard. En 1977, l’ONU a déclaré la date Journée internationale de solidarité avec les Palestiniens.

« Le fait qu’il y ait un partenaire israélien est un message significatif. Je le dis aux Israéliens : comprenez-nous bien. De nombreux Palestiniens ne voient que Baruch Marzel, Smotrich et ces visages qui ne vous représentent pas », a-t-il établi, faisant allusion à des politiciens de droite — Baruch Marzel, issu des rangs de la formation de la ligne dure Otzma Yehudit, qui a échoué à entrer à la Knesset lors du récent scrutin, et le ministre des Transports Bezalel Smotrich qui dirige la faction de l’Union nationale au sein de l’alliance passée entre ce parti et HaBayit HaYehudi.

Le secrétaire-général du comité central du Fatah Jibril Rajoub parle à des centaines d’activistes israéliens lors d’un événement organisé au siège présidentiel de l’Autorité palestinienne à Ramallah, le 28 novembre 2019 (Crédit : Wafa)

Rajoub, ancien responsable de la sécurité de l’AP qui a parlé en arabe et en hébreu, a également appelé les Israéliens à œuvrer aux côtés des Palestiniens contre la gouvernance militaire de l’Etat juif.

« Unissons nos forces, prenons-nous la main et combattons ensemble la poursuite de l’occupation », a-t-il dit, ajoutant qu’Israéliens et Palestiniens devaient travailler ensemble en faveur de la reconnaissance mutuelle et de l’établissement d’un Etat palestinien, le long des frontières de 1967.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammed Shtayyeh, devait prendre la parole lors de l’événement, mais il ne s’y est finalement pas montré.

Ziad Darwish, membre du comité de l’Organisation pour la libération de la Palestine pour les interactions avec la société israélienne, qui a organisé le rassemblement aux côtés du groupe israélien Peace NGO Forum a indiqué, sans donner de détails, que Shtayyeh n’avait pas pu venir en raison d’une « urgence ».

Le rassemblement a été marqué par des discours de responsables palestiniens, d’activistes israéliens et d’anciens membres de la Knesset. Il y a également eu une courte performance musicale d’un artiste de Tel Aviv, Omer Koren.

Yuval Rahamim, chef du Peace NGO Forum, coalition d’organisations pacifistes israéliennes, a clamé que les Israéliens présents lors de l’événement voulaient faire tout ce qui était possible à mettre un terme au conflit israélo-palestinien.

« Nous considérons les leaders et les membres de la population palestinienne comme nos partenaires », a-t-il dit à l’assistance. « Nous voulons travailler ensemble et de toutes nos forces pour mettre un terme aux difficultés subies par les habitants de cette terre depuis de si nombreuses années ».

La dernière série de négociations connue entre l’Etat juif et les Palestiniens s’était arrêtée en 2014. La dernière rencontre pour des pourparlers officiels de paix entre le président de l’AP, Mahmoud Abbas, et le Premier ministre and Benjamin Netanyahu remonte au mois de septembre 2010, à Jérusalem.

Rahamim a admis que les Israéliens et les Palestiniens réunis lors de l’événement ne représentaient pas la totalité de leurs sociétés respectives.

Yuval Rahamim, chef de Peace NGO Forum, s’exprime devant des centaines d’activistes israéliens lors d’un événement organisé au siège de l’Autorité palestinienne à Ramallah, le 28 novembre 2019 (Crédit : Wafa)

« Un grand nombre de personnes, parmi nos deux peuples, ne s’identifient pas à cette rencontre. Ils ne s’y identifient pas parce qu’ils ont perdu la foi en une résolution pacifique du problèmes entre nous. Ils ne sont pas là parce qu’ils ont peur », a-t-il dit.

« Mais la délégation qui se trouve ici représente un grand nombre de citoyens en Israël qui croient encore dans la continuation du travail en faveur de la réconciliation et de la reconnaissance mutuelle », a-t-il expliqué.

Darwish, un cousin du défunt poète palestinien Mahmoud Darwish et hébraïsant, a indiqué qu’environ 400 Israéliens avaient assisté à l’événement.

Iris Segev, dont Nimrod, le fils de 28 ans, a été tué pendant la Seconde guerre du Liban, a dit qu’elle espérait que les Palestiniens auraient leur Etat.

« Je souhaite que Dieu bénisse les Palestiniens, que vous ayez votre indépendance si attendue dans les meilleurs délais et que la paix vienne », s’est exclamée Segev, membre du forum des familles du cercle des parents, un groupe rassemblant des familles israéliennes et palestiniennes ayant perdu un être cher dans le conflit, devant l’assistance.

La vingtaine de discours prononcés ont été applaudis par les Israéliens et les Palestiniens du public mais l’allocution du rabbin Meir Hirsh, leader du mouvement antisioniste Neturei Karta, a été hué.

Hirsh, qui a fait référence à Israël en évoquant « l’entité sioniste », a clamé que « les sionistes et leurs leaders n’ont pas le droit de représenter les Juifs ou de parler en leur nom ».

« Le nom, Israël, qu’ils utilisent est une falsification comme aucune autre. Les sionistes et leurs leaders n’appartiennent pas au peuple juif », a-t-il clamé.

Darwish a rejeté les huées : « Excusez-moi. Messieurs, nous vous avons entendus… Nous sommes les hôtes ici et nous avons décidé qui prendrait la parole ».

Des centaines d’activistes israéliens participent à un événement organisé au siège présidentiel de Ramallah, le 28 novembre 2019 (Crédit : Wafa)

Approximativement dix membres de Neturei Karta, certains portant des voiles aux couleurs du drapeau palestinien, ont assisté à l’événement.

Juste avant la conclusion de la rencontre, Mahmoud Habbash, conseiller aux Affaires religieuses d’Abbas, est monté sur scène et il a déclaré que les discours qu’il avait entendu de la part des invités israéliens rendaient les Palestiniens plus optimistes face à l’avenir.

« Ces paroles merveilleuses nous donnent l’espoir que demain sera meilleur », a-t-il dit. « Avec ces visites et ces déclarations de paix, vous changez l’image d’ensemble de la situation et vous faites en sorte d’apporter ce changement ».

« Vous avez traversé le mur et vous êtes venus dire aux Palestiniens : nous  luttons ensemble pour atteindre un objectif qui est celui de la paix sur la base de la justice, de la liberté et de l’égalité », a-t-il ajouté.

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