A « Trump Heights », malgré l’accord avec l’Iran, les habitants continuent de croire au président américain
Les habitants sont déçus - mais, comme le dit l’un d’entre eux : 'Quand quelqu’un fait quelque chose de bien pour vous, vous n’allez pas le détester dès qu’il fait quelque chose avec lequel vous êtes un peu plus en désaccord'
AFP — Alors que le bruit des obus d’artillerie de l’armée israélienne résonne autour de leurs maisons perchées sur les collines, à proximité du Liban, il est difficile, pour les habitants de Trump Heights, de cacher leur consternation face à l’accord qui vise à mettre un terme à la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Toutefois, pas question de tourner le dos à leur héros, à la Maison Blanche.
Conformément à l’accord qui a été finalisé entre Téhéran et Washington, dont les termes ont été annoncés en début de semaine, les combats sont également censés cesser entre Israël et le Hezbollah, le groupe terroriste soutenu par l’Iran, au Liban.
Les Israéliens considèrent largement que cet accord porte atteinte à la sécurité du pays – et son acceptation par l’administration Trump est perçue comme un échec stratégique pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
A Trump Heights, une communauté composée de petites maisons préfabriquées qui se dressent sur les hauteurs d’une colline, à seulement 15 kilomètres de la frontière libanaise, l’accord avec l’Iran n’a pas rencontré un écho favorable.
Mais pour ceux qui vivent dans cette petite localité – qui a été nommée en hommage au président américain – l’accord n’est pas une raison suffisante pour renier complètement leur héros d’hier.
« Nous accordons à Trump le bénéfice du doute : nous pensons qu’il prend les bonnes décisions pour l’Amérique et qu’il essaie également d’aider ses alliés – et, bien sûr, son allié le plus important dans la région est Israël », s’exclame Shlomo Schlechter, âgé de 32 ans.
Mais « on comprend bien que les intérêts américains et israéliens ne vont pas toujours de pair », ajoute cet étudiant en droit, qui affirme qu’il continue à faire confiance au président américain qui, il en est persuadé, sera amené à prendre les bonne décisions alors que les détails de l’accord seront négociés au cours des 60 prochains jours.
Comme c’est le cas également d’autres résidents interrogés par l’AFP, Schlechter explique qu’il ne s’attend guère à ce que l’accord tienne, ni à ce qu’Israël se retire du Liban.
« Nous espérons que le président Trump restera ferme et que quand il verra que les Iraniens ne sont pas sérieux — comme je m’y attends — il reviendra et il saura faire preuve d’une main de fer à leur égard, comme il sait le faire », indique-t-il à l’AFP.
En cette matinée de vendredi, depuis Trump Heights, les tirs d’artillerie israéliens sont audibles là-bas, au Liban, après la mort de quatre soldats israéliens, la nuit précédente.
« Très reconnaissants »
« Quand quelqu’un fait quelque chose de bien pour vous, vous n’allez pas le détester dès qu’il fait quelque chose avec lequel vous êtes un peu plus en désaccord », confie à l’AFP une résidente de Trump Heights âgée de 38 ans, Dalia Ben Shabbat.
« En ce qui concerne le président Trump lui-même, nous lui sommes très reconnaissants pour tout ce qu’il a fait pour Israël jusqu’à présent », ajoute cette étudiante en architecture, qui est mère de quatre enfants.
Quelques heures avant l’annonce de l’accord entre les États-Unis et l’Iran en début de semaine, Trump avait vivement critiqué Netanyahu pour avoir lancé des attaques au Liban qui menaçaient de faire capoter les négociations.
« C’est un type très difficile », avait déclaré Trump en évoquant Netanyahu, « et pour être honnête avec vous, il devrait nous être très reconnaissant d’avoir fait tout ça. Parce que si l’Iran disposait d’une arme nucléaire, Israël ne tiendrait pas deux heures ».
Jeudi, le vice-président américain JD Vance avait également adressé une réprimande sans précédent aux détracteurs israéliens de l’accord avec l’Iran, les mettant en garde contre le risque de s’aliéner leur « seul allié puissant » restant dans le monde.
« Donald J. Trump est le seul chef d’État au monde à faire preuve de sympathie envers la nation d’Israël à l’heure actuelle, et il se trouve qu’il est le chef d’État de la superpuissance mondiale », avait noté Vance.
Mais à Trump Heights, où flottent haut les drapeaux israéliens et américains, les habitants n’ont pas pris à cœur les propos du dirigeant américain.
« Si une personne est quelqu’un de bien, c’est quelqu’on de bien », déclare Ben Shabbat à propos du président américain.
« Accord de Vichy »
Trump Heights, communauté située sur le plateau du Golan qui a été annexé par Israël, rend hommage à Donald Trump qui, en 2019, avait reconnu la souveraineté d’Israël sur ce plateau stratégique, faisant des États-Unis le premier – et jusqu’à présent le seul – pays à l’avoir fait.
Si les résidents ne semblent pas avoir complètement tourné le dos au président américain, certains expriment néanmoins une vive déception face à l’accord conclu avec la république islamique.
« Cet accord équivaut à un pacte entre la France de Vichy et l’Allemagne nazie », regrette un homme d’âge mûr en fauteuil roulant qui souhaite conserver l’anonymat, faisant référence au gouvernement français de la Seconde Guerre mondiale qui avait collaboré avec les nazis pour envoyer les Juifs dans les camps de concentration.
Un adolescent, qui explique ne pas être allé à l’école depuis deux mois en raison de la guerre avec l’Iran, affirme que l’accord ne tient pas compte des Israéliens qui vivent près du Liban.
« S’il y a un cessez-le-feu avec l’Iran, les habitants du centre et du sud d’Israël ne recevront plus de missiles iraniens, mais ici, dans le nord, nous continuerons à subir les roquettes du Hezbollah », déplore-t-il.