À Turin, la dérive violente d’une mobilisation propalestinienne vise la presse

Sous couvert de cause propalestinienne, les locaux du quotidien La Stampa ont été envahis, saccagés et couverts de menaces de mort le 28 novembre

Vue intérieure des locaux turinois du quotidien La Stampa, où une centaine de manifestants ont investi le bâtiment un jour où il était vide, les journalistes ayant rejoint la grève lancée par le syndicat pour le renouvellement de leurs contrats, à Turin, le 28 novembre 2025. (Photo : MAURIZIO BOSIO / AFP)

Les images sont celles d’un champ de dévastation : ordinateurs renversés, murs souillés d’insultes, sol recouvert de fumier, odeur âcre de fumée encore suspendue dans l’air. Le 28 novembre, les locaux du quotidien italien La Stampa, situés à Turin, ont été envahis et vandalisés par une centaine d’individus se réclamant d’une mobilisation propalestinienne.

Au-delà des dégâts matériels, ce sont surtout les menaces de mort explicites contre les journalistes qui ont glacé la profession : « Journalistes terroristes, vous êtes les premiers sur la liste », « Tuez les journalistes », criaient certains à visage découvert.

Sous couvert de protestation politique, l’attaque a pris la forme d’une intimidation directe contre un organe de presse, dans un contexte de forte tension après l’arrestation d’un imam égyptien menacé d’expulsion pour avoir soutenu les attaques terroristes du 7-Octobre.

Les slogans hurlés, les menaces assumées et la logique de désignation d’ennemis rappellent sinistrement l’époque des Brigades rouges, lorsque journalistes, magistrats et policiers vivaient sous la menace permanente. Une comparaison glaçante, d’autant plus inquiétante que les auteurs des dégradations sont pour la plupart très jeunes.

Par chance, la rédaction était presque vide au moment de l’attaque, en raison d’une grève nationale. Mais la question hante désormais les esprits : que se serait-il passé si les journalistes avaient été présents ? Cette irruption violente dans un lieu de travail transforme un saccage en avertissement, et fait basculer l’événement dans une dimension bien plus grave.

Vue intérieure des locaux turinois du quotidien La Stampa, où une centaine de manifestants ont investi le bâtiment un jour où il était vide, les journalistes ayant rejoint la grève lancée par le syndicat pour le renouvellement de leurs contrats, à Turin, le 28 novembre 2025. (Photo : MAURIZIO BOSIO / AFP)

Face à l’agression, une rare unanimité politique s’est exprimée. La présidente du Conseil Giorgia Meloni a appelé à une défense sans concession de la liberté de la presse, un message rejoint par l’opposition. Dans un pays marqué par un lourd passé de violences politiques, cette attaque contre un journal a ainsi résonné comme une ligne rouge franchie.

Mais certaines réactions ont suscité l’indignation. Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens très controversée, a pour sa part évoqué un « avertissement pour la presse », suggérant que celle-ci devrait « revenir à son rôle ». Des propos perçus comme une forme de légitimation morale de la violence, au moment même où des journalistes venaient d’être menacés de mort.


Malgré les murs souillés, les bureaux saccagés et la peur qui s’est invitée dans la rédaction, le journal a dès le lundi suivant, publié son édition. Son propriétaire, John Elkann, a affirmé que son journal ne renoncerait « pas d’un centimètre » à ses valeurs. Une manière de répondre au vandalisme non par la peur, mais par l’exercice même du métier de journaliste.

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