Abou Dhabi impose un embargo financier à Téhéran après que des missiles ont ciblé le “trafic maritime”
Le ministère émirati de la Défense affirme que les deux missiles iraniens sont tombés en mer ; le ministère iranien des Affaires étrangères qualifie ces allégations “d’infondées”
DUBAÏ — La décision des Émirats arabes unis de suspendre toutes leurs transactions financières et économiques avec l’Iran jusqu’à nouvel ordre, invoquant une escalade militaire de la part de Téhéran accompagnée d’une menace de missiles, a de nouveau braqué les projecteurs sur les relations tendues entre ce grand producteur de pétrole du Golfe arabe et l’Iran.
Les Émirats arabes unis, alliés proches des États-Unis et puissance régionale, ont été le pays du Golfe le plus durement touché par Téhéran au début de la guerre au Moyen-Orient. Toutefois, la dernière attaque signalée sur le sol émirati remonte au 4 mai et elle a frappé le port de Fujaïrah, une plaque tournante essentielle pour l’exportation de pétrole.
La décision des Émirats arabes unis de rompre leurs liens commerciaux a fait suite à l’annonce par leur ministère de la Défense de la détection de deux missiles balistiques lancés depuis l’Iran, une première depuis des mois qui a conduit les habitants à recevoir des alertes téléphoniques les avertissant de menaces potentielles.
Dans un communiqué, le ministère a indiqué que, d’après ses évaluations, les missiles visaient le « trafic maritime ». Les deux missiles se sont abattus en mer, a-t-il précisé.
Les Émirats arabes unis ont également envoyé mardi une alerte téléphonique aux habitants, leur indiquant que la situation était sûre et qu’ils pouvaient reprendre leurs activités normales après l’alerte précédente.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a rejeté la déclaration des Émirats arabes unis selon laquelle ses missiles visaient le trafic maritime, la qualifiant de « sans fondement ».
Les Émirats arabes unis se disent attachés au dialogue
Dubaï, principal pôle commercial des Émirats arabes unis, est l’un des principaux poumons économiques de Téhéran.
Afra al-Hameli, responsable émiratie et directrice du département de la communication stratégique au ministère des Affaires étrangères, a déclaré que les Émirats arabes unis étaient attachés au dialogue et à la coopération pour faire progresser la paix, la stabilité et la prospérité dans la région.
Hameli a précisé qu’au vu des escalades régionales qui compromettent la paix et la sécurité régionales et internationales, tous les échanges commerciaux et toutes les transactions financières avec l’Iran ont été suspendus.
Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis, a déclaré dans un message publié sur le réseau social X que les rumeurs concernant « l’octroi de facilités financières à l’Iran » étaient « fausses et s’inscrivaient dans le cadre de campagnes médiatiques désespérées ».
Les Émirats arabes unis ont été entraînés dans la guerre plus large qui sévit dans la région, laquelle a débuté en février avec les frappes américano-israéliennes contre l’Iran. Les attaques de Téhéran sur le territoire des Émirats arabes unis ont cessé en mai, tandis qu’elles se sont poursuivies au Koweït et à Bahreïn, pays voisins. Les attaques en mer contre leurs navires n’ont pas cessé.
En août, l’Abou Dhabi National Oil Company (ADNOC), l’un des plus grands producteurs d’énergie au monde, a déclaré subir de lourdes répercussions en raison de ce qu’elle a qualifié d’attaques non provoquées contre son personnel et ses actifs, alors qu’elle s’efforçait de continuer à répondre aux besoins de ses clients dans un « environnement exceptionnellement difficile ».
L’ADNOC a indiqué dans un communiqué que plusieurs de ses navires avaient été attaqués par des missiles et des drones alors qu’ils transitaient par le détroit d’Ormuz depuis le début du conflit.
Le tir de missiles, que les Émirats arabes unis ont imputé à l’Iran, est survenu alors que la période de 60 jours prévue pour les pourparlers de paix entre les États-Unis et l’Iran s’est achevée sans avancée majeure. Cette situation fait craindre une nouvelle escalade du conflit, qui perturbe le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz depuis février et ébranle les marchés mondiaux.
L’Iran n’a pas revendiqué la responsabilité des attaques contre les navires de l’ADNOC. Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, avait auparavant menacé de prendre des mesures contre les navires transitant par le détroit s’ils étaient liés aux adversaires de Téhéran ou s’ils ne se conformaient pas aux directives iraniennes.